• " Défaire la contre- révolution fiscale"

    Entretien " Défaire la contre- révolution fiscale"

    THOMAS COUTROT, économiste et coprésident d'Attac



    Nicolas Sarkozy veut demander " un effort supplémentaire des hauts revenus et des revenus du capital " pour financer les retraites. Comment réagissez-vous ?
    Depuis trente ans, cette idée est dénoncée comme ringarde et démagogique. On nous explique que sa portée serait au mieux symbolique. Les riches ne seraient pas assez riches pour pouvoir contribuer à la réduction des déficits. Voire. Dans le cas des retraites, le déficit du régime général s'élève à 11 milliards d'euros en 2010. Cinq fois plus qu'en 2006 du fait de la crise. Est-ce aux salariés de combler le trou provoqué par le krach, le sauvetage de la finance et la récession qui s'en est suivie ?
    Comment " faire payer les riches " ?
    Les titulaires de revenus financiers, qui ont profité de la mondialisation financière depuis trente ans, pourraient être mis à contribution. Les dividendes nets versés par les sociétés représentaient 83 milliards d'euros en 2008, trois fois plus (en proportion de la valeur ajoutée des entreprises) qu'au début des années 1980. Ces sommes ont été prises sur la masse salariale, donc au détriment des cotisations sociales. Une taxe de 12 % à 15 % sur ces dividendes épongerait le déficit des retraites. On pourrait la doubler pour résoudre aussi les problèmes de l'assurance-maladie. Il y a d'autres marges de manoeuvre. Concernant la fiscalité directe, le débat s'est focalisé sur une mesure symbolique, le bouclier fiscal. Mais celui-ci ne coûte à l'Etat " que " 600 millions d'euros par an : une goutte d'eau, comparée aux 24 milliards d'euros que les réformes de l'impôt et des droits de succession ont retirés au budget de l'Etat entre 2000 et 2008.

    Que dire aussi des niches fiscales, qui représentent 70 milliards selon Bercy mais plus de 140 milliards d'euros d'après la Cour des comptes. Le Conseil des impôts a montré que ces niches bénéficiaient aux contribuables les plus aisés. Le léger rabotage de 2 milliards d'euros par an annoncé demeure là aussi symbolique. Défaire la contre-révolution fiscale menée par le néolibéralisme permettrait de dégager des ressources pour combler les déficits publics bien au-delà de celui des retraites.

    Ce type de " mesures " sera-t-il suffisant à long terme ?
    Une fois rétabli l'équilibre conjoncturel, il faut assurer celui des retraites au regard de l'évolution démographique. " Faire payer les riches ", ce sera alors organiser une hausse régulière des cotisations sociales. La part des profits dans la richesse créée reculera - de deux à trois points selon le Conseil d'orientation des retraites - sans inconvénient économique majeur, puisqu'une portion croissante de ces profits est orientée vers les placements financiers et non l'investissement productif.

    Il faut tirer les leçons de la crise financière. Un modèle de croissance économique tirée par l'avidité et l'enrichissement sans limite de quelques-uns n'est pas soutenable. Taxer les bonus des traders est insuffisant : c'est l'ensemble des hauts revenus qu'il faut plafonner pour bloquer la logique de prise de risques et de spéculation. Un revenu maximum admissible pourrait être établi, par exemple en taxant à 90 % les revenus dépassant un certain seuil jugé acceptable - comme l'avait fait Roosevelt en 1944.

    Propos recueillis par Philippe Le Coeur

     

    Le débat sur la retraite devient lentement un véritable débat de société. La crise et aussi l’Europe commence à montrer d’autres solutions.

    Entre Gadrey, Mélenchon, beaucoup de convergence, Mais ce qui est nouveau qu’Etats-Unis aussi ces voies s’élèvent et là bas ce sont des Economistes (qui de plus sont des Nobel, souvent…)..


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