• « Ces capitaux sont conduits par une vague spéculative, c'est inquiétant » Aglietta

    « Ces capitaux sont conduits par une vague spéculative, c'est inquiétant »

    pour stabiliser le marché des changes, le professeur plaide pour une intégration économique régionale.

    entretien Michel Aglietta, professeur à l'université de Paris Ouest et conseiller économique de Groupama AM (*)

    Auteur, avec Laurent Berrebi et Audrey Cohen, de « Banques centrales et globalisation » collection expertise groupama AM

    Faut-il s'inquiéter de l'afflux de capitaux dans les pays émergents?

    Puisque ces capitaux sont conduits par une vague spéculative, oui c'est inquiétant. Ces afflux sont excessifs, et encouragés par les très faibles coûts de financement dans les pays développés. Le risque, en Asie par exemple, c'est l'inflation du prix des actifs; les politiques monétaires restrictives mises en œuvre pour endiguer le phénomène risquent de gêner le rebond de la croissance dans ces pays. Enfin, c'est dangereux, car ces flux de capitaux sont instables et peuvent se retourner très brutalement. Or, les pays émergents disposent de marchés encore trop peu développés pour absorber ces chocs.

    La sous-évaluation du yuan n'est-elle pas responsable en grande partie des déséquilibres actuels?

    C'est loin d'être évident. D'une manière générale, les déséquilibres globaux sont peu dépendants des taux de change. La hausse de 20 % du yuan de 2005 à 2008 n'a pas contrarié la multiplication par trois de l'excédent commercial chinois en trois ans. Le « peg » [lien fixe avec le dollar, Ndlr] ne correspond qu'à une situation de crise. Pour qu'il soit rompu, trois conditions doivent être réunies: le retour de la croissance des exportations chinoises, l'éloignement du risque de déflation et une croissance d'au moins 8 % du PIB chinois. Toutes ces conditions devraient être respectées l'an prochain.

    La taxation des entrées de capitaux est-elle efficace?

    Ces taxes font partie de la panoplie de la gestion du change. Le Brésil a rompu avec le contrôle par les quantités que continue d'appliquer <st1:personname productid="la Chine. Le" w:st="on">la Chine. Le</st1:personname> choix de taxer les capitaux entrants est logique pour un contrôle temporaire et efficace. Mais le taux retenu (2 %) ne suffira peut-être pas. Le dispositif chilien, dans le sillage de la crise asiatique de 1998, imposant aux capitaux étrangers un dépôt obligatoire auprès de la banque centrale et pouvant varier à tout moment jusqu'à 100 % des sommes, apparaît plus efficace.

    La baisse des taux d'intérêt comme vient de le faire la banque centrale russe n'est-elle pas plus opportune?

    C'est une arme de politique monétaire qui doit être utilisée pour des raisons bien plus larges que de gérer les entrées et sorties de capitaux. D'autant qu'une hausse de l'immobilier et des actions suivra normalement toute baisse des taux. Souhaitable au Brésil, où l'inflation est maîtrisée, ce serait inadapté pour <st1:personname productid="la Chine" w:st="on">la Chine</st1:personname>, confrontée à un emballement de la distribution de crédit.

    Ces initiatives isolées suffiront-elles à stabiliser le marché des changes?

    Aujourd'hui, il n'y a pas de motif logique à une stabilisation du marché des changes. Celle-ci passerait par une cohérence régionale en Asie comme en Amérique du Sud. Face à la faible croissance des pays développés, les économies émergentes ne peuvent plus compter sur leurs exportations pour soutenir leur propre croissance. Elles doivent trouver un relais régional, ce qui passe par une meilleure intégration entre ces pays.

    Quels seraient les effets à redouter d'une crise du dollar?

    La dette publique américaine est le problème. Si le dérapage des dépenses publiques s'avère trop fort et trop long, il pourrait entraîner une réaction violente et désordonnée des créanciers du Trésor américain. La conséquence serait une forte hausse des taux obligataires et un effet boule de neige sur la dette américaine. Un scénario catastrophe dont la probabilité est de 15 % à 20 %. Propos recueillis par Christophe Tricaud

    La hausse de 20 % du yuan n'a pas contrarié la multiplication par trois de l'excédent commercial chinois en trois ans.


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