• Babyloan cèlébre un an de microcrédit

    Babyloan célèbre un an de microcrédit solidaire par Internet

    Près de 5.000 internautes ont accordé 1.700 prêts à des entrepreneurs de pays en développement grâce à ce site unique en Europe.

    FINANCEMENT
     

    L'histoire de Babyloan est d'abord celle d'un banquier qui voulait faire de la finance autrement. En créant Babyloan.org, à l'automne 2008, le premier site Internet européen de microcrédit « peer to peer », Arnaud Poissonnier a réussi son pari. Les membres de Babyloan — 4.700 actuellement — prêtent de l'argent à des entrepreneurs de pays en développement comme le Bénin, le Cambodge, le Vietnam ou le Tadjikistan. Ils ne prêtent pas à l'aveugle : ils choisissent le bénéficiaire présenté sur le site par son prénom, sa photo, sa ville et son pays d'origine, quelques lignes de présentation sur son entreprise — la plupart du temps d'artisanat, de commerce ou d'élevage — et son besoin de financement.

    « 1.700 projets ont été financés depuis la création pour un montant global de 470.000 euros. Actuellement, une quarantaine de projets sont accessibles sur le site », indique Arnaud Poissonnier. Le prêt minimal est de 20 euros et le prêt moyen s'élève à 55 euros. Plusieurs babyloaniens contribuent donc à boucler un projet dont le montant moyen s'élève à 400 euros pour une durée moyenne de crédit de huit mois. Chaque prêteur est ensuite remboursé au terme prévu sur sa « tirelire » personnelle sur le site. Il peut récupérer son argent ou le réutiliser pour financer de nouveaux projets. « Le taux de sortie n'est que de 2 % aujourd'hui », précise Arnaud Poissonnier, qui vise 100.000 membres dans les trois ans.

    Prêts à taux zéro

    Conçu comme un site communautaire, Babyloan s'est inspiré du modèle américain Kiva.org. Lancé en octobre 2005, ce site Web de microcrédit « peer to peer » compte aujourd'hui plus de 600.000 prêteurs et a financé 275.000 entrepreneurs pour un montant de 109 millions de dollars depuis l'origine.

    Kiva comme Babyloan s'appuient sur les instituts de microfinance (IMF) locaux. Le site français a ainsi un partenariat avec sept instituts. « Nous ne voulons travailler qu'avec des IMF qui effectuent un accompagnement social auprès des entrepreneurs, car l'argent ne suffit pas », explique Arnaud Poissonnier. Les instituts sélectionnent les dossiers présentés en exclusivité sur Babyloan .org et sont garants des sommes prêtées. Ce sont eux qui remboursent les prêteurs même en cas d'impayés par le bénéficiaire final.

    Ces crédits sont dits solidaires, car ils sont à taux 0 % et ne rapportent rien aux internautes prêteurs. En revanche, les emprunteurs paient un taux d'intérêt de 20 % à 40 %, en raison de l'inflation dans ces pays émergents, des coûts de refinancement et de fonctionnement des IMF. Ils restent beaucoup moins chers que les taux pratiqués par les usuriers locaux, qui oscillent de 100 à 300 %.

    Créé sous la forme d'une entreprise habilitée par les autorités à faire du prêt solidaire en ligne, Babyloan compte deux banques (la Bred et le Crédit coopératif) et une organisation non gouvernementale (Acted) à son capital. Il se finance en demandant 1 euro à chaque babyloanien accordant un prêt par les frais d'accès payés par les instituts de microfinance, par les revenus de la trésorerie sur le compte de passage de l'entreprise avant que l'argent soit versé et, enfin, par la publicité sur le site. Arnaud Poissonnier prévoit d'atteindre l'équilibre en 2012 et d'attirer d'ici là des babyloaniens dans toute l'Europe. n

    Une quarantaine de projets sont accessibles sur le site.

    par Séverine Sollier

    Arnaud  Poissonnier, banquier alternatif

    Arnaud Poissonnier aime bien les virages. Diplômé pour être notaire, il devient finalement banquier après avoir obtenu un master de gestion d'entreprise. À la banque Baecque Beau, puis Merrill Lynch et enfin comme directeur commercial à la banque OBC (groupe ABN Amro), il se consacre pendant douze ans à la gestion de fortune avant d'opter, à 40 ans, pour la lutte contre la pauvreté. Il rejoint alors, en 2006, l'organisation non gouvernementale Acted pour structurer ses activités de microcrédit sous le nom d'Oxus. La découverture du site américain de prêt solidaire Kiva provoque un déclic : il défend son dossier auprès de la Banque de France et lève 1 million d'euros pour créer Babyloan et devenir une sorte de banquier alternatif et solidaire.


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