• "Boostrapping : le mot que les Etats vont devoir apprendre"

    "Boostrapping : le mot que les Etats vont devoir apprendre" (Nicolas Bouzou)

    Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès, revient sur l'inévitable réduction de la dette publique, notamment pour la France. Les Etats vont devoir apprendre à faire autant ou mieux avec moins de moyens financiers.

    La crise que connaît actuellement la zone euro est très facile à comprendre : les Etats sont en situation de surendettement. Le surendettement, pour un ménage, peut avoir deux causes : un excès de dette ou un arrêt de la progression des revenus (ou les deux en même temps bien sûr). C’est exactement la même chose pour les Etats. La Grèce a une dette publique évidemment trop importante. L’Espagne souffre d’une croissance potentielle nulle, c’est-à-dire d’une stagnation durable de ses recettes fiscales. Les Etats-Unis sont pour l’instant tranquilles car, malgré une dette élevée, ils ont de la croissance. La Franceest quant à elle pénalisée par un endettement assez lourd, mais elle bénéficie d’un fond de croissance, notamment en raison d’une démographie plutôt meilleure que ses voisins. En revanche, sa capacité à accepter des réformes de bon sens est, pour le dire gentiment, modérée. En témoigne la réforme des retraites, qui semble accoucher dans la douleur d’un résultat minimaliste (un âge légal de départ un peu plus élevé, l’essentiel des autres sujets, comme les régimes spéciaux, restant en plan).

    Bien entendu, la dette de l’Etat français est toujours notée AAA. Mais, au vu du prix des CDS, on peut dire qu’elle est en quelques sorte le moins bon des bons élèves. Sa rétrogradation en division 2 des emprunteurs est plus qu’une possibilité. Ceux qui refusent de mettre ce danger en lumière devront s’expliquer devant l’opinion publique si jamais la dette française suscite une défiance chez nos créanciers.

    Une fois que l’on a ces contraintes en tête, on comprend mieux à quoi vont être astreints la plupart des Etats développés ces prochaines années : ce que les investisseurs de la Silicon Valley appellent le bootstrapping, la capacité à faire de grandes choses avec de petits moyens financiers. Comme la PME qui innove avec des bouts de chandelle, les Etats (la France en premier lieu) vont devoir faire de la politique économique low cost. Mais low cost ne veut pas dire inefficace. Ca veut dire qu’on oublie le grand emprunt pour préférer la microéconomie. Que l’on chasse les rentes de situation, que l’on multiplie les partenariats publics/privés, que l’on mobilise l’épargne qui dort... Cela sera difficile à accepter dans un pays qui a une vision très martiale de la politique économique. Pourtant, il n’est pas sûr que la croissance, sur le long terme, y perde. De toutes façons, nous n’aurons pas le choix. Le grand défi économique de ces prochaines années : montrer que la dépense publique n’est pas l’ennemi du dynamisme. Dans bien des pays, cela relève de l’évidence.


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