• C'est le moment de vérité en Europe et en France "

    Jérôme Cahuzac : " C'est le moment de vérité en Europe et en France "

    Le président (PS) de la commission des finances de l'Assemblée nationale met en cause la politique fiscale du gouvernement

    ENTRETIEN

    Pour Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, le gouvernement français est contraint d'assumer, pour rassurer les marchés, une politique de rigueur qu'il continuait jusqu'à présent à vouloir nier. " C'est le moment de vérité ", estime le député (PS) du Lot-et-Garonne.



    Que signifie selon vous le gel des dépenses publiques annoncé sur les trois prochaines années ?

    Ce gel annoncé n'est que la confirmation, dans une mise en scène dramatisée, du programme de stabilité transmis par la France aux autorités communautaires en janvier - soit avant le début de la crise grecque -, qui prévoyait une stabilité en volume, en incluant le service de la dette et les pensions, sur la période 2010-2013. On nous annonce maintenant une stabilité en valeur hors service de la dette et hors pension, ce qui revient exactement au même.



    Y voyez-vous l'amorce d'un tournant vers la rigueur ?
     

    Ce tournant était inscrit dans le programme de stabilité. Le virage a été pris à ce moment mais il n'a pas été assumé par le pouvoir politique qui, avant les élections régionales, continuait à nier vouloir instaurer une politique de rigueur.

    François Fillon profite de la triste actualité grecque pour le dire aux Français. Nicolas Sarkozy, lui, en fait l'aveu paradoxal, quand il déclare devant les députés de l'UMP que tout le monde paiera, " même les plus riches "... C'est un aveu terrible. S'il y a des sacrifices à demander au pays, le président de la République aurait dû dire : tout le monde devra payer, " même les plus modestes ". Pour lui, ce qui est exceptionnel, c'est que les plus riches soient amenés à payer !



    Appeler à un effort fiscal collectif, c'est aberrant ?
     

    Il y a un décalage total entre les affirmations du pouvoir et la réalité. Depuis 2007, certains, une minorité, ont bénéficié de baisses considérables d'impôts mais la vingtaine de taxes votées par la majorité UMP à la demande du gouvernement rapportent chaque année entre 5 et 6 milliards d'euros de plus. C'est injuste, c'est inefficace économiquement, les recettes dont l'Etat s'est privé en accordant des baisses massives à quelques catégories privilégiées font cruellement défaut.

    Tout en excluant de revenir sur le bouclier fiscal ou sur la baisse de la TVA dans la restauration, le programme de stabilité prévoit une augmentation des prélèvements obligatoires de 2 points de produit intérieur brut entre 2009 et 2013, soit 40 milliards d'euros de recettes supplémentaires. Cela François Fillon n'a pas encore osé le dire.



    Quelle réponse auriez-vous privilégiée ?
     

    Il y a deux niveaux de réponse. Un emprunt européen, levé à un taux très faible - parce que justement européen - aurait permis de faire comprendre aux marchés la détermination politique des dirigeants des pays de la zone euro à défendre leur monnaie. Cette question s'est posée au moment de la crise financière et s'est reposée au moment de la crise grecque. Cela aurait été de nature à faire cesser la spéculation contre l'euro en opposant une garantie européenne mutualisée sur les dettes publiques de la zone euro. Les nationalismes l'ont hélas emporté et cette solution a été récusée.

    Pour autant, cette action ne réglerait pas la question des déficits publics de chaque pays. C'est le deuxième niveau, national celui-là. En France, une politique de rigueur est annoncée. Il va falloir maintenant que tous payent la politique fiscale, déraisonnable, financée exclusivement par la dette, menée depuis des années.

    Revenir sur cette politique sera nécessaire si l'on veut être juste dans l'effort demandé. Si, de surcroît, les pays mettaient enfin en oeuvre les mesures de régulation financière souvent annoncées mais toujours attendues, ce ne pourrait qu'être une bonne chose. Au fond c'est le moment de vérité. En Europe et en France.

    Propos recueillis par Patrick Roger


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