• A votre bon coeur, messieurs de chez Goldman Sachs

    A votre bon coeur, messieurs de chez Goldman Sachs

     

    La prime spéciale qui a été distribuée par l'établissement britannique de la banque Goldman Sachs n'est pas très morale. Quelque 80 associés ont perçu une gratification extraordinaire en août, après une année 2009 de " rigueur " qui expose la société au risque de voir ses collaborateurs débauchés par la concurrence... enfin, c'est le motif invoqué. Ce qui est gênant, c'est que ces extra échappent à la super- taxe instaurée par le Royaume-Uni.

    Techniquement, la décision de Goldman n'a rien de répréhensible. La taxe sur les primes, qui opère un prélèvement supplémentaire de 50 % sur les montants excédant 25 000 livres sterling, ne s'applique que sur les sommes versées avant fin avril. Si la banque avait promis un bonus spécial à ses associés avant cette date tout en en différant le paiement, il y aurait matière à discuter. Mais rien n'indique qu'elle ait enfreint la réglementation.

    Elle soutient qu'il ne s'agit là que de se protéger de la concurrence. Qu'il faut se rappeler qu'elle avait été la seule avec Credit Suisse à appliquer des mesures restrictives - un Credit Suisse qui a d'ailleurs pris depuis des dispositions similaires. Chez Goldman Sachs, on avait plafonné à un million de livres les gratifications accordées aux associés de la succursale britannique.

    La réalité du danger encouru par Goldman Sachs est discutable. C'est vrai, elle a vu partir quatre de ses associés travaillant au Royaume-Uni, mais un seul d'entre eux, Bernie Mensah, est passé à la concurrence, en l'occurrence chez Merrill Lynch, propriété de Bank of America. Les autres ont changé de terrain de jeu. Simon Dingemans, par exemple, a rejoint GlaxoSmithKline en tant que directeur financier, un choix professionnel qu'on peut difficilement qualifier de vénal. D'ailleurs, Goldman Sachs n'a guère eu de mal à braconner sur les terres de ses rivales.

    Ce qui dérange vraiment, c'est le moment que Goldman Sachs a choisi pour attribuer cette prime spéciale. Même s'il n'y a pas eu intention de se soustraire à la taxe, en apparence c'est tout comme. Bien sûr, Goldman Sachs a déjà acquitté 400 millions de livres au titre de la fameuse taxe. En faisant l'hypothèse que chaque associé a reçu deux millions de livres de bonus, on arrive à la conclusion que la banque a payé 80 millions de livres d'impôts de moins que si elle avait versé ces gratifications quelques mois plus tôt.

    Il est arrivé à la banque de mettre en avant sa générosité à l'égard d'oeuvres caritatives pour essayer de redorer son blason. Faire un don de l'équivalent des impôts économisés serait une façon honorable de se tirer de cette fâcheuse posture.

    Hugo Dixon

     

    (Traduction de Christine Lahuec)


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