• Ce qu'Obama n'a pas dit à Hu Par Martin Wolf

    Ce qu'Obama n'a pas dit à Hu

    La faiblesse du yuan empêche tout rééquilibrage de l'économie mondiale et risque d'accroître les tensions internationales

     

                Le président américain, Barack Obama, a rencontré, mardi 17 novembre, le président de <st1:personname productid="la République" w:st="on">la République</st1:personname> populaire de Chine, Hu Jintao. Ils ont évoqué la situation économique mondiale, le changement climatique et la non-prolifération nucléaire. Ces deux derniers points sont les plus importants sur le long terme, mais le premier est le plus urgent. Si nous ne parvenons pas à rétablir l'économie mondiale sur une base solide, tout espoir de relation constructive risque de s'effondrer. Or un tel rétablissement est loin d'être assuré. Pire, une partie de ce qui est en train de se passer - notamment la décision chinoise de déprécier le renminbi en l'indexant sur le dollar - le rend plus improbable encore.

    M. Obama avait donc l'occasion d'énoncer quelques vérités brutales. Voici, après s'être dûment concerté avec ses conseillers, ce qu'il aurait pu dire à M. Hu :

    " M. le président, comme je l'ai déjà dit au Japon, "l'émergence d'une Chine forte et prospère peut être un puissant atout pour la communauté des nations". Au cours des prochaines années, nos deux pays seront les principaux acteurs de la scène internationale. Nous devons aborder les défis communs dans un esprit de coopération et de compromis. Cela n'est hélas pas le cas en ce qui concerne votre politique de taux de change.

    Les autorités chinoises ont exprimé des inquiétudes compréhensibles au sujet des politiques budgétaire et monétaire américaines. Tout récemment, Liu Mingkang, votre principal régulateur bancaire, a déclaré que la combinaison d'un dollar faible et de taux d'intérêts réduits a encouragé un "énorme carry trade "(opération spéculative sur les écarts de taux) qui a un "impact énorme sur le prix des actifs mondiaux". Par ailleurs, de nombreux officiels chinois se plaignent de nos déficits budgétaires et s'inquiètent pour la sécurité des investissements chinois en bons du Trésor américains.

    Croyez-moi, je partage ces inquiétudes. Mais nos politiques budgétaire et monétaire actuelles ont une cause claire : il y a un an, nous étions au bord de l'abîme. Aujourd'hui encore, notre redressement est trop fragile pour faire redescendre le chômage du niveau intolérable où il se trouve. <st1:personname productid="La Réserve" w:st="on">La Réserve</st1:personname> fédérale - Fed - et mon administration ont donc pris des mesures pour soutenir la demande. J'irai jusqu'à dire que ceux qui affirmaient que le plan de relance s'avérerait trop modeste n'avaient pas tort.

    Nous avons subi ce ralentissement économique pour une raison simple : la crise financière dont nous avons hérité a provoqué aux Etats-Unis un effondrement de la demande privée et une forte hausse de l'épargne privée. Entre le quatrième trimestre 2007 et le deuxième trimestre 2009, la balance entre revenus et dépenses privés américains est passée d'un déficit de 2,1 % du produit intérieur brut à un excédent de 6,2 % - soit une évolution vers la frugalité équivalente à 8,3 % du PIB. L'effondrement de notre position budgétaire n'est que le reflet de cette variation. Le desserrement des taux auquel a procédé <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> constitue aussi une réponse inévitable à cet effondrement.

    Je suis président des Etats-Unis. Je ne vais pas entraîner notre économie dans la récession pour protéger l'épargne chinoise. Après tout, personne aux Etats-Unis ne vous a demandé d'intervenir à une telle échelle sur les marchés des devises et d'accumuler le total incroyable de 2 275 milliards de dollars (1 530 milliards d'euros) de réserves de devises - à fin septembre 2009 -, dont la plus grande part en monnaie américaine.

