• Bataille autour du gâteau africain

    Bataille autour du gâteau africain

    Le continent noir fait saliver les grandes puissances économiques mondiales. Les Chinois et les Américains se livrent déjà une guerre économique qui ne dit pas toujours son nom.

    Gaboneco.com

    Lasse de l’assistanat paternaliste proposé par les anciens colons, l’Afrique a vite été séduite par le partenaire chinois, ses contrats colossaux et ses valises de cash. Ce nouvel “ami” s’est ainsi immiscé dans le pré carré occidental jusqu’à atteindre tous les secteurs de l’économie. Devant cette vague chinoise, les puissances occidentales ont vite fait de crier au scandale. Attitude colonialiste, pillage des richesses, détérioration du patrimoine naturel : rien n’a manqué au réquisitoire des puissances occidentales contre le “nouvel ami” de l’Afrique. Johnnie Carson, sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, explique que “la Chine cherche de manière ciblée à acquérir des droits d’exploitation des hydrocarbures et d’autres ressources naturelles pour répondre aux besoins créés par sa croissance économique” et qu’elle “tente également de trouver de nouveaux marchés pour ses exportations. Dans ce contexte, l’Afrique est un continent où les Chinois voient d’énormes possibilités.”

    Mais l’inquiétude du diplomate américain réside dans la complicité des gouvernements africains avec le “pillage organisé” des ressources du continent noir. Il insiste sur la nécessité d’institutions démocratiques, “pour que les voix des populations puissent se faire entendre quant aux conséquences de ces relations avec la Chine”. Sur ce point, un exemple probant reste la renégociation récente du contrat d’exploitation du gisement de fer de Belinga, au Gabon, à la suite des pressions de la société civile à propos de l’impact environnemental et de la faible contrepartie économique du premier accord conclu avec la Chine.

    LaChine pourrait devancer les États-Unis en 2020

    Mais, pour le Pr Aktouf, de HEC Montréal, l’enjeu n’est pas aussi charitable que les puissances occidentales veulent le laisser penser. “La Chine est aujourd’hui aux portes de l’Europe et menace les intérêts américains au Moyen-Orient. Le Soudan n’est pas loin du canal de Suez, ce qui est intolérable pour Washington”, estime-t-il. Et, face à la marée chinoise qui menace les intérêts occidentaux, le Pr Aktouf met en lu­mière la portée des conflits qui minent le continent. “Le pauvre Mugabe a commis la faute de dire aux Blancs de laisser les terres agricoles et il est devenu le plus grand tyran du monde. Il ne l’était pas auparavant. Toute la région des Grands Lacs – Rwanda, Burundi, RDC… – est ciblée. Les Français, les Américains et d’autres puissances veulent limiter l’intrusion de la Chine, qui joue à fond la carte africaine et effraie les puissances occidentales”, explique-t-il.

    Certains analystes prévoient que la Chine pourrait devancer les Etats-Unis en 2020 pour devenir la première puissance économique mondiale. Une perspective qui a de quoi effrayer les Américains, en tout cas suffisamment pour qu’ils mettent des bâ­tons dans les roues à la machine économique chinoise. Pendant ce temps, au milieu de la balance, l’Afrique, qui possède toutes ses richesses encore inexploitées, a be­soin d’argent pour se développer. Les Etats-Unis réussiront-ils à bloquer l’avancée chinoise dans une Afrique assoiffée de développement, simplement avec les si­rènes démocratiques ? Cela fait cinquante ans que l’Afrique at­tendait de la part des puissances occidentales qu’elles accompagnent son développement, en vertu des multiples accords signés avec elles.

    Certes, la Chine ne va pas développer l’Afrique à la place des Africains. Il appartient aux gouvernements africains de prendre leurs destinées en main, surtout depuis qu’ils disposent d’une élite formée dans les meilleures universités occidentales. Comme le suggère le Pr Aktouf, “ce qui manque aux pays du tiers-monde, c’est que l’Etat ne joue pas son rôle véritable, notamment en matière d’éducation. C’est grâce à l’éducation que la Chine se trouve là où elle en est actuellement.” L’Afrique a été victime de la guerre froide russo-américaine. Il est temps qu’elle prenne ses responsabilités pour ne pas être victime de celle qui se prépare entre la Chine et le bloc occidental.


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