• Alistair Darling : « Nous ne sommes pas tirés d'affaire »

    Alistair Darling : « Nous ne sommes pas tirés d'affaire »

    Le ministre des Finances travailliste Alistair Darling craint que, avec l'apparition des premiers signes de croissance, les pays arrêtent de coopérer. Le plus dur reste pourtant à faire : appliquer en 2010 les idées développées en 2009.

    ENTRETIEN

    À la veille du début de la réunion du G7 des ministres des Finances au Canada, Alistair Darling, le chancelier de l'Échiquier britannique, entend rappeler à tous ses homologues l'importance de continuer leur travail en commun. « Les décisions économiques et financières courent un véritable risque de recentrage national, susceptible de freiner le rythme actuel des réformes », a-t-il pointé du doigt lors d'un entretien à « La Tribune ». « Il ne faut pas oublier qu'il y a un an, tous les pays étaient au bord du gouffre, dont ils pouvaient apercevoir la profondeur. Nous sommes aujourd'hui dans une bien meilleure situation, car nous avons tous agi en même temps. Mais nous ne sommes pas tirés d'affaire et nous devons poursuivre sur notre lancée commune. »

    Alistair Darling a des raisons de se montrer aussi prudent : la publication d'une croissance britannique positive de 0,1 % pour le quatrième trimestre 2009 a provoqué une importante polémique au Royaume-Uni, en raison de la faiblesse de l'activité économique et surtout du taux de chômage à un niveau record. « C'est la raison pour laquelle si 2009 a permis d'indiquer ce qui pouvait être fait, en 2010 nous devons montrer ce qui est fait, affirme le ministre britannique. [] Il a fallu dix ans pour appliquer l'accord de Bâle 2, cette fois-ci, nous n'avons pas dix ans ! »

    La réunion des ministres des Finances qui se tient vendredi et samedi au Canada servira en partie de cadre à cette coopération. Si Alistair  Darling perçoit le G7 comme « une bonne occasion pour que les ministres des Finances se voient », il croit d'avantage à l'utilité du forum du G20. « Celui-ci doit impérativement se poursuivre, car il dispose d'une base plus large. Tout n'y est pas parfait, mais le G20 a montré qu'il pouvait faire la différence, et je vais m'assurer qu'il le fera encore. »

    APPEL A L'UNITE

    Côté régulation, la réunion de deux heures à laquelle Alistair  Darling a participé, aux côtés de son homologue française Christine Lagarde, en marge du sommet de Davos avec des banquiers, a visiblement fait évoluer la donne positivement. « Cette rencontre a vraiment marqué un tournant. Les banques ont changé d'attitude, elles se sont rendu compte qu'elles vivaient dans le même monde que nous. Elles ont donc accepté la nécessité de changements dans la régulation du système financier. »

    Si l'idée d'une nouvelle régulation est désormais acceptée, Alistair  Darling relance toutefois un appel à l'unité, en raison des trop grandes divergences d'opinions sur les options à entreprendre. Le Britannique dit observer avec bienveillance l'idée de Barack Obama de créer un fonds devant servir à couvrir les banques en cas de future crise. Mais il précise qu'« il faudra pour cela qu'il y ait un accord international ».

    En revanche, le ministre britannique prend ses distances avec l'autre proposition américaine, visant à séparer les activités de détail et d'affaires des banques. Diplomatiquement, Alistair Darling assure que les Américains « ne veulent pas vraiment casser les grandes banques. [] Mais le vrai problème réside dans le risque systémique, le fait que les banques ont fait reposer leur risque sur une autre banque, puis sur une autre banque, etc. C'est donc leur interconnexion qui a provoqué la crise et qui doit être réglée. » Comme l'explique son entourage, si les banques se lancent dans des opérations risquées, elles doivent avoir un niveau de capital important. Chaque établissement doit posséder assez de liquidités pour résister à une crise. n

    « Il ne faut pas oublier que, il y a un an, tous les pays étaient au bord du gouffre, dont ils pouvaient apercevoir la profondeur. »

    Les banques ont changé d'attitude, elles se sont rendues compte qu'elles vivaient dans le même monde que nous. »

    Propos recueillis par Tristan de Bourbon, à Londres


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