• Comment sortir de la crise de l'euro ?

    Comment sortir de la crise de l'euro ?

    L'équilibre de la balance courante est la clé

    L'euro était un pari et reste un pari. Adopter une monnaie commune, entre des pays ayant des niveaux de développement et des structures économiques très divers, supposait qu'une union politique se mettrait rapidement en place pour gouverner la zone monétaire et organiser les transferts nécessaires entre ses membres.

    En effet, instaurer une monnaie commune dans une vaste zone économique entraîne une polarisation de l'activité économique selon les avantages comparatifs des régions qui composent la zone. Si, de plus, un pays de la zone mène une politique économique non coopérative, par exemple une politique de désinflation salariale visant à renforcer sa compétitivité au détriment des autres pays membres de la zone, il contribue à accroître la polarisation de l'activité au point de concentrer la production sur son territoire au détriment des autres territoires. Si la zone n'a pas mis en place des mécanismes de redistribution, et en l'absence de mobilité du travail, cette polarisation peut devenir rapidement insupportable.

    Cette concentration des richesses sur une partie du territoire, alors même que le pays bénéficiant de cette concentration mène une politique déflationniste qui ne permet pas aux autres membres de la zone d'exporter vers lui, peut même conduire à un appauvrissement de la zone, puisque le pays menant la politique non coopérative capte une part croissante d'une production globale de la zone qui stagne.

    C'est ainsi que la zone euro est devenue progressivement, au cours des années 2000, une zone de non-croissance relative dans un monde en expansion rapide. Pour les années 2010-2011, la croissance annuelle de la zone euro devrait être de 1 % contre plus de 4 % dans le reste du monde.

    Qu'aurait-il fallu faire au moment de la création de l'euro ? Trois conditions de réussite s'imposaient :

    1 - Mettre en place un gouvernement économique de la zone. On appelle gouvernement économique d'un pays la conduite simultanée de la politique monétaire, de la politique budgétaire et de la politique de change pour atteindre la croissance durable maximale afin d'avoir un chômage faible et des revenus réels en expansion. Or, au lieu d'un gouvernement économique, la zone s'est dotée d'un pacte de stabilité visant à s'assurer que les déficits publics resteraient aussi faibles que possible. Ce n'est pas une clause inutile, à condition de la faire respecter, mais ce n'est, en aucun cas, un substitut de gouvernement économique. Il ne faut d'ailleurs pas confondre gouvernement économique et gouvernance qui, dans la bouche des Allemands, implique simplement un durcissement du pacte.

    2 - Etablir un budget fédéral de la zone euro permettant de redistribuer des ressources entre Etats membres afin de réduire les inégalités. Aux Etats-Unis, le budget fédéral est un puissant mécanisme de redistribution entre les Etats membres.

    3 - Encadrer la concurrence fiscale et sociale entre Etats membres, de même qu'une région de France ne peut pas réduire l'impôt sur le revenu ou les cotisations sociales pour faire concurrence aux autres, tout en prétendant bénéficier des mécanismes de redistribution mis en place.

    Or aucune de ces conditions n'est remplie dans la zone euro ! Pire, plusieurs Etats membres revendiquent le droit de faire de la concurrence fiscale aux autres, par exemple par un taux d'impôt sur les sociétés à 12,5 %, quand il est en moyenne de 25 % dans la zone !

    Que propose-t-on face à la crise grecque ? D'abord un plan de soutien de 110 milliards d'euros, alors que ce pays est insolvable et ne pourra pas rembourser les sommes prêtées. Ensuite, on met en place un mécanisme de garantie des dettes des pays membres sans exiger la mise en place d'un instrument de coordination des politiques économiques ou l'encadrement de la concurrence fiscale. Au nom de quoi faut-il garantir la dette de l'Irlande avec l'argent des Français quand ce pays nous fait une concurrence fiscale très dommageable ?

    Proposons une solution simple et puissante pour sortir du bourbier. Il existe actuellement une grande confusion intellectuelle sur la nature du problème en Europe. Les spéculateurs, que je condamne, ne sont pas responsables de l'erreur de conception de la zone et du fait que les pays membres refusent de coordonner leurs politiques économiques et d'encadrer la concurrence fiscale.

    Surtout, c'est par l'effet d'une incompréhension du fonctionnement d'une économie ouverte que l'on centre toute l'attention sur le seul déficit public. Car la situation d'un pays dont le déficit public est totalement financé par l'épargne du secteur privé (entreprises et ménages) n'a rien à voir avec celle d'un pays incapable de financer son déficit en interne. Or la balance courante des paiements est la somme de l'épargne privée et du déficit public. Quand la balance courante est équilibrée, ou excédentaire, c'est que l'épargne privée finance, ou surfinance, le déficit public.

    L'euro n'est pas menacé par le déficit public de tel ou tel Etat, mais par le besoin de financement externe de chaque Etat. Si la zone disposait d'un gouvernement économique et d'un budget, l'épargne interne pourrait financer les déficits de l'un de ses membres. Mais, justement, la zone n'étant pas intégrée, il n'existe pas un tel marché sans risque. De plus, créer l'illusion d'une telle intégration par une garantie de l'Union en l'absence de gouvernement économique et de budget ne peut qu'inciter les Etats membres au laxisme.

    La solution aux problèmes actuels de l'euro est donc d'inclure le suivi de la balance courante par la Commission et l'Ecofin, c'est-à-dire les ministres des finances de la zone, en imposant des mesures d'ajustement aux pays ayant un déficit insoutenable de leur balance courante. Il faut indiquer clairement que tout Etat de l'Union européenne candidat à l'entrée dans la zone euro devra avoir une balance courante équilibrée depuis trois ans et s'engager à maintenir son équilibre à l'avenir. Et puis, peut-être, un jour, en viendra-t-on enfin à la mise en place d'un gouvernement économique et d'un budget de la zone euro.

    Christian Saint-Etienne

    Professeur au CNAM et à Paris-Dauphine, Membre du Conseil d'analyse économique


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