• Chômeur à 50 ans : perdu pour la société

    Chômeur à 50 ans : perdu pour la société

    Je savais que cela pouvait arriver, de là à penser que je serais touché un jour ! Avec tous mes diplômes ! Pourtant c'est arrivé en 2008, au moment de souffler mes 50 bougies, mon entreprise m'a mis à la porte du jour au lendemain ! Depuis, je découvre avec effarement ce que " chômeur de 50 ans " veut dire dans notre beau pays !

    D'abord, vous n'y croyez pas, vous cherchez à vous battre, vous niez la réalité : " mon " entreprise n'a pas pu me faire cela, vous lui aviez tant donné de votre vie, et même parfois sacrifié un peu (beaucoup) de votre équilibre et de votre santé ! Oui mais voilà, un beau jour, tout s'arrête et vous êtes KO debout. Vous ne comprenez pas la décision de votre patron, bien sûr, mais surtout la violence avec laquelle ce départ est organisé et même annoncé aux autres, avant qu'il ne soit connu de vous. Un petit chèque et puis s'en va ! " S'il te plaît, pas de vagues ", vous a dit le directeur des ressources humaines. " On est entre adultes, tout de même ! " Et là, vous vous dites que ce n'est peut-être pas si grave, que vous allez rebondir rapidement. Après tout, vous avez des diplômes et de bons réseaux. " Il n'y a pas de raison que tu n'arrives pas à t'en sortir avec l'énergie que tu as ", vous a lâché le DRH à votre départ. Mais oui, au fond, il a sûrement raison ! Il faut tourner la page !

    Alors, plein de dynamisme, vous partez à l'assaut des chasseurs de têtes et autres cabinets de recrutement. Vous contactez les réseaux de votre école, vous déjeunez avec les relations que vous aviez plus ou moins bien entretenues ces dernières années. Vous répondez même à des annonces que vous aviez repérées dans quelques journaux spécialisés. Vous ne manquez pas d'atouts, vous n'avez pas d'enfants à charge, vous êtes mobile, vous avez fait la preuve de vos compétences au travers de vos différentes expériences, et vous êtes ouvert à tout, à l'entreprise comme à la fonction publique ! Pourtant, vous sentez que les réponses se font évasives, les opportunités plus vagues, les déjeuners moins fréquents. Vous vous dites que c'est une affaire de temps. Et, tout d'un coup, c'est le cruel rappel à la réalité ! L'un de vos interlocuteurs vous assomme par ces mots : " Le problème, c'est votre âge ! Comment voulez-vous retrouver un travail maintenant que vous avez dépassé "l'âge fatidique" ? Plus personne ne voudra de vous désormais ! "

    Vous comprenez tout d'un coup que plus rien ne sera jamais comme avant. En même temps, vous vous dites que vous auriez dû vous battre davantage au moment du départ de votre entreprise pour obtenir une vraie réparation de ce préjudice. D'un seul coup, vous comprenez mieux les sentiments de ces salariés qui, nettement moins privilégiés que vous, se retrouvent eux aussi du jour au lendemain en dehors de leur entreprise dans notre société où, sans travail, vous n'existez plus vraiment !

    Vous entendez que les régimes de retraite vont être réformés, que l'âge du départ risque d'être repoussé à 61 ans, 62 ans, peut-être plus encore. Lorsque vous étiez salarié avant 50 ans, tout cela vous paraissait si loin que vous ne vous sentiez pas concerné. Mais maintenant, de toutes parts, on vous fait comprendre que vous êtes rentrés chez les " seniors ", ceux qui sont difficiles à embaucher car ils coûtent cher, ceux qui ne sont pas mobiles et ceux qui, paraît-il, sont si réfractaires au changement ! La France vous a mis dans une autre catégorie, vous n'êtes plus une ressource, vous êtes devenu une charge ! Comment tenir le coup dans ces conditions jusqu'à la retraite ?

    Puisque les entreprises ne veulent plus de vous, vous vous décidez à reprendre l'initiative et à monter votre propre structure puisque c'est à la mode. Et pourquoi pas dans le conseil, comme certains vous l'ont recommandé ? Vous découvrez alors un véritable monde parallèle à celui que vous connaissiez jusqu'ici : celui de tous ces " seniors " qui sont devenus " consultants indépendants ".

    On dit que la France a le plus faible taux d'emploi des plus de 50 ans en Europe. Pourtant, quelle réserve d'énergie et de compétences j'ai découvert ces derniers mois ! Et qu'en fait-on ? On les jette, on les placardise, on les diabolise. Quel gâchis humain au final ! Alors, que faire aujourd'hui ? Continuer à se battre, constituer des réseaux, se faire connaître, épauler ceux qui sont encore KO debout, des mois après leur licenciement ! Et peut-être aussi envoyer un message au président de la République et à tous les partenaires sociaux, en leur disant ceci : pourquoi ne pas profiter du débat qui s'ouvre sur les retraites pour repenser en profondeur le rôle et les contributions des plus de 50 ans dans notre société ?

    Jean-Pierre Mongrand

    Chômeur et créateur d'entreprise depuis 2009


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