• CRISE BANCAIRE: LE LONG CHEMIN PLEIN D’EMBÛCHES RESTANT A PARCOURIR

    CRISE BANCAIRE: LE LONG CHEMIN PLEIN D’EMBÛCHES RESTANT A PARCOURIR

    par François Leclerc

    On attendait la publication de la nouvelle réglementation du Comité de Bâle destinée à renforcer la solidité du secteur bancaire, dont il vient d’être annoncé à Zürich qu’elle a été adoptée. Mercredi matin, une nouvelle est parue dans le quotidien japonais spécialisé Nikkei, et n’a pas cessé depuis d’agiter le monde entier de la finance, qui en a cherché la confirmation. D’après le journal, ces nouvelles règles qui s’imposent à tous, destinées à être introduites en 2012 après une large et longue concertation, pourraient n’être mises en application que très progressivement, au cours d’une période s’étalant sur rien de moins que les dix à vingt prochaines années. Les bourses réagissaient aussitôt et les valeurs financières en grimpaient de soulagement.

    Sans connaître encore les détails de cette future réglementation, on sait qu’il s’agit de renforcer la qualité et la transparence des fonds propres (le Tier one) des banques, d’accroître leur ratio d’endettement, et de constituer des « coussins » amortisseurs pour faire face aux situations imprévues. Et qu’il est fort probable que les banques vont, en général, devoir procéder à d’importants appels de fonds, auprès de leurs actionnaires ou des marchés, afin d’y satisfaire. D’où ces délais impressionnants, s’ils sont confirmés, qui trouveraient leur justification officielle dans la crainte de casser la relance économique, en exigeant trop et trop vite des banques.

    En réalité, une autre raison existe : permettre aux banques, vu l’importance présumée des fonds qu’elles vont devoir réunir, de ne faire appel aux marchés que progressivement, afin de ne pas précipiter sur ceux-ci une forte et soudaine montée des taux. Car cela aurait de sérieuses conséquences pour les autres émetteurs de dette : les grandes entreprises et les Etats. Ou, encore mieux, leur donner le temps pour financer en propre, par leur activité, l’accroissement de leurs réserves. Ce qu’elles s’efforcent déjà de faire à marché forcée, aux Etats-Unis comme en Europe.

    Nous aurons l’occasion d’y revenir, en observant notamment comment certains marchés, comme celui des junk-bonds, sont à nouveau très actifs. Les banques renouent avec leurs jeux dangereux et leurs vieux démons : elles multiplient les prises de risques, attendant de celles-ci de forts rendements en retour. Les commentateurs s’interrogent sur les raisons de cette énorme demande en faveur des obligations pourries, certains préférent croire qu’elle résulte de la rareté des placements disponibles, vu les masses de liquidité disponibles en raison de la politique monétaire des banques centrales ; d’autres relèvent que le volume de ces liquidités maintient les taux à un bas niveau, rares étant dans le moment présent les opportunités de rendements intéressants. En d’autre terme, il n’y a pas le choix, si l’on veut gagner vite beaucoup d’argent, ce qui est de toute évidence le problème numéro un des banques.

    Ces dispositions confirmées, il y aurait ainsi adéquation entre le maintien, aussi longtemps que possible, des taux directeurs quasi nuls des banques centrales, et les délais accordés aux banques pour améliorer leur ratio d’endettement, cherchant à ne pas resserrer encore les restrictions mises à leur activité de crédit. Mais au prix de la poursuite de la crise économique, en attendant d’autres conséquences ! C’est toute une politique qui se mettrait en place, dans sa logique contradictoire. Celle-ci ayant comme malencontreux effet de créer les conditions d’une nouvelle crise au prétexte de réparer les effets de l’actuelle.

    S’il est une information qui pourrait témoigner, plus que tout autre, de la situation réelle du système bancaire des pays occidentaux, c’est bien cet étalement réglementaire qui la fournirait. Les mesures qui vont être annoncées risquant en effet d’être d’autant plus lourdes, tant en terme de qualité des fonds propres exigée que de ratio d’endettement, que la régulation financière qui est en cours d’adoption est extrêmement peu contraignante dans les faits. Ce n’est pas non plus sans logique, même si l’on pense que c’est probablement illusoire dans les effets. C’est en quelque sorte la rançon de la gloire, le prix à payer pour la liberté obtenue par ailleurs dans le domaine de la régulation. On va donc parler de période de transition ou de tolérance, ou bien encore de grâce, qu’importe les termes ! Il ne restera plus a espérer que, dans ce laps de temps démesuré, la crise financière – que ces mesures réglementaires sont censées permettre d’amortir – ne rattrapera pas les banques !

    Quant à l’origine japonaise de cette information, elle n’a rien de surprenant, si l’on considère la situation particulièrement calamiteuse des banques japonaises et les voeux fervents qu’elles ont formulés, ces derniers temps, pour que le Comité de Bâle reconnaisse comme faisant partie du Tier one leurs émissions de dette diverses. Le calcul du ratio exprimant le rapport entre niveau d’endettement d’une banque et ses capitaux propres dépend en effet de ce qui est agréé au titre de ces derniers. Il y a deux variables, toutes aussi importantes l’une que l’autre. Les banques japonaises et européennes risquent fort d’être plus dans l’embarras que leurs consoeurs américaines, en raison de la structure de leurs fonds propres actuels. Toutefois, le sort qui va être réservé à une décision prise par la FDIC américaine, qui concerne les établissements sous sa supervision est à suivre de près, dans le cas du remodelage en cours du dispositif d’ensemble de cette dernière. Car cette nouvelle règle interdit tout simplement de regrouper des actifs dans des « véhicules spéciaux » hors bilan, la méthode privilégiée employée par les banques américaines pour améliorer leur ratio d’endettement. Selon la FDIC, « A partir de 2010, ces nouvelles règles comptables changeront considérablement la façon dont les banques rendront compte des actifs titrisés qui sont actuellement exclus de leur bilan ».

    Autre signal de la situation des banques américaines : la FDIC a annoncé qu’elle venait d’adopter son budget 2010, doublant l’enveloppe destinée à la gestion de la faillite des banques régionales. 133 banques ont été dans ce cas depuis le début de l’année (il y en a eu 25 en 2008). 522 établissements étaient considérés « à risque » fin septembre dernier. Plus généralement, il est nécessaire de se remémorer l’estimation du FMI selon laquelle sur les 2.500 milliards de dollars de dépréciations qui devaient être opérées par les banques, 1.500 restaient encore à passer.

     

    Affaire  a suivre, et qui montre bien que la crise systémique n’est pas terminé.

    Publiée sur le blog de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/


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