• Brainstorming à Davos

    Brainstorming à Davos    

    La chronique de

    Éric le boucher

    Le brainstorming s’est répandu à Davos depuis trois ans : au lieu d’asseoir les participants, les « global leaders », sur des rangées de sièges devant un « panel » d’économistes, d’hommes politiques ou d’experts « très distingués », l’organisation du forum les place autour de grandes tables : à eux la parole. Chaque table travaille à l’américaine pour trouver « des solutions applicables » au problème posé, un porte-parole est désigné qui résume ensuite pour toute la salle. Puis l’animateur, toujours « brillant » journaliste anglo-saxon, tente vaille que vaille de faire une synthèse.Le grand truc de la première journée cette année était de redéfinir ainsi les « biens communs », comme le climat, l’eau, etc. Plus de 150 personnes, chefs d’entreprise en général, ont participé. Le résultat a été nul mais néanmoins non sans intérêt. La synthèse fut faite cette fois par un ordinateur qui a compté l’occurrence des mots dans les discours des porte-parole. Un « nuage de mots », classés par nombre d’occurrences et rangés en vrac, comme on en voit sur Internet, fut projeté sur le grand écran. Les mots « eau », « océans », « droits de l’homme » étaient les plus gros (les plus cités) puis « climat », « Internet » et « espace ». Que d’affligeantes banalités.L’audience n’était visiblement pas fière de son travail et les critiques ont fusé sur le thème : « Et alors ? Qu’est-ce qu’on en fait ? » La discussion est venue sur la «  frustration » de ce que « l’intelligence collective » avait du mal à trouver des débouchés. Où sont les institutions nécessaires ? Où sont les hommes politiques courageux ? Comment changer ?Nicolas Sarkozy fut suivi avec beaucoup d’intérêt. Salle comble. Mais quand le président français, dans un bon discours en vérité, dénonce un système où« tout était donné au capital financier et presque rien au travail et où l’entrepreneur passait après le spéculateur »,les davosiens ont haussé les épaules. Vieux discours socialisant, vieille rengaine française. Et comme les recettes pour « moraliser le capitalisme » avaient été déjà entendues – ce sont celles du G20 – la question est revenue : « Et alors ? Qu’est ce qu’on fait ? » « Rien. » « Surtout rien. » A Davos toute la finance, très présente, a le pied sur le frein. Le message est unanime : de la régulation, oui, mais le moins possible. Quant à la proposition de Barack Obama de limiter les banques, ce n’est que du« populisme »et c’est« inapplicable ». La reprise est très fragile (le sentiment sur la conjoncture est qu’une rechute est très possible), ce n’est pas le moment de tout casser.Le changement est pourtant nécessaire, a martelé Klaus Schwab, le fondateur du forum, dans une adresse qui n’a jamais été aussi incisive : nous risquons« une crise sociale »après les crises financière et économique. Il faut « créer des emplois », il faut que le capitalisme distribue à tous ses gains.Alors  ? C’est curieusement chez les économistes qu’on trouve un début de réponse. David Li Daokui, professeur à Shanghai, a expliqué simplement qu’il existait d’autres modèles de capitalisme que le modèle anglo-saxon (scandinaves, allemand...) sur lesquels« les autorités chinoises portent un très grand intérêt ».Les théories de la rationalité des marchés sont abandonnées au profit d’« une économie comportementale »en pleine effervescence, a résumé Robert Shiller, professeur à Yale. Les humains ne sont pas entièrement tournés vers leur seul intérêt matériel. Robert Schiller cite son collègue George Akerlof, qui explique que la motivation profonde des gens, au-delà de l’essentiel matériel et sexuel, est« d’être quelqu’un ».Conséquence ? Les systèmes changent, ils vont changer.« La décennie qui vient sera très différente de celle passée »,avance le prix Nobel Edmund Phelps.« Ne serait-ce que parce que la croissance sera molle »,ajoute Shiller.Le changement devient-il souterrain ? Dans les comportements au quotidien ? Un mouvement se dessine aux Etats-Unis parmi les internautes pour quitter les grosses banques spéculatives. Le projet Obama devient-il inutile ? La moralisation du capitalisme se fera-t-elle par les citoyens ? Le débat est ouvert.                                                   


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