• N'importe quoi !

    Deux jours avant l'adoption de la réforme de la santé aux Etats-Unis, cinq médecins américains se payaient une pleine page de publicité dans le New York Times. " Si votre coiffeur faisait payer la coupe de base en fonction de votre assurance, voici ce que cela donnerait. "  Suivait une liste de prix très différents selon le type d'assurance santé, des moins chers pour les mieux assurés aux prohibitifs pour les non-assurés.

    Que diriez-vous, poursuivaient les médecins, si McDo appliquait aussi ce principe ? Son express " ne figurerait certainement plus à 1 dollar sur son menu ! ", tant le géant du fast-food devrait payer de bureaucrates pour gérer cet écheveau de coûts différents.

    Ces médecins appelaient Barack Obama à faire passer " une loi simplifiée " dont le premier point serait : " Que les prestataires de soins fassent payer à chacun le même tarif pour le même service rendu. " Aux assureurs de fixer ensuite leur taux de remboursement.

    Cette publicité nous avait touché au coeur. Parce qu'on s'était personnellement heurté au problème. Le docteur B., qui s'occupe d'un de nos genoux récalcitrant, avait plusieurs fois tenté de nous persuader. " Narrez à vos lecteurs ce que vous me racontez, pour qu'ils comprennent qu'en Amérique la santé marche sur la tête. "

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    Deux jours avant l'adoption de la réforme de la santé aux Etats-Unis, cinq médecins américains se payaient une pleine page de publicité dans le New York Times. " Si votre coiffeur faisait payer la coupe de base en fonction de votre assurance, voici ce que cela donnerait. "  Suivait une liste de prix très différents selon le type d'assurance santé, des moins chers pour les mieux assurés aux prohibitifs pour les non-assurés.

    Que diriez-vous, poursuivaient les médecins, si McDo appliquait aussi ce principe ? Son express " ne figurerait certainement plus à 1 dollar sur son menu ! ", tant le géant du fast-food devrait payer de bureaucrates pour gérer cet écheveau de coûts différents.

    Ces médecins appelaient Barack Obama à faire passer " une loi simplifiée " dont le premier point serait : " Que les prestataires de soins fassent payer à chacun le même tarif pour le même service rendu. " Aux assureurs de fixer ensuite leur taux de remboursement.

    Cette publicité nous avait touché au coeur. Parce qu'on s'était personnellement heurté au problème. Le docteur B., qui s'occupe d'un de nos genoux récalcitrant, avait plusieurs fois tenté de nous persuader. " Narrez à vos lecteurs ce que vous me racontez, pour qu'ils comprennent qu'en Amérique la santé marche sur la tête. "

    Evidemment, on ne le faisait pas. Un journaliste n'est pas payé pour raconter ses vaines misères. Mais le docteur B. insistait. Avec la dernière anecdote, il a fini par nous convaincre. Si on peut aider à comprendre dans quel environnement économique, parfois surréaliste, s'est débattue l'administration Obama dans son ambition réformatrice, soit...

    L'anecdote, donc : cette semaine, le docteur B. nous demande d'effectuer une imagerie par résonance magnétique (IRM). Serviable, sa secrétaire appelle le service de radiographie de son hôpital. Prudent, au vu de précédentes expériences, nous lui demandons d'en vérifier le coût. La question posée, elle écarquille les yeux, et, chuchotant presque, nous annonce : " 2 500 dollars " (1 850 euros). On avait déjà été confronté à cette situation. On lui explique qu'on va se débrouiller autrement.

    Trois mois plus tôt, nous avions dû effectuer une première IRM. La préposée du cabinet de radiologie avait posé la question rituelle : " Quel est votre assureur ? " Du contrat passé avec lui dépend le prix de la prestation. On explique, comme d'habitude, disposer de la Sécurité sociale des Français de l'étranger. On montre sa carte. Et, comme chaque fois, on s'entend dire que le cabinet " ne contracte pas " avec cette assurance. On explique alors que l'on payera le service de sa poche, avant de se faire rembourser.

    A demi-rassurée, la préposée consulte sa liste des tarifs et vous annonce : " 1 650 dollars "... Vous restez coi une seconde. " Mademoiselle, est-ce sérieux ? " On vous regarde comme si vous tombiez de Mars.

    " Ça ne va pas, Monsieur ?

