• « De nouvelles erreurs statistiques provenant d’autres pays ne peuvent être exclues »

    Interview  Jean-Michel Charpin Membre de l’ESGAB

    « De nouvelles erreurs statistiques provenant d’autres pays ne peuvent être exclues »  

    Jean-Michel Charpin, ancien directeur général de l’Insee, est l’un des sept membres de l’Esgab (Conseil consultatif européen pour la gouvernance statistique).

    L’Esgab a été créé pour superviser la statistique européenne. Le problème grec ne met-il pas en lumière la faillite du système ?

    C’est en 2004, en raison de problèmes apparus dans les données budgétaires de la Grèce lors de la précédente alternance, que le conseil avait demandé la définition de normes minimales en matière d’indépendance, d’intégrité et de responsabilité des autorités statistiques nationales. Un code de bonnes pratiques de la statistique européenne a donc été rédigé, puis promulgué en 2005. Le rôle des sept membres du Conseil consultatif européen pour la gouvernance statistique (Esgab), qui ont été nommés en mars 2009, est de contrôler son application, d’une part par Eurostat, d’autre part par le système statistique européen « pris dans son ensemble ». Ces derniers mots visaient à exclure de notre mandat la surveillance des instituts nationaux de statistique pris individuellement. Cela étant, le cas grec est extrêmement préoccupant, car il peut jeter le discrédit sur l’ensemble de la statistique européenne. Pour cette raison, on pourrait imaginer que l’Esgab soit amené progressivement à s’intéresser à des affaires de ce type lorsqu’elles ont des conséquences sur la crédibilité de l’ensemble du système statistique européen.

    Cela veut-il dire que des erreurs statistiques pourraient faire surface dans d’autres pays ?

    C’est difficile à dire, mais cela ne peut pas être exclu. En avril 2009, Eurostat a validé les comptes publics présentés par la Grèce. L’office européen reconnaît aujourd’hui que c’était une erreur, mais ajoute qu’il aurait difficilement pu faire autrement, étant tributaire des données qui lui avaient été fournies.

    Du coup, la Commission européenne a-t-elle raison d’étoffer les capacités d’audit d’Eurostat ?

    Cela me semble être une bonne idée pour les situations d’urgence comme celle que nous connaissons actuellement en Grèce. Les faibles capacités d’audit d’Eurostat sont incontestables. Et, objectivement, personne n’est en mesure d’affirmer aujourd’hui avec certitude que les chiffres présentés il y a peu par Athènes sont beaucoup plus fiables que les précédents. Il faut donc que, dans les situations de crise, les fonctionnaires d’Eurostat puissent aller plus loin dans leurs investigations. Mais, à long terme, la fiabilité des statistiques européennes ne dépend pas réellement de cela.

    Où réside la solution pour ne plus connaître d’épisode de statistiques falsifiées ?

    Il ne revient pas à la Commission européenne de produire les chiffres grecs. On ne peut pas construire un système statistique dont la fiabilité reposerait uniquement sur le gendarme européen. Cela risquerait d’être mal vécu par les populations des pays mis en accusation. Rien de tel pour susciter un sentiment anti-européen. La discipline ne peut venir que du pays lui-même, ce qui n’est possible qu’en faisant respecter par chaque pays le code de bonnes pratiques de la statistique européenne. Et notamment son point le plus fondamental : l’indépendance de l’agence statistique à l’égard des éventuelles interférences politiques en matière de production et de diffusion des statistiques, indépendance affirmée par la loi et confortée par l’existence d’une instance veillant à cette indépendance. D’après le récent rapport de l’Esgab, quinze pays européens respectent ces règles. Ce chiffre est en augmentation, car Eurostat et l’Esgab exercent une surveillance active. Comme pour les paradis fiscaux, la pression des pairs pousse les pays à rentrer dans le rang. La crédibilité de la statistique européenne nécessite d’abord de bonnes gouvernances nationales.

    PROPOS RECUEILLIS PAR G. G. ET FRÉDÉRIC SCHAEFFER

    Jean-Michel Charpin.

     

    Assez ahurissant de lire cela. Erreurs statistiques et nous vivons que de cela. !!!!


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :