• Champ libre pour les OGM

    Champ libre pour les OGM

    Presseurop


    Action anti-OGM de Greenpeace, lors du salon de l'agriculture, à Berlin, en janvier 2008

    Pour débloquer le dossier des organismes génétiquement modifiés en Europe, la Commission européenne propose de permettre aux gouvernements d’interdire les cultures indésirables. Mais pour la presse européenne, Bruxelles se réserve en fait le droit de multiplier les nouveaux produits.

    Cessez-le-feu dans la polémique sur les OGM en Europe”, titre La Vanguardia. Le 13 juillet, la Commission européenne a proposé d’accorder aux Etats le droit d’interdire la culture d’organismes génétiquement modifiés sur leur territoire. “Ces nouvelles propositions, note le quotidien de Barcelone, ouvrent la voie à une interdiction non seulement pour des raisons agricoles et scientifiques, souvent critiquées par Bruxelles, mais aussi, à long terme, pour des raisons éthiques et des arguments sociaux”. La Commission européenne, ajoute La Vanguardia, espère que “les pays qui ont bloqué pendant des années l’utilisation de produits transgéniques vont maintenant permettre l’autorisation de nouvelles cultures en Europe”. Ainsi l’Espagne, qui produit 80% du maïs Monsanto en Europe, “est en faveur de règles communes pour l’ensemble de l’UE”, et des pays comme les Pays-Bas, l’un des pays les plus innovants en la matière, “préfèrent un accord sur une solution qui met fin au blocage actuel.” Le quotidien souligne que “l’actuel système d’autorisation [par un comité d'experts dépendant de l’Agence européenne des aliments (EFSA)] ne changera pas, ni les règles de coexistence des cultures”, ce dernier point étant “l’un des chevaux de bataille des écologistes et une question polémique dans les régions frontalières”.

    L’Autriche, dont la production bio - un paysan sur sept est un producteur bio - génère un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros par an, aurait tout intérêt à faire du lobbying pour l’interdiction des OGM, constate Die Presse. Mais les politiques et les lobbyistes préfèrent la démagogie antiscientifique à “ce calcul légitime”. Les uns brandissent le danger "des méchants géants de l’agroalimentaire", les autres se réjouissent du fait que "chaque pays pourra décider quel type de production alimentaire il souhaite, une production industrielle dépourvue de goût ou une production diversifiée et proche de la nature." "Si seulement c'était si simple", s'exclame Die Presse. "En Europe, l'agriculture est depuis longtemps une industrie. Le bio ne peut pas nourrir le monde. C'est pourquoi il est si préoccupant que la Commission cède sa compétence décisionnaire aux Etats membres. Au lieu de débattre d'une manière éclairée avec le citoyen du génie génétique, les politiques […] ont cédé à un lobbying grossier et à l'alarmisme. C'est pragmatique, certes, mais ce n'est pas une bonne politique."

    Si les propositions de la Commission sont entérinées par le Parlement européen et les gouvernements, “un vent nouveau soufflera sur les champs européens et ce vent sera plus que jamais porteur de pollens transgéniques et de semences génétiquement modifiées”, s’inquiète Thijs Etty. Dans le Volkskrant, ce juriste et professeur à l’Université Libre d’Amsterdam prévient que “le statut de l’UE en tant que plus grande zone sans OGM au monde semble définitivement toucher à sa fin”. Et cela “malgré les différentes opinions entre les pays membres et le rejet d’une grande majorité des citoyens de l’UE”. Thijs Etty estime qu’en présentant ses propositions comme “un geste envers les pays réticents aux OGM comme l’Autriche, l’Italie, la Grèce et le Luxembourg [...] la Commissioneuropéenne essaie de faire sortir du bois les Etats membres critiques", et que, pour ces derniers, "les possibilités de repousser les OGM resteront quasi-nulles. [...] En réalité il s’agit d’une réduction de leur autonomie nationale et d’un transfert de pouvoir à Bruxelles”. Dans les prochains mois, annonce l’universitaire, "au moins quatre nouvelles semences de maïs et un soja transgéniques seront admis dans les champs européens”.


    Au-delà de l’aspect moral et de sécurité alimentaire, la libéralisation des cultures OGM est aussi une mauvaise opération économique, remarque Dziennik Gazeta Prawna. "La décision de Bruxelles pourrait bouleverser le marché des produits agricoles en Europe et assurer la domination des puissances OGM comme les Etats-Unis, le Brésil, l’Argentine, l’Inde, le Canada et la Chine", explique le quotidien. Les pays, comme la Pologne, qui s’opposent aux produits transgéniques et ont introduit des limitations à leur culture, perdront en compétitivité et en revenus d’exportations. Et pour l’UE, "cela se traduira par plus de subventions aux agriculteurs et un gonflement des programmes d’aides".


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