• A haute dose, le taux zéro est un poison toxique

     

                Ecraser les taux d'intérêt jusqu'à les rendre quasiment nuls, c'est administrer un remède de cheval. Si l'on en croit les experts de la finance, l'activité économique et le bilan des banques lui doivent de ne pas s'être effondrés. Mais le traitement n'a pas que des effets thérapeutiques : il induit de dangereuses modifications des comportements.

    Le taux au jour le jour de <st1:personname productid="la R←serve" w:st="on">la Réserve</st1:personname> fédérale américaine (Fed), est resté compris entre 0 % et 0,25 % au cours des dix derniers mois, et il n'y a guère de chance que cela change à brève échéance.

    La plupart des banques centrales considèrent que le taux zéro n'est pas une arme suffisamment puissante pour faire face à une activité déprimée, un chômage élevé, une confiance laminée et un système bancaire toujours fragile. La situation est si dramatique qu'il faudrait payer les entreprises et les particuliers pour qu'ils consomment.

    D'un autre côté, le taux zéro, c'est mieux que rien, si l'on peut dire. Il est déjà heureux que les banques centrales ne fassent rien pour entraver le crédit.

    Tout cela est bien théorique. Dans les faits, avec un système financier qui n'est pas sorti du choc post-traumatique, rien ne garantit que l'abaissement extrême des taux se répercute dans l'offre des banques, et donc dans l'économie réelle. Le volume des prêts consentis aux entreprises reste donc limité.

    Même si l'on admet que cette politique de taux soutient effectivement l'économie, elle ne produit pas que des effets bénéfiques. Elle est en train de saper les bases financières. Les banques centrales ne pensent presque plus qu'à favoriser l'emprunt. Elles oublient que des taux positifs incitent à l'épargne. Lorsqu'ils sont réglés à zéro, l'incitation est elle aussi ramenée à zéro. Ainsi, si l'on met à disposition de l'argent gratuit pendant longtemps, il devient difficile de réinstaller des habitudes d'épargne. C'est pourtant ce dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont grand besoin.

    Décrochage du dollar

    Que le mouvement de réduction des taux ait finalement atteint l'économie réelle ou non, il est certain que la réaction des marchés financiers est excessive. Le cours des matières premières a sérieusement grimpé, tandis que l'on assiste au décrochage du dollar et de la livre sterling, précisément les monnaies supervisées par les banques centrales qui se sont le plus impliquées dans la politique de l'argent bon marché.

    Le fort abaissement des taux d'intérêt se justifiait, malgré les risques encourus, lorsque le produit intérieur brut et les échanges commerciaux chutaient, et que les banques suffoquaient. Aujourd'hui, la situation est plus stable, et les effets indésirables de cette politique commencent à se faire sentir. Les banques centrales feraient bien de réfléchir à un relèvement des taux.

    Edward Hadas

    (Traduction de Christine Lahuec)

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