• Des sociétés se préoccupent du surendettement de leurs salariés

    Des sociétés se préoccupent du surendettement de leurs salariés

    A La Poste ou chez EDF, des accords sont passés avec le Crédit municipal pour soulager les fins de mois difficiles

    Jacques D. a 50 ans. En ce début d'année 2010, ce postier est au bord du surendettement. Comme deux cents de ses collègues, cet employé de La Poste a contacté le service d'assistance sociale de son entreprise, pour bénéficier du tout nouveau dispositif d'aide aux salariés " mal endettés ", mis en place avec le Crédit municipal de Paris (CMP).

    Cet accord d'un genre tout à fait inédit entre une banque sociale et une grande entreprise - le premier employeur en France après l'Etat, avec 280 000 salariés - permet aux employés de trouver une solution rapide et concrète à leurs difficultés financières.

    A La Poste, entreprise de main-d'oeuvre, les petits salaires sont légion : 74 376 personnes, soit plus du quart des effectifs, gagnent entre 1 200 et 1 400 euros net par mois, et 9 358 autres, employés à temps partiel, moins de 1 200 euros par mois.

    La crise économique a brutalement aggravé leurs problèmes d'équilibre budgétaire, soit parce que leur pouvoir d'achat s'est dégradé, soit parce que leur conjoint a perdu son emploi.

    A ceux qui peinent à payer leurs charges et rembourser leurs crédits, le Crédit municipal de Paris propose ses conseils, dispensés via les 300 assistantes sociales de La Poste, qu'il a spécialement formées entre novembre 2009 et janvier de cette année. Et, si cela se révèle opportun, il fait une offre commerciale de regroupement de crédits, moins chère que celles des banques classiques.

    Les assistantes sociales de La Poste s'attendent à un afflux de demandes. Elles viennent d'adresser un rapport alarmant à la direction, basé sur la situation du centre financier de Paris : " De plus en plus d'agents, malgré une gestion rigoureuse (...), n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois, indique le rapport. Dans ce cas, on ne peut plus prévenir le risque et le service social se trouve démuni. " Désormais, un quart des demandes d'aides exprimées par les postiers concernent des problèmes financiers.

    Pour Emmanuel Bouriez, directeur adjoint de CMP Banque, le partenariat avec la direction nationale des activités sociales de La Poste constitue une réponse intelligente à la crise, et à la paupérisation des salariés les plus fragiles. Ceux que le moindre incident (perte de prestations familiales, diminution de revenus, etc.) peut faire basculer dans le surendettement.

    " Quand la direction d'une entreprise comprend qu'il est de son intérêt de résoudre les problèmes des salariés avant qu'il ne soit trop tard ou qu'ils n'aient des difficultés au travail ; quand, de leur côté, les syndicats acceptent de dépasser la seule question de l'augmentation des salaires, alors on avance ", observe M. Bouriez.

    Or, à ce titre, les choses bougent. Le cas de La Poste n'est pas isolé. Et le Crédit municipal fait l'objet, depuis plusieurs mois, d'" une recrudescence de sollicitations de la part d'entreprises ou d'organismes qui souhaitent venir en aide à leurs salariés ", note M. Bouriez.

    Longtemps cantonnée à son rôle de " banque des pauvres ", centrée sur le prêt sur gages, l'institution se découvre aujourd'hui une nouvelle mission, celle de prescripteur de solutions financières pour des salariés d'entreprises.

    Il en est ainsi d'EDF. Cette fois, ce n'est pas la direction qui a pris l'initiative, mais la Caisse mutuelle complémentaire et d'action sociale (CMCAS) du groupe d'électricité. Elle a demandé au CMP de bâtir une offre de regroupement de crédits pour les salariés lourdement endettés. Traditionnellement centrée sur les loisirs, la CMCAS s'est rendu compte, crise oblige, que les personnels se montraient davantage préoccupés par leurs budgets que par leurs vacances. Une campagne d'information a donc été lancée auprès des salariés d'EDF.

    Le phénomène dépasse le monde de l'entreprise. Des organismes mutualistes, comme la Mutuelle Intériale - première mutuelle du ministère de l'intérieur et mutuelle de référence de la fonction publique territoriale, avec 430 000 adhérents -, se sont aussi adressés au Crédit municipal de Paris, pour pouvoir proposer de tels produits de restructuration de dettes ou des microcrédits santé. Elles ont en effet observé que nombre de leurs adhérents se trouvaient contraints de financer leurs dépenses de santé à crédit.

    Enfin, les administrations s'y mettent. Un partenariat a été signé avec la région Ile-de-France, pour les agents de la collectivité.

    S'il est difficile d'estimer le nombre de salariés lourdement endettés - ceux-ci n'entrent pas dans les statistiques du surendettement -, les experts s'accordent à dire que ce nombre augmente fortement. En témoignent les services sociaux des entreprises, très sollicités, selon qui les dispositifs traditionnels d'aide aux salariés (aides pécuniaires, au logement, etc.) ne suffiraient plus. La réforme des retraites prévue en 2010 devrait encore accentuer les problèmes d'équilibre budgétaire des ménages.

    Anne Michel


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