• EDF impose un réveil brutal aux consommateurs d'électricité

    EDF impose un réveil brutal aux consommateurs d'électricité

     

    Pierre Gadonneix, PDG d'EDF entre 2004 et 2009, a probablement eu tort d'avoir raison trop tôt. Il y a un an, il jugeait nécessaire une augmentation de 20 % sur trois ans des tarifs de l'électricité pour financer les investissements du groupe en France - ce qui lui avait valu de ne pas être reconduit à son poste. La hausse que le gouvernement vient de décider (+ 3,4 % en moyenne en 2010) est certes inférieure (Le Monde du 19 août), mais si elle est répétée sur plusieurs années, comme les dirigeants d'EDF le prônent sans le clamer sur les toits, on ne sera pas loin du compte.

    " Nous vous devons plus que la lumière ", claironne EDF dans un de ses slogans publicitaires. La transparence sur les tarifs, par exemple ? Ou la clarté sur le mécanisme de fixation des prix ? Depuis vingt ans, les Français s'étaient habitués à avoir une électricité bon marché grâce aux centrales nucléaires que les contribuables-abonnés à EDF avaient financées dans les années 1970-1980. Si EDF avait répercuté l'inflation dans les prix depuis les années 1990, le kilowattheure serait 40 % plus cher, expliquent ses dirigeants. Il est aujourd'hui le moins cher des grands pays européens.

    Les prix ? Le choix d'un quasi- " tout-nucléaire " pour assurer la production électrique ? Tout cela est resté affaire d'initiés. Le réveil est un peu brutal. " EDF a amorti le coût d'investissement du parc nucléaire historique dans ses tarifs et souhaite maintenant remonter ses prix pour justifier de travaux de maintenance et de la nécessité du réinvestissement dans des capacités de production nouvelles, analyse Pascal Perri dans EDF : les dessous du scandale (éd. Jean-Claude Lattès, 155 p., 11 ¤). Ce n'est pas conforme aux règles prudentielles en matière de gestion de l'investissement. " L'entreprise peut encore, selon lui, restituer une partie de sa rente nucléaire à ses clients.

    Il faut certes investir pour moderniser les réacteurs vieillissants et un réseau de distribution vétuste : le taux de disponibilité des premiers est tombé très bas (78 % en 2009), amputant la rentabilité d'EDF ; le second est devenu fragile, comme l'illustrent les coupures intervenues cet été à Paris. Pourquoi ne pas avoir lissé l'effort financier sur plusieurs décennies ?

    Concurrence ou pas, l'électricité sera de plus en plus chère. Mais quel en est le juste prix - sujet sur lequel les spécialistes de l'énergie et de la concurrence s'écharpent allègrement ? Sûrement pas celui qui serait calculé sur le coût marginal (le plus élevé) du courant produit par une centrale au gaz mobilisée en période de pic de consommation, comme certains le défendent. Sans aller jusque-là, EDF estime que le prix du mégawattheure passera de 34 euros à 46 euros pour les nouveaux réacteurs nucléaires. Sous couvert de besoins d'investissements, le groupe est désormais accusé de conforter sa santé financière sur le dos de ses 30 millions de clients français.

    Rattraper le retard

    Certains analystes et les syndicats, la puissante CGT d'EDF en tête, jugent que la récente politique d'expansion du groupe public dans le nucléaire au Royaume-Uni (rachat de British Energy) et aux Etats-Unis (50 % de Constellation Energy) - deux opérations qui ont mobilisé près de 20 milliards d'euros - s'est faite au détriment de la modernisation du système électrique hexagonal. EDF a commencé à rattraper le retard en y injectant 20 milliards d'euros en 2008-2010.

    Mais la croissance externe est aussi un moyen d'exporter le made in France nucléaire (EDF, Areva, Alstom...). Le groupe public a la puissance financière pour mener de front un développement de ses infrastructures dans l'Hexagone, la première de ses missions, et une internationalisation maîtrisée. La France dispose des deux premiers électriciens mondiaux par la puissance installée : EDF est en passe d'être rattrapé par GDF Suez, qui vient de prendre 70 % du britannique International Power.

    Le contexte a radicalement changé ces dernières années. D'importantes transformations se liront tôt ou tard sur la facture des consommateurs : l'ouverture du marché européen, qui a tendance à tirer les prix français vers le haut, notamment en raison d'interconnexions avec l'Allemagne, où les prix sont les plus élevés d'Europe ; l'arrivée de concurrents, encore très bridés, pour l'opérateur historique EDF. Mais la révolution viendra surtout des avancées technologiques symbolisées par les réseaux intelligents (smart grids).

    L'énergie est un poste de dépenses contraint. Sa part dans le budget des ménages s'accroît quand on descend dans l'échelle des revenus. La hausse des prix pourra néanmoins être en partie compensée par un meilleur usage de l'électricité. Les compteurs intelligents, qui permettent de suivre la consommation en temps réel, les aideront à passer du statut de client aveugle à celui de consommateur avisé.

    Après des années d'atermoiements, ERDF a prévu l'installation progressive de 35 millions de ces compteurs pour un coût (répercuté sur l'abonné) estimé à 4 milliards d'euros. Une étude de Capgemini a évalué l'intérêt du développement de tels compteurs dans l'Europe des Quinze. Résultat en 2020 : une économie équivalente à la consommation des ménages allemands et espagnols. Et 100 millions de tonnes de CO2 en moins dans l'atmosphère.

     

    Jean-Michel Bezat

     

    Service Entreprises


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