• Aux Etats-Unis, le spectre d'une croissance molle

    Aux Etats-Unis, le spectre d'une croissance molle

    Le PIB n'a crû que de 2,4 % au deuxième trimestre. Le FMI préconise de nouvelles mesures de soutien à l'économie
    New York Correspondant
     

     

    Barack Obama a passé la journée du vendredi 30 juillet au Michigan sur deux sites de fabrication automobile de Chrysler et de General Motors : deux entreprises qui ont massivement bénéficié de l'aide de l'Etat et sont aujourd'hui jugées en voie de rétablissement. Le président des Etats-Unis entendait montrer que, sans sa mobilisation massive de fonds publics pour sauver l'automobile américaine, " plus d'un million d'emplois auraient pu être perdus ", tout comme les monumentales dépenses de renflouement du système financier et de relance de l'économie ont été nécessaires pour éviter à son pays de connaître une nouvelle grande dépression.

    Le problème, pour M. Obama, est que la logique de son message reste une abstraction pour la plupart de ses compatriotes. Ce qu'ils attendaient de lui n'est pas advenu. Ils espéraient revenir à la situation " d'avant " - lorsque le chômage était résiduel et la consommation facilitée par un accès quasi illimité au crédit. Mais, bien que la croissance soit de nouveau au rendez-vous depuis le second semestre 2009, elle reste insuffisante pour que la population en constate les bénéfices dans les deux domaines prioritaires à ses yeux : l'emploi et la consommation.

    Sur ce plan, le chiffre du second trimestre, publié vendredi, n'apporte rien de réconfortant. Le produit intérieur brut (PIB) américain n'a crû que de 2,4 %, le taux le plus faible depuis la sortie statistique de la récession, en septembre 2009. En réalité, selon les normes mêmes qu'a définies la réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine), ce taux est en rythme annuel inférieur au " seuil de croissance " (2,8 %-3 %) jugé nécessaire pour répondre aux besoins créés par le seul accroissement démographique (la population des Etats-Unis augmente de 2,5 millions de personnes chaque année).

    D'où la stagnation de l'emploi, et même une nouvelle dégradation en perspective : Augustine Faucher, de Moody's Economy, prévoit ainsi un retour à un taux de chômage supérieur à 10 % en 2011. " Dans l'incertitude ", admet le patron du sidérurgiste US Steel, John Surma, interrogé par Associated Press, les employeurs, plutôt qu'embaucher pour produire plus sans savoir si la demande sera au rendez-vous, préfèrent rester " assis sur une montagne de cash " et privilégier la modernisation de l'outil de production et la productivité du travail. L'investissement des entreprises américaines dans les biens d'équipements a crû de 21,9 % au dernier trimestre, un record depuis quatorze ans.

    D'où, plus encore, la stagnation de la consommation : les banques, malgré des conditions de financement exceptionnellement favorables depuis dix-huit mois (le taux de base de la Fed a été ramené entre 0 % et 0,25 %), ne desserrent toujours pas l'accès au crédit. Or les particuliers sont à la fois moins fortunés (leurs revenus stagnent et le chômage coûte plus de 1 point de consommation) et plus frileux (la confiance en l'économie est au plus bas). De sorte que la consommation des ménages, qui contribue usuellement aux Etats-Unis aux trois quarts de la croissance du PIB, n'en assure plus actuellement que 40 %. Après avoir augmenté de 1,9 % au premier trimestre, un taux insuffisant pour faire repartir l'appareil de production, la croissance de la consommation des Américains a chuté à 1,6 % au deuxième, un taux " anémique ", dixit Dan Greenhaus, analyste de l'étude financière Miller Tabak.

    Comment sortir d'une situation qui apparaît bloquée : croissance molle et installation durable dans un chômage très au-dessus des normes précédentes d'un côté ; relance conjoncturelle impérative de la consommation tout en excluant un retour à la situation qui a prévalu de 1982 à 2007, lorsque la dépense des ménages excédait systématiquement leurs revenus ? Ben Bernanke, le président de la Fed, juge que le moment n'est pas encore venu pour lui de réintervenir afin de soutenir la croissance.

    Eviter la " contagion "

    Tel n'est pas l'avis du Fonds monétaire international (FMI). Dans un rapport rendu public avant l'annonce du mauvais chiffre de la croissance américaine, il a enjoint Washington à prendre de " nécessaires mesures supplémentaires et décisives " pour stabiliser son économie et éviter les risques de " contagion " de ses difficultés à d'autres pays. Le Fonds estime, en particulier, que la réduction à court terme des déficits est moins urgente que la relance de la machine économique.

    L'analyse des données du deuxième trimestre semble lui donner raison. Non seulement la croissance est faible, mais elle reste partiellement portée par la dépense publique. Or le " plan de relance " adopté en février 2009 par l'administration Obama entre dans sa dernière phase. L'avenir économique de l'Amérique, a récemment jugé M. Bernanke, est " inhabituellement incertain ". Soudainement, l'homme paraît glisser sur la pente elliptique qui caractérisait son illustre prédécesseur, Alan Greenspan.

    Sylvain Cypel


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :