• Des voleurs bien sympathiques...Jacques Attali

    Des voleurs bien sympathiques...

    le 11 novembre 2009 10h23 | par   Jacques Attali

    Deux extraordinaires casses ont fait les titres cette semaine : un convoyeur de fonds à Lyon part avec 11 millions d’euros après dix ans de bons et loyaux services ; et un postier part tranquillement avec un million d’euros.   Des casses sans violences,  fait l’un et l’autre par des  gens modestes, apparemment sans histoire,  agissant à visage découvert, ayant parfaitement préparé leurs coups, s’évaporant ensuite  immédiatement dans la nature. Des casses où, en fait,  personne n’est volé, sinon l’institution bancaire.  

    Des casses qui ne déclenchent aucune indignation, aucune révolte de l’opinion ; mais au contraire une sorte de jubilation collective.  Leurs auteurs, (qui courent toujours, à l’heure  où j’écris, même  si une part significative du butin de l’un d’entre eux a été retrouvée) ont   en effet  immédiatement  bénéficié     d’une formidable popularité: des blogs, des teeshirts, des  groupes sur Facebook et autres sites communautaires  ont été créé à leur effigie. Et ce qu’on peut y lire,  est signe d’un incroyable engouement, véritablement planétaire  et révélateur de plusieurs  dimensions de l’air du temps :

    1.                   Le formidable discrédit du système financier mondial, qui peut etre braqué  sans que nul ne proteste, parce qu’il est vu lui-même  comme un voleur. Et qui de fait, au moins pour les   banques américaines, a été la principale force de déclenchement de la crise actuelle.

    2.                   La sympathie que s’attire un petit, un faible, un anonyme, lorsqu’il se révèle assez malin pour contourner les systèmes les mieux gardés, les plus puissants, au point de cristalliser l’admiration d’un grand nombre de gens, qui l’expriment ouvertement, au point de faire  ouvertement l’apologie du pillage : ainsi de la banque comme de la musique, une fois de plus  prophétique.

    3.                   La   fragilité d’un système financier, qui peut etre si facilement trompé, sur la toile par des traders sophistiqués  et,    dans la réalité matérielle,   par des convoyeurs malins.  Dans les deux cas, l’argent réel, tel que les gens l’utilisent et le convoitent,  rejoint l’argent virtuel, tel que le système financier l’utilise, pour  des montants incommensurables.

    4.                   La disproportion des moyens consacrés à retrouver et punir  les voleurs quand ils sont convoyeurs  et de ceux utilisés pour retrouver  les gens en marge de la loi quand ils sont banquiers. Pour les uns, la prison. Pour les autres, les  paradis fiscaux et les bonus.   

    5.                   Le déclin inévitable de toute société où les voleurs sont mieux vus que les honnêtes gens ; une société  incapable  de s’assurer de la loyauté de ceux qui y vivent ; en particulier quand ce qui est en cause, c’est la légitimité du système financier, dont tout dépend.

    6.                    La nécessité de repenser tous les systèmes de sécurité, physiques et virtuels,  discrédités par les routines, et attaqués aujourd’hui de toutes parts.  

    7.                   Enfin et  surtout, la nécessité de recréer une légitimé du rapport à l’argent, à la richesse, à la fortune qui devrait pouvoir etre considérée comme juste, lorsqu’elle est gagnée de façon utile à la société, et montrée du doigt lorsque celui qui l’accumule n’apporte aux autres  que son regard narquois sur leur vulnérabilité.

     

    Trois faits divers qui parlent d'une époque assez détraquée 

     

    Oui Bizarre, vous avez dit bizarre, que des journalistes, internet , etc…s’intéressent ainsi..a des faits divers


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