• Dollar-Yuan ; l'équilibre de la terreur

    L'absence de référence aux taux de change dans le communiqué final de l'Apec, qui se réunissait à Singapour, a redonné des arguments aux vendeurs de dollars.

    Le « couac » du communiqué de l'Apec, le forum de coopération économique Asie-Pacifique, à Singapour le week-end dernier, a réveillé les ardeurs des vendeurs de dollars. La version finale du texte commun des vingt et un pays réunis pour l'occasion a omis toute référence aux taux de changes. À la demande expresse de la Chine, un paragraphe sur la nécessité d'une plus grande flexibilité des taux de changes et d'une évolution des monnaies plus conforme aux données économiques fondamentales aurait été gommé sur la version finale… À la réouverture des transactions lundi, l'indice pondéré du dollar face aux monnaies des principaux partenaires commerciaux des États-Unis a dérivé près de son plancher de quinze mois, tandis que le billet vert venait à nouveau affleurer le seuil d'alerte de 1,50 pour 1 euro, au grand dam des responsables du Vieux Continent qui assistent, passifs, à la joute qui se déroule entre les États-Unis et l'empire du Milieu. Mais aussi des pays d'Asie ou de l'Australie, dont les monnaies sont aspirées vers le haut face au dollar, mais aussi au yuan, que la Chine a rattaché au billet vert à l'été 2008.

    Avant même que Barack Obama n'ait foulé le sol chinois, Pékin avait fustigé le protectionnisme américain et dénoncé la politique monétaire menée par la Réserve fédérale, accusée de laisser filer le dollar en encourageant le « carry trade », les stratégies de portage consistant à jouer sur les écarts de rendements, par le maintien de taux d'intérêt voisins de zéro. Car c'est en « maîtres » de cérémonie, au sens propre du terme, que les responsables chinois ont accueilli le président des États-Unis : la meilleure défense étant l'attaque, ils ont désamorcé les critiques à l'encontre de la sous-évaluation manifeste du yuan, encore dénoncée hier par Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, en faisant implicitement miroiter leur statut de premier créancier de l'oncle Sam, détenteur de plus de 700 milliards de bons du Trésor américains, grâce aux fabuleuses réserves de change de 2.273 milliards de dollars amassées par la Chine. La partie de bras de fer promet d'être serrée, mais les deux protagonistes se tiennent par la barbichette. Si Washington a besoin de la Chine pour financer son gouffre budgétaire, Pékin s'est enfermé dans un « équilibre de la terreur  », dont il aura du mal à sortir. Car c'est pour prévenir une appréciation de son yuan que la Chine engrange des tombereaux de billets verts, dont la valeur se déprécie au rythme de la dévalorisation du dollar. n

    Isabelle Croizard


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