• En 2010, le retour de la pensée unique boursière

    Par Marc Fiorentino, stratège d'Allofinance.com.

    En 2010, le retour de la pensée unique boursière

    Ce début d'année est étonnant. Avant la trêve des confiseurs (depuis quelques années, les Français sont d'ailleurs tous devenus des confiseurs acharnés), le doute était admis sur les marchés boursiers. On pouvait s'interroger. La progression du CAC 40 est-elle justifiée ? Le rebond n'a-t-il pas été trop violent ? N'est-on pas dans une configuration classique, similaire à celle de 1929 ou de 1990 au Japon ; un krach suivi d'un rebond violent avant une rechute tout aussi violente ?

    Ces questions restaient sans réponse, mais le doute était autorisé. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant les vacances de Noël, mais, depuis janvier, on ne doit plus voir qu'une tête. Sur l'économie. Et sur le CAC. Les prévisionnistes, qui se sont allègrement plantés depuis quelques années et qui sont entrés dans la crise financière sans même l'apercevoir, ont, après deux ans de profil bas, repris du poil de la bête. Et ils font la une de tous les médias. On les appelle maintenant "les Experts".

    Il faut dire que "les Experts : Manhattan" et "les Experts : Miami" continuent à battre des records d'audience, alors pourquoi ne pas lancer "les Experts : CAC 40" ? Et que nous disent les Experts après avoir analysé les traces de sang laissées sur le champ de bataille boursier et testé les ADN des investisseurs ruinés par leur cécité ? Que l'économie mondiale va rebondir. C'est le fameux scénario en V. V. comme "victoire sur la crise" (oubliées, toutes les autres lettres de l'alphabet, et surtout le terrible w). Que le pire est derrière nous pour l'économie française. Que le CAC "doit" - il ne "peut" pas, il "doit" - aller à 4.500, puis les dépasser et pourquoi pas rejoindre ses plus hauts niveaux historiques. Que nous sommes revenus dans un magnifique "bull market". Que les pays émergents sont valorisés à leur juste valeur, voire qu'ils sont bon marché. Que les valeurs automobiles et bancaires, qui ont plus que doublé, ne sont pas chères. Que les valeurs défensives sont ringardes, comme elles l'ont été en 2009. Sans oublier un petit mot sur l'or, qui "doit" aller à 2.000 dollars, sur les matières premières qui "doivent" monter, sur la Chine qui "doit" dominer le monde demain, voire cet après-midi, sur les Etats-Unis, qui "doivent" se réinventer tout de suite comme ils l'ont toujours fait pendant toute leur histoire...

    C'est quand même beau un Expert, non ? Et c'est encore plus beau quand ils chantent tous d'une même voix, comme dans "les Choristes" ! Seulement voilà... Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que le consensus de début d'année se révèle faux. De peu les bonnes années, de très loin les grandes années. Pour une raison simple : la règle des 80%.

    Les Experts ont un secret que je vais vous révéler : une formule magique. En fait, si on ne veut pas se mouiller en début d'année dans ses prévisions, on applique la règle des 80%. C'est-à-dire, pour 2010, par exemple : on prend la progression de l'année passée - arrondissons à 23% - et on y applique un pourcentage de 80%. La progression du CAC en 2010 sera donc très exactement de... 18,4%. Soit un peu plus de 4.600. CQFD.

    C'est simple d'être un Expert, non ? Alors, et vous vous en doutiez sûrement, si vous vous autorisez encore à douter dans cet océan de pensée unique, je dis non. Si prévoir l'évolution de l'économie et de la Bourse était aussi simple, cela se saurait. Oui, le CAC "peut" aller à 4.500, oui, il "peut" le dépasser, mais non, ce n'est pas une certitude. Et même si le CAC allait à 4.500, voire au-delà, ce pourrait n'être que la dernière vague d'une hausse avant une rechute brutale. Les risques de stagflation, mais surtout de déflation à la japonaise, existent encore.

    La dette des Etats, et la révolte de l'Islande nous l'a rappelé, est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Une croissance molle ou nulle ne permettra pas de réduire les déficits publics. Les raisons de douter sont donc nombreuses. Pas forcément d'être baissier, mais de douter. Je suis en permanence en proie au doute et je me pose donc tous les jours des questions sur l'évolution de l'économie et des marchés financiers. Tous les jours, car chaque jour apporte son lot de nouvelles. Je doute. C'est pour cela que je ne serais jamais un Expert. Dommage.

    Marc Fiorentino


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