• A Spandau, les ouvriers sacrifient les salaires pour préserver les emplois

    A Spandau, les ouvriers sacrifient les salaires pour préserver les emplois

    C'est une PMI allemande classique ", explique Bruno Rocker, du comité d'entreprise de Schleicher-Electronic, en guise d'introduction. A Spandau, dans la banlieue de Berlin, elles ne sont pourtant pas si nombreuses, ces industries de taille moyenne qui font la force du modèle économique allemand. L'entreprise, spécialisée dans le développement et la fabrication de système d'automatisation pour machines, emploie quelque 120 salariés.

    Chez Schleicher, la crise s'est fait durement ressentir. Pour en parler, M. Rocker propose d'associer à l'entretien Christopher Nolde, un des gérants. Une conversation à trois s'amorce ainsi, révélatrice de l'ambiance de consensus qui règne dans l'entreprise, comme dans tant d'autres PME allemandes. " En 2007, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de 18 millions d'euros. En 2009, il est tombé à 9 millions, alors que nous avions beaucoup investi dans l'export sur les marchés émergents, explique M. Nolde. Ça a été la catastrophe. "

    Malgré la crise, l'entreprise ne procède à aucun licenciement, suivant le mot d'ordre lancé, fin 2008, par IG Metall, le syndicat de la métallurgie, majoritaire chez Schleicher. Dès janvier 2009, elle recourt massivement au chômage partiel, profitant du système mis en place par l'agence pour l'emploi qui indemnise les jours non travaillés à hauteur de 60 % du salaire net. Au plus fort de la crise, l'entreprise ne produit qu'un jour sur deux. Malgré ces mesures, elle est, à l'été 2009, au bord de la faillite. Le personnel se résout alors à une nouvelle baisse des salaires. Les primes de Noël et de vacances sautent. Au total, les employés doivent renoncer à 10 % de leur rémunération annuelle, en plus du chômage partiel, en attendant une reprise des commandes qui se fait attendre.

    " Effort commun "

    Comment le syndicat a-t-il pu consentir à une telle baisse des conditions de rémunération ? " IG Metall l'accepte quand la survie de l'entreprise est en jeu, et s'en remet au vote des salariés, explique M. Rocker. Surtout, nous avons obtenu que la direction participe aussi à l'effort commun. Les propriétaires se sont engagés à réinvestir dans l'entreprise. De leur côté, les gérants ont renoncé à 30 % de leur rémunération. " Soit près de 50 000 euros par an pour les plus gros salaires, précise M. Nolde : " Ce n'est pas une situation habituelle. Nous avons fait un "deal" ", explique-t-il.

    M. Rocker préfère, lui, parler de " fairness " dans les relations entre les partenaires sociaux. Il résume l'état d'esprit des salariés : " Le calcul a été vite fait. Le salaire moyen chez Schleicher est de 3 700 euros brut. C'est un tarif qui se situe largement au-dessus du salaire moyen de la région. Nous en bénéficions grâce aux accords de branche négociés par IG Metall. Il est plus facile de négocier ce standard élevé que de se résoudre au chômage. On sait bien qu'avec la loi Hartz - réforme du marché du travail qui a eu lieu en Allemagne, entre 2003 et 2005, sous le mandat du chancelier Gerhard Schröder - , la chute dans l'assistance sociale et la pauvreté peut aller très vite, après tout juste douze mois de chômage. Même si nous pouvions nous le permettre, nous n'avions pas le choix. "

    Chez Schleicher, on n'est pourtant pas sorti de l'ornière. Alors que les commandes reprennent, l'entreprise a du mal à financer la croissance. " Nous subissons actuellement un manque cruel de liquidités, explique M. Nolde. Il est très difficile d'obtenir des crédits de la part des banques. " Alors les salariés ont accepté de prolonger pendant trois ans l'accord conclu avec la direction, qui prévoit le maintien de leur salaire en dessous de l'accord de branche. Jusqu'à ce que les profits espérés permettent enfin de rembourser la dette accumulée. " Nous essayons toujours de relativiser notre situation, explique M. Rocker. Je suis bien mieux loti qu'un employé non protégé par la convention collective. "

    Pourtant, M. Rocker le sait, il doit travailler sans relâche au recrutement de nouveaux membres afin de lutter contre l'érosion inquiétante de son syndicat. Alors que l'industrie allemande voit sa production repartir à la hausse, le nombre de travailleurs intérimaires, non liés aux tarifs négociés par les syndicats, n'a jamais été aussi élevé.

    Cécile Boutelet (Berlin)


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