• Berlin impose sa vision de l'Europe économique

    Berlin impose sa vision de l'Europe économique

    Paris accepte l'idée d'une gouvernance économique élargie aux Vingt-Sept, au-delà de la zone euro Bruxelles sceptique sur le plan de rigueur français
    Berlin Envoyé spécial

     

    O n ne dit pas non au chancelier de l'Allemagne " : la maxime de François Mitterrand s'est appliquée à Nicolas Sarkozy, lundi 14 juin, à Berlin. Le président français a réussi à faire accepter à Angela Merkel de voler au secours de la Grèce et de faire financer par la Banque centrale européenne (BCE) la dette des Etats du sud de l'Europe, mais il a dû renoncer à imposer ses vues économiques à l'Allemagne. Tout a fini en compromis. " On a fait chacun un pas vers l'autre ", a déclaré M. Sarkozy à l'issue de sa rencontre avec Mme Merkel. Mais le pas français était plus grand que le pas allemand, à trois jours d'un Conseil européen sur la gouvernance économique.

    Mme Merkel a accepté l'idée d'un gouvernement économique. " Il nous faut un gouvernement économique fort. C'est seulement ainsi que l'Europe repartira de l'avant ", a assuré la chancelière. Mais ce gouvernement se fera à vingt-sept, et non pas au niveau des seize pays de la zone euro dotés d'un secrétariat économique, comme le souhaitait le président français. M. Sarkozy, qui envisageait de présider ce forum, a fait bonne figure, expliquant que le débat institutionnel avait été clos lors de l'adoption du traité de Lisbonne.

    " On doit être opérationnel et sortir du débat institutionnel ", a déclaré M. Sarkozy, en précisant que des réunions auront lieu, si nécessaire, au niveau de la zone euro, comme ce fut le cas trois fois depuis le début de la crise grecque. Pour renflouer un pays, prendre des décisions sans être otage de la City de Londres, M. Sarkozy estime qu'il faut agir au niveau de la zone euro.

    Mais la chancelière ne veut pas diviser le marché unique, séparer les Européens entre pays de première et de deuxième classe. En réalité, Mme Merkel s'est vu reprocher en Allemagne de subir une tentative hégémonique française.

    La crise grecque a permis à un trio de Français - M. Sarkozy, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn - d'imposer que l'on trahisse l'esprit du traité de Maastricht, en renflouant les Etats du sud de l'Europe avec l'aide de la BCE.

    Les garanties données aux Allemands depuis vingt ans pour qu'ils abandonnent le deutschemark ont été bafouées en un trimestre. Ajoutons-y un Eurogroupe, composé essentiellement de pays du Sud, et la France dominerait le jeu européen.

    Au contraire, Mme Merkel veut d'une Europe élargie aux pays de l'Est, dont la Pologne, sa zone d'influence directe, et à l'Europe du Nord, hors de l'euro mais tellement plus sérieuse. Elle veut un gouvernement assis sur le marché unique, alors que les Français s'affranchiraient volontiers des règles de concurrence.

    Côté français, on fait le reproche inverse, celui d'une Allemagne égoïste, qui ne vivrait que pour ses exportations, au risque de faire plonger le Vieux Continent dans la récession.

    Pas de " chèques en blanc "

    A Berlin, Mme Merkel a réfuté ces attaques. " L'Allemagne a un produit intérieur brut de 2 000 milliards d'euros. Si nous économisons 10 milliards - en 2011 - , il ne faut pas croire que l'on change ou ralentit la croissance. " Au contraire, avec des finances saines, on rend confiance aux Allemands qui puiseront dans leur épargne. Mme Merkel a expliqué que son pays devait mener une politique rigoureuse pour faire face à son vieillissement démographique. M. Sarkozy a insisté sur le développement de la recherche, de la technologie, du travail des femmes, etc.

    Second reproche, l'égoïsme. Mme Merkel a rappelé qu'il existait de la " solidarité à travers l'Europe ". " Sinon, il n'y aurait pas d'aides régionales, de concept de contributeur net. " Mais cela ne signifie pas que l'on doive faire des " chèques en blanc ".

    C'est le dernier point. L'Allemagne a accepté un plan de sauvetage si l'euro venait à péricliter. L'Espagne y aura droit si nécessaire, mais rien ne sert d'en parler tant que cela n'est pas nécessaire. Mme Merkel a mis en garde contre les " prophéties auto-réalisatrices ".

    Interrogée à deux reprises sur la possible restructuration de la dette d'un pays de la zone euro, Mme Merkel, qui y était favorable, n'a pas répondu, tout comme M. Sarkozy. " Cela ne se fera pas, Angela Merkel le sait. Le président y est fermement opposé. Et en parler, c'est accréditer l'idée que ce serait possible ", décryptait une source française. Les deux pays ont accepté de priver de droits de vote les pays qui violeraient les règles de l'euro.

    Arnaud Leparmentier


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