• Conjoncture: la bonne surprise européenne

    Conjoncture: la bonne surprise européenne
    La reprise s'installe et l'Europe s'est remise à créer des emplois. La France souffre de son manque de compétitivité.
     
     

    Dans une fin d’été emplie de nouvelles peu rassurantes sur la conjoncture mondiale, la révision à la hausse par la Commission européenne de ses perspectives de croissance dans l’Union est un doux rayon de soleil. Selon Bruxelles, la croissance 2010 sera de 1,8% cette année en moyenne pour l’économie des 27 contre 1% prévu au printemps et de 1,7% pour la zone euro contre 0,9%. Pour le commissaire chargé des affaires économiques, Olli Rehn, «l’économie européenne est clairement sur la voie de la reprise». Il n’est pas question d’une rechute dans la récession, ce «double dip» que certains craignent pour les Etats-Unis.

    L’Europe, il faut avouer que c’est une surprise, a une reprise résistante. La taille et la diversité des économies européennes lui donnent une «solidité» que n’a pas l’économie américaine qui dépend à 70% de la consommation intérieure ou, toute proportion gardée, de l’économie chinoise qui dépend des exportations. Quand l’Amérique doit se mettre à la diète pour que les ménages sur-endettés épargnent pour rembourser leurs emprunts et quand la Chine doit encourager sa consommation intérieure, l’Europe bénéficie d’un modèle suffisamment auto-centré pour être équilibré. Ni trop axé sur la consommation, ni trop sur l’export. Plus précisément: si l’Allemagne tourne grâce à ses ventes à l’étranger, les autres pays, dont la France, font l’équilibre en «marchant» encore grâce à la consommation. Au total, «la reprise s’est étendue à tous les secteurs», le moteur des investissements et de la consommation privée a été plus puissant que celui des exports au deuxième trimestre. Bref, tous les cylindres de la machine tournent, gage de solidité «pour les mois à venir».

    En France, le relèvement de la perspective de reprise est plus faible: la commission prévoyait 1,3% de croissance au printemps, elle attend maintenant 1,6% cette année (un chiffre proche de celui des instituts de conjoncture). Cette relative déception tient précisément à un mauvais équilibre de la croissance française trop dépendante de la seule consommation, trop «américaine» en quelque sorte, et bénéficiant d’un apport trop chétif des exports. Les ménages ont tiré profit de salaires encore en hausse et des primes à la casse automobile mais dans les mois à venir ces facteurs positifs ne joueront plus. Les défauts de l’industrie française, d’une compétitivité insuffisante et d’une capacité exportatrice en recul, pèseront de tout leur poids. L’Allemagne est, en comparaison, sur la ligne opposée. Elle s’en tire bien et ses  exportations devraient lui permettre d’atteindre le rythme enviable d’une croissance de 3,5% cette année, selon Bruxelles.

    Conséquence: le marché du travail, qui suit historiquement de six mois la reprise, s’est stabilisé. Après deux ans de dégradation, l’économie européenne a créé autant d’emplois qu’elle en a supprimés au deuxième trimestre. Le taux de chômage est resté étal à 9,6% (10% dans la zone euro). Il s’agit bien entendu d’une moyenne, la dégradation continue en Espagne tandis que l’Allemagne recrée des emplois nets et que la France est entre-deux.

    Que va-t-il se passer en fin d’année et en 2011? «Les incertitudes demeurent», souligne Bruxelles. Aussi bien sur le système financier encore très fragile, que sur les carburants des différents moteurs. L’export devrait ralentir à cause des mauvaises nouvelles sur l’économie américaine et du freinage décidé en Chine par les autorités (qui considèrent que la reprise est trop forte et que l’inflation menace). La consommation intérieure européenne est dépendante du climat de «confiance» des ménages lesquels s’inquiètent pour leur emploi et pour leurs impôts. La croissance européenne devrait en conséquence hésiter. Les conjoncturistes divergent: ceux de la banque Barclays prévoient 1,9% l’an prochain après 1,6% cette année et ceux de Goldman Sachs tablent sur 2,4%. Pour les Etats-Unis, les deux s’opposent également puisque Goldman Sachs est nettement plus pessimiste avec 1,8% en 2011 contre 2,8% pour Barclays. Ces écarts ne sont pas négligeables pour leurs conséquences sur le taux de chômage: selon les hypothèses «pessimistes» ou «optimistes», celui-ci se maintiendrait autour de 10%  des deux côtés de l’Atlantique, ou se réduirait.

    Eric Le Boucher

    Photo: Sur une plage en Croatie Matko Biljak / Reuters

    Cet article est aussi paru sur le site Pôle Emploi


     

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