    - Mademoiselle, à ce tarif-là, j'achète un billet aller-retour pour Paris, j'y fais trois IRM intégralement remboursées et, en plus, j'ai la chance de voir mes enfants ! "

    Branle-bas de combat. " Asseyez-vous. " Manifestement désemparée, la préposée se précipite sur son téléphone. Trois minutes plus tard, elle me rappelle : " 460 dollars, ça ira ? "... Payables d'avance, mais ça, on le savait. Vous voilà coi de nouveau. Disons que ça ira, oui. Des amis américains nous l'avaient dit, que la santé, chez eux, c'est " n'importe quoi ! " (" nonsense "). On avait eu de multiples occasions de le constater : un spécialiste nous avait déjà pris 550 dollars pour une consultation de dix minutes sans la moindre auscultation ! La santé aux Etats-Unis est le plus souvent un produit soumis aux simples règles de l'offre et de la demande, avec ses acteurs " éthiques " et ses marlous et avec sa grande marge de négociation.

    Mais là ? Une même prestation tarifée du simple au quadruple ! On demande une explication. La préposée nous en a donné une. Avouons-le : on n'y a rien compris, tant les termes technico-techniques de l'assurance y abondaient. Voilà pourquoi lorsque, plus tard, l'hôpital nous a demandé non pas quatre mais six fois plus cher, on ne s'est plus étonné. On a simplement dit " non ", rappelé le cabinet de radiologie et demandé s'il était possible de bénéficier du même tarif que la fois d'avant. Ce qui nous fut de nouveau accordé. On n'en saura pas plus, les médecins américains de notre connaissance se perdant en conjectures dans leurs exégèses divergentes sur ce cas...

    La réforme Obama aura très sensiblement élargi la couverture de la population et mis fin aux abus les plus criants de l'assurance privée : le rejet sans recours des assurés " trop coûteux " étant l'un des pires. Les Etats-Unis sont classés vingt-deuxième sur vingt-six pays riches étudiés dans le dernier bilan santé de l'OCDE.

    Selon un récent rapport de la Robert-Wood-Jonhson Foundation, une femme américaine a onze fois plus de risques de mourir pendant sa grossesse ou son accouchement qu'une Irlandaise. Et l'espérance de vie d'un Afro-Américain de La Nouvelle-Orléans est inférieure à celle d'un Hondurien. La réforme Obama devrait permettre aux Etats-Unis de combler progressivement ces retards.

    En revanche, et même si la politique tarifaire des assureurs est partiellement contrainte par cette réforme, en laissant globalement intact le coeur du système, que les Etats-Unis sont seuls à pratiquer dans le monde développé, le président " yes we can " ne sera pas parvenu à ébranler ce " n'importe quoi " et ses aspects les plus ubuesques. Lors d'un deuxième round, qui sait ?

    Sylvain Cypel

    Voila presque à la caricature le « système ». Mais il s’appliquent a tout et surtout au système financier, Oui les « subprimes » sont le résultats d’une fraude à grande échelle.

    Le FBI à enquêter et dénombre plus de 100 000 dossiers frauduleux (cité par plusieurs auteurs, cela serait plus de 20 fois plus).

    Ce système est une immense pyramide de Ponzi, Madoff seulement un lampiste.


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  • Objecteur de croissance

    L'habit ne fait pas le moine, bien sûr, mais une belle apparence inspire le respect. C'est pourquoi il est tout sauf anecdotique que l'idée de décroissance, si allègrement injuriée par les thuriféraires du dogme " croissanciste ", ait été accueillie dans un lieu imprégné de pensée. Du 26 au 29 mars s'est tenue dans la belle université de Barcelone la deuxième conférence sur la décroissance économique.

    Ouverte par le recteur, organisée par l'Institut de science et de technologie environnementales (ICTA) de la capitale catalane, elle a réuni plus de 500 chercheurs et activistes venus de nombreux pays européens et américains. On sait maintenant que décroissance se dit degrowth  en anglais, decrecimiento en espagnol, decreixement en catalan, decrescita en italien.

    Pourquoi ce mot suscite-t-il tant d'intérêt ? Parce qu'il repose les questions radicales qui sont au coeur de l'écologie et que les logiques de développement durable, de croissance verte et de capitalisme vert ont affadies.

    En se voulant " réalistes ", nombre d'écologistes se retrouvent à teinter de vert un système économique qui ne change pas sa logique de destruction de l'humain et de la biosphère. Radicaux, les objecteurs de croissance affirment que la crise de l'orée du troisième millénaire ne peut se résoudre selon les voies suivies depuis le XIXe siècle.