    La politique que <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname> semble nous recommander n'aurait aucune chance de fonctionner. Si <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> mettait un terme au resserrement quantitatif et augmentait ses taux d'intérêt pour renforcer le dollar, et si nous procédions à un resserrement budgétaire, cela provoquerait un nouveau fléchissement de l'économie. Les déficits budgétaires se creuseraient une fois de plus, et de manière sans doute pire.

    Comme l'a souligné dernièrement, ici même à Pékin, Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international - FMI - , "au bout du compte, un renforcement de la demande intérieure chinoise, combinée à une épargne américaine plus forte, contribuera à rééquilibrer la demande mondiale et à édifier une économie mondiale plus saine pour nous tous".

    Je reconnais que <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname> a joué un rôle inestimable en stimulant sa demande intérieure. Le FMI prévoit une forte baisse de l'excédent des opérations courantes chinoises en 2009. Mais cette amélioration risque de n'être que passagère : votre plan de relance, qui repose sur une expansion massive du crédit, risque d'être insoutenable à terme ; la baisse de l'excédent commercial chinois est due en grande partie à l'effondrement des échanges mondiaux consécutif à la crise ; enfin, et c'est le plus important, <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname> s'est lancée dans une dépréciation monétaire en indexant le yuan sur un dollar en baisse.

    En cette période de faible demande mondiale, votre politique n'est rien d'autre que du chacun pour soi. Vous vous plaignez des mesures protectionnistes que j'ai instituées. Mais leur impact sera négligeable par rapport aux effets du taux de change que pratique <st1:personname productid="la Chine. Votre" w:st="on">la Chine. Votre</st1:personname> politique fera endosser le coût des ajustements aux partenaires commerciaux de <st1:personname productid="la Chine. Or" w:st="on">la Chine. Or</st1:personname>, pour citer à nouveau M. Strauss-Kahn, "permettre au yuan et à d'autres monnaies asiatiques de s'apprécier contribuerait à accroître le pouvoir d'achat des ménages, à augmenter la part du travail dans les revenus et à instituer des incitations saines pour réorienter l'investissement".

    Vous avez décidé, j'en suis sûr, que de tels sermons n'ont aucun sens. Mais le point qui vous échappe peut-être est la rapidité avec laquelle les démocraties peuvent passer d'une politique de la main tendue à une politique du poing fermé. Si, d'ici un ou deux ans, votre excédent des opérations courantes devait exploser, et notre déficit se creuser dans la même proportion, il nous serait impossible de ne pas réagir. Et ceci est particulièrement vrai quand des analystes aussi pondérés que ceux de Goldman Sachs, par exemple, estiment que, si elle poursuit sa trajectoire actuelle, <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname> pourrait enregistrer en 2020 un excédent supérieur "aux excédents combinés de l'Allemagne, du Japon et des pays du Moyen-Orient en 2007".

    Or nous n'avons pas beaucoup de temps. Si l'économie américaine devait rester poussive et le chômage demeurer à un niveau élevé, pendant que notre déficit commercial, notamment avec <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname>, montait en flèche, les pressions exigeant que l'on fasse quelque chose deviendraient irrésistibles. Je devrais alors envisager le genre de mesures que Richard Nixon a prises en 1971. Pour contraindre le Japon et l'Allemagne à réévaluer, il avait menacé d'instaurer une surtaxe de 10 % sur les importations. Avec grand regret, je pourrais être amené à faire la même chose. Et je le justifierais en expliquant que l'obstination de <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname> à refuser les ajustements de taux de change nécessaires était devenue intolérable. Les Etats-Unis ont le droit de se protéger contre un tel mercantilisme. Certes, le système commercial s'en trouverait gravement endommagé. Mais l'alternative serait tout simplement insupportable.

    Par Martin Wolf

    Cette chronique de Martin Wolf,

    éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le " Financial Times ". © FT. (Traduit de l'anglais par Gilles Berton.)


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