• « Avec la Chine, capitalisme ne rime plus avec démocratie »

    « Avec la Chine, capitalisme ne rime plus avec démocratie »

    CE QUE CHANGE LA CHINE. Chaque jour, nous interrogeons une personnalité sur les bouleversements qu'implique l'arrivée de la Chine aux premiers rangs des puissances économiques. Aujourd'hui, le directeur général d'HEC Paris décortique le modèle inédit qui a créé de redoutables concurrents pour les entreprises occidentales.

    Qu'est-ce que l'émergence d'une Chine aussi puissante a changé dans les affaires depuis quinze ans ?

    Tout a changé, y compris pour les « business schools ». Il y a quinze ans, il n'y avait pas de grands acteurs dans ce domaine ni en Chine ni même à Hong Kong. Aujourd'hui, les écoles de la grande Chine sont très puissantes : grâce à des rémunérations élevées, elles attirent de très bons professeurs chinois et occidentaux et forment des étudiants de niveau équivalent aux nôtres. Dès lors, les écoles de management du monde entier se livrent une concurrence féroce pour nouer des partenariats avec les « business schools » chinoises, en particulier avec celle de l'université Tsinghua de Pékin. Le groupe HEC a lui-même créé il y a cinq ans à Pékin, et il y a deux ans à Shanghai, un « executive MBA » destiné aux managers chinois, mais aussi aux managers européens travaillant en Chine et désireux de mieux comprendre le monde chinois. Sans oublier notre programme « Fashion & Luxury » en partenariat avec Tsinghua.

    Quel est l'intérêt des étudiants pour la Chine et que doivent-ils savoir de la Chine avant de se lancer dans la vie active ?

    Les étudiants d'HEC ont très bien perçu sa montée en puissance. La preuve, ils sont de plus en plus nombreux à se mettre au chinois. L'intérêt pour notre enseignement sur la Chine qu'offre depuis près de vingt ans HEC Eurasia Institute progresse toujours, et ce à tous les niveaux de formation. On ne peut plus débarquer dans la vie active avec l'idée que la Chine est un monde émergent, qui se développe grâce à des bas coûts de main-d'oeuvre et qui se satisfait de quelques années de retard sur le monde développé, car même dans des secteurs technologiques pointus, comme les télécoms, ils se révèlent de redoutables concurrents.

    Quel portrait faites-vous de la Chine à vos étudiants ?

    C'est un pays qui a créé un modèle inédit, reposant sur un capitalisme poussé à son point extrême lié à un État très fort. Avec la Chine, capitalisme ne rime plus avec démocratie, et c'est une nouveauté. Un élève d'HEC, futur dirigeant d'entreprise dans un contexte mondialisé doit impérativement intégrer la Chine dans son approche du monde, et connaître non seulement les Chinois, mais aussi leurs entreprises et leurs systèmes de décision. Sans oublier le mode de fonctionnement, y compris mental, de la Chine. Par sa masse et par sa vitesse de développement, la Chine est le plus grand défi au « système monde » jusqu'ici dominé par l'Occident.

    Est-ce que sa puissance, jointe à son mode opératoire très politique, ne modifie pas la manière de faire désormais des affaires dans le monde ?

    Les managers ne peuvent plus ignorer la dimension géopolitique des affaires. C'est pourquoi HEC enseigne aussi la nature des rapports de force dans le monde, et leur évolution prévisible dans vingt ans. Mais aussi les enjeux liés au réchauffement climatique, tels que les grands déplacements de population d'ici à vingt ans, qui feront cohabiter des lieux sururbanisés et des lieux désertiques.

    Que leur enseigne HEC sur les moyens de retrouver un leadership perdu face à la Chine ?

    L'avantage concurrentiel de nos entreprises est (pour l'instant) une certaine avance en matière de recherche, de R&D, d'innovation et de management, notamment des systèmes complexes intégrant des mix de produits services et de management sophistiqué. Mais la montée en puissance de certaines grandes entreprises chinoises lourdement encouragées par l'État chinois commence déjà à grignoter nos positions. Et sur nos coeurs de technologies dans les systèmes complexes, les Chinois se montrent depuis quelques mois très agressifs : le TGV La Mecque-Djedda a été attribué aux Chinois (contre Alstom, Kawasaki ou Siemens), les prochaines centrales nucléaires de pays émergents pourraient l'être. L'avion commercial chinois concurrencera Airbus et Boeing dès 2014. Sur le marché chinois, à mesure de la montée en puissance de leurs « multinationales émergentes », le tapis rouge commence à disparaître progressivement pour les entreprises étrangères.

    Propos recueillis par Valérie SEGOND

    Interview de Bernard Ramanantsoa Directeur général d'HEC Paris


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