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    L'habit ne fait pas le moine, bien sûr, mais une belle apparence inspire le respect. C'est pourquoi il est tout sauf anecdotique que l'idée de décroissance, si allègrement injuriée par les thuriféraires du dogme " croissanciste ", ait été accueillie dans un lieu imprégné de pensée. Du 26 au 29 mars s'est tenue dans la belle université de Barcelone la deuxième conférence sur la décroissance économique.

    Ouverte par le recteur, organisée par l'Institut de science et de technologie environnementales (ICTA) de la capitale catalane, elle a réuni plus de 500 chercheurs et activistes venus de nombreux pays européens et américains. On sait maintenant que décroissance se dit degrowth  en anglais, decrecimiento en espagnol, decreixement en catalan, decrescita en italien.

    Pourquoi ce mot suscite-t-il tant d'intérêt ? Parce qu'il repose les questions radicales qui sont au coeur de l'écologie et que les logiques de développement durable, de croissance verte et de capitalisme vert ont affadies.

    En se voulant " réalistes ", nombre d'écologistes se retrouvent à teinter de vert un système économique qui ne change pas sa logique de destruction de l'humain et de la biosphère. Radicaux, les objecteurs de croissance affirment que la crise de l'orée du troisième millénaire ne peut se résoudre selon les voies suivies depuis le XIXe siècle.

    Sous l'étendard de cette posture peut se redéployer la liberté de pensée contre le dogme, dont un autre important colloque, à Paris, en 2002, avait défini le programme : " Défaire le développement, refaire le monde ".

    On ne saurait résumer ici la variété des pistes de recherche présentées à Barcelone et la vivacité des discussions qui s'y sont tenues. Le programme, consultable sur le site Degrowth.eu, en donne un aperçu. Deux idées, rapidement, émergent. La préoccupation de la justice sociale est au coeur du projet de refondation écologique, et Barcelone a continué sur la route ouverte à Copenhague par les mouvements de la société civile avec la revendication de la justice climatique : " Changer le système, pas le climat ". Et pour les " objecteurs de croissance ", le système, c'est le capitalisme.

    Autre élément nouveau, la parole des mouvements du Sud, qui disent que, chez eux aussi, le développement tel qu'il est porté par les gouvernements est destructeur. Ils apportent de nouveaux concepts, tel celui de " bien-être " opposé au " mieux vivre ".

    La conclusion de l'économiste Juan Martinez-Allier : " La décroissance va devenir le courant majeur de l'économie. "  Les colonnes du dogme ont été ébranlées.

    Hervé Kempf


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  • La Grèce n'a pas retrouvé la confiance des marchés

    Malgré l'accord sur un plan de sauvetage, Athènes a dû emprunter, lundi, à des taux d'intérêt très élevés

    Les investisseurs auraient-ils moins d'appétit pour la dette grecque ? Lundi 29 mars, quatre jours après la présentation à Bruxelles d'un mécanisme d'aide à Athènes, la Grèce est retournée sur les marchés pour son troisième emprunt obligataire de l'année. Le pays a pu lever 5 milliards d'euros de titres à 7 ans. L'opération a reçu 7 milliards d'euros d'ordres, bien en deçà de la précédente émission, début mars, qui avait attiré trois fois plus de demandes que d'offres.

    " Il réussissent toujours à lever des fonds mais ce n'est pas un grand succès, estime un opérateur sur le marché de la dette souveraine. Surtout, il faut absolument que les Grecs puissent émettre à des taux plus bas. La rémunération qu'ils proposent reste extrêmement élevée. "

    Malgré le plan adopté jeudi 25 mars par l'Union européenne (UE), censé rassurer les marchés, Athènes emprunte toujours à des taux prohibitifs : le rendement de l'enchère, lundi, est ressorti à 6,01 %, soit plus de deux fois celui proposé par l'Allemagne, la référence dans la zone euro, pour des emprunts d'Etat de même échéance. Depuis le début de l'année, la Grèce a déjà collecté 18 milliards d'euros. Pour pouvoir refinancer sa dette, elle a besoin d'emprunter plus de 53 milliards en 2010 et devrait solliciter à nouveau le marché dans les prochaines semaines.
     

