• Comment transformer les détritus en or

    Comment transformer les détritus en or

    TerraCycle mise sur le déchet commandité : cette PME américaine fabrique des objets à partir d’emballages usagés qui se transforment en publicités pour les marques.

    Brat The Wall Street Journal

    L’objectif de TerraCycle est de gagner de l’argent en réutilisant les déchets difficilement recyclables. Mais pour cela, cette petite entreprise de Trenton, dans le New Jersey, doit convaincre la grande distribution qu’il existe une demande pour ses produits, des sacs à dos, cerfs-volants et sacs isothermes fabriqués avec des emballages de bonbons, des sachets de chips et des poches de jus de fruit qui, autrement, auraient fini à la décharge. [L’entreprise vend aussi des rideaux de douche, des parapluies, des pots de fleurs, des sacs à main…]

    Pour l’heure, l’affaire n’est pas rentable. La société a perdu 4,5 millions de dollars en 2008, pour un chiffre d’affaires de 6,6 millions de dollars [et elle était à l’équilibre en 2009]. Mais en avril dernier, Wal-Mart, numéro un mondial de la distribution, a accepté de référencer plusieurs dizaines de produits TerraCycle dans 3 400 points de vente, dans le cadre d’une opération de promotion liée à la Journée de la Terre. Si la PME parvient à décrocher un accord de longue durée avec ce groupe ou une autre grande enseigne, l’entreprise pourrait dégager un bénéfice pour la première fois cette année. “La pression est énorme”, reconnaît son fondateur, Tom Szaky.

    M. Szaky, 27 ans, a créé cette société en 2001 pour commercialiser [dans des bouteilles de soda usagées] un engrais biologique obtenu par lombricompostage. La firme s’est ensuite lancée dans la transformation de tonneaux à vin en composteurs domestiques et de disques vinyle en horloges. Des entreprises désireuses de verdir leur image lui ont aussi demandé de recycler leurs emballages usagés en biens de consommation. Certains plastiques, de même que les conditionnements composés de couches de différents matériaux, sont en effet inutilisables par les sociétés de recyclage traditionnelles, et partent habituellement à la décharge. Plusieurs grandes marques, des jus de fruit Capri-Sun (groupe Kraft) aux céréales Bear Naked (Kellogg’s), en passant par les biscuits Chips Ahoy (Nabisco), ont également décidé de parrainer des “brigades” chargées de collecter des déchets, puis de les remettre à TerraCycle. [Plus de 9 millions de personnes participent à ces brigades spécialisées par type de produit.

    Pour chaque déchet retourné, 2 cents, soit 1,5 centime d’euro, sont versés à une association de leur choix ou, dans le cas des enfants, à leur école.] Depuis l’an dernier, la société accepte également des tonnes d’emballages excédentaires ou comportant des défauts d’impression, que les entreprises mettaient auparavant à la poubelle. Des milliers de maisons de retraite et d’églises lui apportent aussi leurs déchets réutilisables.

    Si ces dons permettent de réduire le coût des matières premières, ils représentent également des montagnes à stocker pour la firme. Son entrepôt de 2 300 mètres carrés mais aussi son bâtiment administratif débordent d’emballages, qui arrivent au rythme de 100 tonnes chaque mois. Les cadres ont dû s’installer dans les couloirs ou se partager les bureaux afin de faire de la place aux monceaux de déchets. TerraCycle a finalement acheté ou loué cinq entrepôts supplémentaires pour faire face à la situation.

    Pour écluser ces stocks, la société s’est fixé l’an dernier pour objectif de doubler, voire tripler, ses livraisons à la grande distribution. C’est ainsi que, en septembre 2009, Tom Szaky a contacté Wal-Mart. En avril, les magasins de la chaîne ont mis en place une “Zone de la Terre”, où des sacs à dos réalisés avec des emballages Capri-Sun et des cerfs-volants fabriqués avec des sachets de friandises Skittle côtoyaient les produits de ces deux marques. A cette occasion, le jeune Teddy Gogolewski a demandé à sa mère de l’accompagner dans un Wal-Mart de la banlieue de Chicago pour s’acheter une boîte-repas [lunch box] fabriquée avec des emballages de Capri-Sun. Ce gamin de 7 ans, qui collecte ces poches de jus de fruit à l’école pour le compte de TerraCycle, avait économisé les 8 dollars nécessaires sur son argent de poche. “Je veux que la Terre reste verte, a-t-il plaidé. Et puis elles sont trop bien, ces boîtes.”

    Pour la PME, le succès de ce type d’opération est vital. Alors que les déchets s’entassent dans ses entrepôts, elle ne compte encore aucun gros client susceptible de les absorber. Christi Gallagher, porte-parole de Wal-Mart, se refuse à commenter les relations avec ses fournisseurs, mais elle souligne que l’enseigne est prête à entrer en pourparlers “avec ceux qui peuvent démontrer leur engagement à fabriquer des produits durables”. En attendant, TerraCycle compte élargir sa gamme à des articles comme une poubelle de 110 litres, des dalles de jardin et des piquets de clôture réalisés à partir de déchets déchiquetés et compressés.

     

     

    Stratégie médiatique

    Le patron de TerraCycle, Tom Szaky, ne manque pas d’ambition. “Je veux que ‘terracycler’ devienne un verbe comme ‘googler’”, expliquait-il en janvier dernier au Financial Times. “Depuis ses débuts”, ajoutait quelques jours plus tard La Presse, “la société a profité d’une couverture médiatique phénoménale. TerraCycle n’a jamais dépensé un sou de publicité. Cette année, l’entreprise s’installe au Canada et la stratégie est la même : faire parler d’elle dans les journaux pour que les parents, les professeurs et un jour les enfants fassent appel à ses services pour les aider à recycler,” constatait alors le quotidien montréalais.


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