• Capitalisme, suite et , peu-être, fin

    Capitalisme, suite et, peut-être, fin

     

                S'il fallait une preuve de l'impopularité de la finance, Le Débat (novembre-décembre) la fournit au-delà de toute attente. Cette revue que dirige Marcel Gauchet, intellectuel habituellement pondéré, publie cinq articles sur " l'après-crise " que d'aucuns pourraient considérer comme autant de brûlots davantage à leur place dans Alternatives économiques  que chez Gallimard. Trois sont inédits - celui de l'économiste et anthropologue Paul Jorion (bien connu des lecteurs du " Monde Economie ") sur la " sortie du capitalisme ", celui de l'économiste Jean-Luc Gréau " pour un nouveau système bancaire ", et la réflexion très intéressante mais un peu décalée de Michel Volle, spécialiste d'histoire économique, sur les conséquences de l'informatisation sur la finance et même au-delà. Deux contributions sont des traductions : un fameux article, paru au printemps dans The Atlantic, de Simon Johnson, ancien responsable du Fonds monétaire international (FMI), intitulé " Coup d'Etat en douce " et, enfin, celui de Geoff Mulgan, un proche de Tony Blair, sur " après le capitalisme ".

    Point commun aux cinq auteurs : nul ne croit que la crise n'était que passagère. Au contraire, pour tous, elle remet peu ou prou en cause le fonctionnement du capitalisme ou plus exactement le système que nous croyions connaître et appelions le libéralisme. L'article de Simon Johnson, comparant le sort des banquiers américains et le destin des oligarques russes ou des grandes familles thaïlandaises, victimes du passage du Fonds monétaire international dans leur pays, est ravageur. Comme lui, Paul Jorion revient sur une des caractéristiques du plan Obama de sauvetage des banques : dans tous les cas de figure, l'administration a choisi l'option la plus avantageuse à Wall Street. Les deux auteurs estiment que le système bancaire ne doit sa survie qu'à l'intervention publique et qu'il est donc, de fait, nationalisé. Mais là où Johnson y voit un choix politique, Jorion estime qu'il n'y avait pas d'alternative. De même, ce dernier analyse de manière précise la réforme du bilan comptable des banques, une modification passée inaperçue durant le G20 de Londres mais déterminante pour le retour à bonne fortune du secteur.

    Avec Jean-Luc Gréau, le lecteur est invité à plonger dans la boîte à outils de ce franc-tireur qui constate, à juste titre, que les banques centrales ne sont plus les prêteurs en dernier ressort des banques commerciales mais les prêteurs en premier ressort, ce qui équivaut, dit-il, à une " étatisation de fait du système de crédit ". On n'est pas obligé de le suivre quand il préconise de replacer les banques centrales sous la tutelle des Etats, mais sa proposition d'interdire les opérations effectuées par les banques pour leur propre compte et sa présentation des réponses que Maurice Allais apporterait à la crise sont très stimulantes.

    Qu'une des têtes chercheuses de Tony Blair nous annonce, pour s'en réjouir, la fin du capitalisme confirme que l'heure est grave ! " De même que l'idée monarchique est devenue marginale, de même le capitalisme perdra de son influence sur notre société et notre culture. De maître, il deviendra valet ", pronostique-t-il, s'appuyant sur les succès de Wikipédia, des logiciels libres, des coopératives...

    Mêlant technique et prospective, ce dossier complète celui de la revue Esprit (en novembre), davantage consacré à la macroéconomie. Ceux qui jugent ces remises en cause du capitalisme excessives se plongeront dans Sociétal  (1er trimestre) de l'Institut de l'entreprise dont le sujet est : " Après la crise, une nouvelle ère du libéralisme ? "  Un angle audacieux par les temps qui courent.

    Frédéric Lemaître

    Débats  Quel après-crise ?

    Numéro 157 Gallimard, 192 pages,


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