• Deux livres : la pauvreté et la guerre

    L'examen de conscience de Martin Hirsch

    Parti au lendemain des élections régionales après trois ans au sein du gouvernement Fillon, le ministre des pauvres raconte ici les moments décisifs de ses combats. Un récit vivant sur le fonctionnement du pouvoir, rythmé par des aperçus inédits de certaines figures politiques, et par une analyse éclairée de la droite et de la gauche, comme de la nouvelle question de l'équité.

    C'est un récit assez sincère de la genèse de ses choix, mais aussi de ses nombreux combats, que livre l'ex haut-commissaire aux Solidarités actives dans « Secrets de fabrication ». Pour, sans doute, que l'on ne dresse pas à sa place son bilan au gouvernement Fillon. Pour, aussi, pouvoir se justifier vis-à-vis de sa famille politique naturelle et retisser les fils, même s'il n'en aura pas été banni comme son homologue Éric Besson. Pour, enfin, mener cet examen de conscience auquel il ne pouvait échapper. Lui qui, « asexué ou hermaphrodite », a dû jouer du compromis permanent pour mener ses combats. Lui qui, assure-t-il, n'a ni renié son camp pour ne pas être en contradiction avec lui-même, ni rallié l'adversaire, refusant notamment de « tremper dans l'eau trouble du débat sur l'identité nationale ». Pour ne jamais être l'otage d'aucun clan, il s'est défini une ligne de conduite encadrée par quelques principes simples, et il s'y est tenu.

    Au travers des petites et grandes histoires, on découvre aussi que ce produit de la société civile, qui a choisi d'entrer dans le système politique pour faire avancer son grand projet, l'expérimentation et la mise en oeuvre du revenu de solidarité active, a actionné toutes les manettes de l'administration et des sphères représentatives. Et ce, dans tous les combats menés pendant ces trois années : pour le RSA bien sûr, mais aussi pour la taxe Emmaüs, contre le surendettement ou pour la dotation d'autonomie visant à donner un coup de pouce aux jeunes.

    S'il dit ne pas agir en politique, on décèle dans les coulisses de son lobbying social un vrai talent pour pousser les portes, plaider sa cause, nouer des alliances inattendues et retourner les nombreux récalcitrants. En clair, les qualités d'un animal politique qui connaît par coeur les rouages de l'action publique. Au moment où le « bashing » présidentiel est devenu un sport national, on comprend aussi en creux le respect que nourrit l'ex-haut-commissaire pour un Nicolas Sarkozy qui l'a toujours écouté et aidé. Comme si deux hommes de conviction s'étaient rencontrés.

    L'intérêt de son propos est aussi dans la lecture qu'il fait de la droite et de la gauche à deux ans de l'élection présidentielle. « L'idée que la droite serait forcément antisociale et la gauche toujours du côté des plus faibles est une idée fausse, dit-il. Les deux différences fondamentales entre les deux camps résident dans leur analyse de la dynamique sociale. La droite a tendance à penser qu'il faut aider à la création de richesse pour produire les conditions d'une croissance qui, in fine, profiterait à l'ensemble des individus. La gauche affirme au contraire qu'une meilleure redistribution des richesses constitue la condition préalable à une croissance qui permette à son tour une réparation plus équilibrée de ses richesses. Si la droite, qui croit à l'action des individus, veut baisser la pression fiscale, c'est pour inciter à créer de l'activité. La gauche estime qu'un certain niveau d'inégalités est incompatible avec la recherche de la croissance la plus soutenue. Ces deux conceptions ont chacune leur logique, mais les deux ignorent deux questions fondamentales : « certaines formes de richesse créent de la pauvreté, et il existe des formes de redistribution et d'aides qui sont un obstacle au travail. » C'est cette compréhension en profondeur des mécanismes sociaux qui donne son étoffe à l'ancien président d'Emmaüs, et sa capacité à être un trait d'union entre les deux camps. Valérie Segond

    « Secrets de fabrication », par Martin Hirsch . Grasset (304 pages, 18 euros).

    Attention, risque de guerre

    La crise va bientôt souffler sa troisième bougie. Et pour Philippe Dessertine, professeur à l'université de Paris Ouest et directeur de l'Institut de haute finance à Paris, « l'après-crise » n'est pas pour demain. L'auteur poursuit son travail de décryptage - commencé dans son précédent ouvrage « Ceci n'est pas une crise (juste la fin du monde ) »  - d'une crise sans précédent depuis les années trente et lance un nouveau cri d'alerte en s'attaquant cette fois-ci à un tabou : la guerre , « la grande, celle qui pourrait nous affecter dans les pays développés pourrait être le produit plus ou moins direct de la crise ».

    Il ne s'agit pas de sombrer dans des prédictions apocalyptiques pour attirer l'attention, mais bien de faire comprendre les véritables enjeux. Oui, insiste Philippe Dessertine, notre monde de rêve peut vite tourner au cauchemar. Et pour bien appuyer là où cela fait mal, « Le monde s'en va-t-en guerre  » débute sur le pire des scénarios, la guerre nucléaire. Et pour autant qu'on le sache, tous les points de la planète sont désormais à portée des ogives chinoises ! « Quand la Chine s'arme, soyons clairs, ce n'est pas pour se défendre », avance l'auteur.

    Pourquoi une guerre  ? Parce que cette crise a provoqué l'effondrement des fondations de notre système économique, que des points de tension extrême apparaissent tout le long d'un arc qui va du Proche-Orient à la Corée du Nord ou que les relations, déjà troubles, entre la Chine et l'Occident se délitent. Mais le grand fauteur de troubles reste les États-Unis, qui ont dopé artificiellement leur économie par la dette. Toute la question est de savoir si l'Amérique est prête à payer la facture, c'est-à-dire à accepter de gros sacrifices et l'abandon de l'étalon dollar. Philippe Dessertine n'est ni historien, ni stratège en géopolitique, mais économiste. C'est par conséquent en économiste qu'il scrute toutes ces lignes de fracture. C'est sans doute le principal intérêt du livre. Bien évidemment, le scénario du pire peut être évité grâce au capitalisme et à la finance ! Rénovés bien évidemment, avec un souci de transparence privée et publique. Un air de déjà lu, comme s'il fallait beaucoup de bonne volonté pour sauver le monde . E. B.

    « Le monde s'en va-t-en guerre  », par Philippe Dessertine. Anne Carrière éditions (292 pages, 18 euros).

     


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