• Des aliments issus du clonage dans l'assiette anglaise

    Des aliments issus du clonage dans l'assiette anglaise

    Une enquête révèle que la viande de deux taureaux nés d'une vache clonée a été consommée au Royaume-Uni

     

    A u Royaume-Uni, l'entrée dans la chaîne alimentaire de viande et, peut-être, de lait provenant de descendants d'une vache obtenue par clonage suscite l'émotion. La Food Standards Agency (FSA), en charge de la sécurité alimentaire dans le pays, a confirmé, mercredi 4 août, que la viande de deux descendants d'une vache clonée avait sans doute été consommée.

    Selon la réglementation européenne, bien qu'ils ne présentent pas de problème de sécurité sanitaire, la viande et le lait d'animaux clonés ou de leur descendance ont le statut d'" aliments nouveaux ". Ceux-ci sont définis comme n'ayant pas de présence significative dans l'Union européenne avant le 15 mai 1997. Ils nécessitent une autorisation pour être mis sur le marché. Aucune demande n'avait été présentée pour les animaux concernés au Royaume-Uni.

    Un article, paru le 29 juillet dans l'International Herald Tribune, rapportait les propos d'un fermier britannique affirmant, sous couvert d'anonymat, qu'il mêlait au reste de sa production laitière le lait d'une vache issue d'un clonage. Dans un pays secoué par l'impact de la crise de la vache folle, née sur son territoire dans les années 1990 et ayant fait une centaine de victimes humaines, cette publication a déclenché une enquête de la FSA.

    L'agence britannique a retrouvé la trace de l'ensemble des veaux nés au Royaume-Uni à partir des huit embryons importés, produits par une vache de race Holstein clonée aux Etats-Unis. Quatre de ces embryons ont donné naissance à des veaux mâles et quatre à des femelles. Sur les quatre mâles de la première génération, deux - Dundee Paratrooper né en décembre 2006 et abattu en juillet 2009, et Parable, né en mai 2007 et abattu le 5 mai 2010 - ont fourni de la viande qui a été consommée, selon la FSA. A comparer aux 2,3 millions de têtes de bétail abattues chaque année au Royaume-Uni.

    L'Agence a confirmé que la viande du troisième mâle, Dundee Perfect, né en mars 2007 et abattu le 27 juillet 2010, a été bloquée avant d'entrer dans la chaîne alimentaire. Le quatrième veau mâle est mort à l'âge d'un mois et n'a pas été consommé.

    Concernant les quatre femelles, l'une, Dundee Paradise, vit dans une exploitation laitière, selon la FSA. " Après la visite des autorités locales, l'Agence a été informée qu'il n'y a pas de preuve que le lait de cet animal soit entré dans la chaîne alimentaire. " La FSA a trouvé trace de deux des autres femelles dans des exploitations laitières, mais ne pouvait encore préciser, jeudi 5 août, si leur lait avait été destiné à la consommation humaine. La quatrième femelle est morte à l'âge d'un mois et n'a pas fourni de produits pour la consommation.

    L'Agence a recherché les descendants de ces huit animaux. Ceux-ci sont " encore trop jeunes pour donner du lait ou être utilisés à des fins de reproduction ". L'Agence rappelle aux fermiers possédant ces animaux qu'" ils doivent demander une autorisation dans le cadre de la réglementation sur les aliments nouveaux s'ils souhaitent en tirer des produits pour l'alimentation ". Au total, la vache Holstein clonée pourrait avoir 97 descendants au Royaume-Uni, selon Holstein UK, organisme chargé d'y enregistrer les pedigrees. La FSA poursuit son enquête pour savoir si du lait d'une vache descendant d'un clone serait entré dans la chaîne alimentaire.

    Le recours au clonage, technique onéreuse et grevée de nombreux échecs, sert à produire des copies identiques d'animaux ayant une forte valeur économique par leurs propriétés (performances, qualité de la viande, rendement laitier...).

    " En matière de sécurité alimentaire, toutes les agences scientifiques, l'Autorité européenne de sécurité des aliments comme son homologue aux Etats-Unis, estiment qu'il n'y a pas de différence entre la viande et le lait de ces animaux clonés ou leurs descendants et ceux des animaux traditionnels ", indique Eric Poudelet, directeur de la sécurité alimentaire à la direction générale " santé et protection des consommateurs " (DG-Sanco) de la Commission européenne. " Les Etats-Unis les ont donc autorisés. Les animaux clonés et leur descendance posent en revanche des problèmes de bien-être animal et d'éthique, car la technique de clonage n'a qu'un faible taux de succès et beaucoup d'animaux meurent à l'état d'embryon ou en bas âge. " " La DG-Sanco n'a jamais été saisie d'une demande d'autorisation de mise sur le marché pour de la viande ou du lait d'animaux clonés ou de leur descendance ", précise-t-il.

    Deux positions existent en Europe sur le sujet. Le Parlement s'est prononcé à une écrasante majorité, le 7 juillet, contre la mise sur le marché des produits issus d'animaux clonés et de leur descendance. Le conseil des ministres de l'agriculture est, lui, favorable à leur accorder le statut de nouveaux aliments. Le débat devrait se conclure au premier semestre 2011.

    Paul Benkimoun

    • Dolly et ses successeurs

      Technique Le clonage est la création d'une copie génétiquement identique d'un autre organisme. La brebis Dolly, née en 1996, fut le premier mammifère cloné.

      Reproduction Le clone peut se reproduire. Compte tenu du coût élevé et du faible taux de succès de la technique, la reproduction du clone est faite par accouplement ou insémination artificielle avec des animaux ordinaires. Les descendants ont donc un patrimoine génétique issu des deux parents, clone et non-clone.

      Traçabilité Il n'existe pas en Europe de traçabilité pour les ovules, le sperme, la viande et le lait issus d'animaux clonés.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :