• Argent et politique : la France peine à la transparence

    Argent et politique : la France peine à la transparence

    Christine Boutin a été contrainte de renoncer à la rémunération de sa mission sous la pression de l'opinion

    Après 48 heures de polémique, le gouvernement a préféré éteindre l'incendie. Christine Boutin a annoncé sur France 2, jeudi 10 juin, qu'elle renonçait au paiement de sa mission de 9 500 euros mensuels, qui s'ajoutait à sa retraite de parlementaire (6 000 euros) et ses indemnités de conseiller général (2 000 euros).

    L'affaire avait été révélée, mercredi, par le Canard enchaîné. Dans un communiqué laconique, François Fillon a indiqué, quelques instants après l'intervention de Mme Boutin, la mise en place d'une " doctrine uniforme " sur " les rémunérations éventuellement octroyées à des personnalités chargées d'une mission par toute administration de l'Etat ". Il s'agit notamment d'éviter les cumuls de rémunération.

    Pour compenser sa sortie du gouvernement après le remaniement du 23 juin 2009, l'ancienne ministre du logement s'était vue confier par l'Elysée une mission sur " les conséquences sociales de la mondialisation ". Pressée dans la journée par Eric Woerth, le ministre du travail de renoncer au cumul de ses émoluments, Mme Boutin a expliqué qu'elle ne pliait pas sous la pression du gouvernement mais avait " entendu " l'émoi des " Français qui ont des petits salaires ". " Tout était légal " a-t-elle souligné. Elle poursuivra désormais sa mission à titre gracieux. Comme pour mieux souligner qu'il n'était pas à l'origine de la nomination de Mme Boutin, le premier ministre s'est volontairement tenu à distance de la polémique, refusant de la commenter.

    Cette nouvelle affaire intervient au plus mauvais moment. Contrairement à la Grande Bretagne ou à l'Italie, qui ont récemment imposé des réductions de salaires à leurs ministres pour faire passer la sévérité de leur plan de rigueur, la France a écarté cette exemplarité. Le gouvernement s'est contenté de réduire de 10 % sur trois ans les frais de fonctionnement des ministères et des cabinets.

    La question d'une baisse des salaires des ministres avait été évoquée début mai : les ministres Christine Lagarde, Valérie Pécresse ou Bruno Lemaire y étaient favorables. D'autres ont souligné le caractère trop populiste de cette mesure symbolique. " Si on continue comme cela, il se passera ce que j'ai vécu avec un grand intellectuel portugais au moment de l'alternance : il était tellement mal payé qu'il a dû renoncer à entrer au gouvernement " souligne le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux.

    Matignon comme l'Elysée préfèrent insister sur les efforts entrepris par l'Etat pour normaliser le train de vie des ministres : suppression des fonds secrets dans lesquels les ministres pouvaient puiser librement, sous le gouvernement Jospin en 2001, efforts pour limiter le nombre de collaborateurs de cabinet et l'utilisation des appartements de fonction, par le gouvernement Raffarin.

    " Quand François Fillon est arrivé à Matignon, il a décidé, en plus, de taxer la mise à disposition des appartements de fonction " fait valoir l'entourage du premier ministre. Mais la jurisprudence reste floue. Ces derniers jours, Christian Estrosi et Fadela Amara ont été épinglés pour avoir mis à disposition leur appartement de fonction pour leur famille.

    La polémique sur le train de vie de l'Etat avait démarré dès le début du quinquennat, lorsque le chef de l'Etat avait augmenté son salaire pour l'aligné sur celui du premier ministre, 19 600 euros. M. Sarkozy s'était défendu en expliquant qu'il gagnait moins que son prédécesseur, Jacques Chirac, qui cumulait salaire et retraites.

    La " normalisation " française s'opère à chaque fois sous la pression des affaires. Après la révélation de l'affaire Joyandet où le secrétaire d'Etat à la coopération avait loué un jet privé pour 116 500 euros pour se rendre aux Antilles, M. Fillon avait été contraint de mieux cadrer l'usage des déplacements des ministres. Après l'affaire Gaymard, qui s'était fait attribuer un appartement de 600 m2, Jean-Pierre Raffarin avait été obligé de réglementer l'usage des appartements de fonctions.

    " La vie de ministre n'a rien à voir avec ce qu'elle était sous De Gaulle ou Mitterrand : tout est réglementé " se défend M. Hortefeux, qui justifie la nécessité de disposer d'un logement de fonction : " Quand on est ministre de l'intérieur, on reçoit des nouvelles toutes les trois heures. Jean-Louis Debré ne voulait pas habiter place Beauvau, mais il s'y est installé après les attentats de 1995 ".

    Franck Louvrier, le responsable de la communication de l'Elysée note que la Cour des comptes audite désormais les dépenses de l'Elysée. " Cette transparence a déclenché les polémiques, parce qu'elle révélait des choses dont les Français n'entendaient pas parler auparavant. Mais la seule institution contrôlée en permanence par la Cour des comptes, c'est l'Elysée. "

    Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier


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