    Les investisseurs auraient-ils moins d'appétit pour la dette grecque ? Lundi 29 mars, quatre jours après la présentation à Bruxelles d'un mécanisme d'aide à Athènes, la Grèce est retournée sur les marchés pour son troisième emprunt obligataire de l'année. Le pays a pu lever 5 milliards d'euros de titres à 7 ans. L'opération a reçu 7 milliards d'euros d'ordres, bien en deçà de la précédente émission, début mars, qui avait attiré trois fois plus de demandes que d'offres.

    " Il réussissent toujours à lever des fonds mais ce n'est pas un grand succès, estime un opérateur sur le marché de la dette souveraine. Surtout, il faut absolument que les Grecs puissent émettre à des taux plus bas. La rémunération qu'ils proposent reste extrêmement élevée. "

    Malgré le plan adopté jeudi 25 mars par l'Union européenne (UE), censé rassurer les marchés, Athènes emprunte toujours à des taux prohibitifs : le rendement de l'enchère, lundi, est ressorti à 6,01 %, soit plus de deux fois celui proposé par l'Allemagne, la référence dans la zone euro, pour des emprunts d'Etat de même échéance. Depuis le début de l'année, la Grèce a déjà collecté 18 milliards d'euros. Pour pouvoir refinancer sa dette, elle a besoin d'emprunter plus de 53 milliards en 2010 et devrait solliciter à nouveau le marché dans les prochaines semaines.

    Le résultat de l'émission de lundi prouve qu'elle n'est pas dans l'impasse. Mais la défiance de la communauté financière vis-à-vis de la situation économique et budgétaire du pays reste forte, comme en témoigne l'écart de taux entre les emprunts d'Etat grecs et allemands. Début mars, des responsables grecs ont souhaité que ce différentiel ne dépasse pas deux points de pourcentage. Un désir encore très éloigné de la réalité : mardi matin, au lendemain de la troisième émission, cet écart pour les obligations à dix ans s'établissait toujours à 3,2 %. Un niveau qui fait craindre à la Grèce de ne pas pouvoir se sortir de sa spirale d'endettement, malgré les mesures d'austérité draconiennes présentées par le gouvernement du socialiste Georges Papandréou.

    Tractations difficiles

    Les dirigeants de la zone euro espèrent pourtant que leur plan d'aide prévoyant des prêts bilatéraux et des crédits du Fonds monétaire international (FMI) restera préventif et qu'il ne sera pas nécessaire de l'activer. Si la Grèce venait à le réclamer, le déclenchement du mécanisme ne serait, d'ailleurs, guère chose aisée. Très réticente à l'idée d'un sauvetage, l'Allemagne a obtenu que toute décision sur le sujet soit prise à l'unanimité des seize Etats de la zone euro. Une disposition qui lui octroie un droit de veto et promet des tractations difficiles si le cas se présente.

    D'autres zones d'incertitude subsistent. Le dispositif d'aide a été défini comme un " ultime recours " ne pouvant intervenir que si " le financement par les marchés est insuffisant ". Cette formulation vague risque de provoquer des divergences d'interprétation entre les dirigeants européens. Ainsi, pour les Français, il pourrait être question d'agir à la demande des Grecs si ceux-ci considèrent que les taux qui leur sont imposés par les marchés sont trop élevés pour être soutenables.

    Les Allemands ne voient pas les choses de la sorte. Le " seuil " de déclenchement correspond, selon Berlin, à une vraie désaffection des investisseurs pour la dette grecque. En clair, Athènes ne sera légitime à réclamer de l'aide qu'en cas de panne totale d'acheteurs. " Angela Merkel est prête à faire quelque chose seulement comme "ultima ratio", pas avant, souligne-t-on dans l'entourage de la chancelière allemande. Y aller trop rapidement ne ferait que déresponsabiliser la Grèce, la dissuader de mener à bien ses réformes. "

    Mais si l'urgence était là et que les Européens se décidaient à agir, quels taux proposeraient-ils à Athènes en échange de leurs prêts ? Là encore, le flou demeure. S'ils dépendent des conditions du marché, les taux consentis par l'Allemagne ou la France seront en tout cas sensiblement plus élevés que ceux pratiqués par le Fonds.

    Reste enfin à définir le rapport de force financier entre le FMI et les Etats de la zone euro. D'après plusieurs délégations présentes au sommet de Bruxelles, les Européens apporteraient environ deux tiers du plan, et le Fonds, le tiers restant. Mais cette répartition n'a pas été confirmée officiellement et aucun montant n'a été annoncé.

    Marie de Vergès (avec Philippe Ricard à Bruxelles)


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