• En Chine aussi, on veut partager les fruits de la croissance

    Le point de vue des chroniqueurs de l'agence économique Reuters Breakingviews

    En Chine aussi, on veut partager les fruits de la croissance

     

    La Chine expérimente les enseignements d'Henry Ford. Quand l'inventeur de la chaîne d'assemblage voulut multiplier par plus de deux la paie journalière de ses ouvriers en la portant à 5 dollars en 1914, le Wall Street Journal cria au scandale. Le journal trouvait immoral de rémunérer les travailleurs au-delà de ce qu'exigeaient les conditions du marché du travail. En fait, M. Ford avait compris la puissance du levier de la productivité industrielle... et choisi d'en partager les rendements.

    C'est au jugé qu'il avait fixé les salaires. Mais il pensait que sa stratégie serait récompensée par une élévation de la productivité : mieux rémunérés, les ouvriers mettraient plus d'ardeur au travail et seraient plus fidèles à l'entreprise. Sans compter la contribution des progrès techniques. Cette politique - augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail autant que l'évolution de la productivité le permet - fut couronnée de succès et a inspiré de nombreux pays en phase d'industrialisation. Si elle peut apparaître sur le coup comme une politique de rémunération trop généreuse, elle se révèle être souvent un investissement qui rapporte.

    En Chine, on n'a retenu la leçon que partiellement. La part du produit national redistribuée aux travailleurs sous forme de salaire a chuté. De nombreux employeurs ne semblent pas dotés de la clairvoyance de M. Ford - il a fallu une vague de suicides pour que le fabricant Foxconn remette ses méthodes en question, et qu'il consente à relever la paie de 30 %. Toutefois, les rémunérations ont progressé. Dans de nombreuses provinces, le salaire minimum a été réévalué de 15 % à 25 % cette année.

    Certains patrons craignent que ces hausses ne compromettent la vigueur des exportations. Leur inquiétude est justifiée, mais seulement pour les entreprises dont la productivité n'augmenterait pas plus vite que le coût du travail. Ce pari de la productivité fait plus de gagnants que de perdants.

    Travailleurs mieux payés

    De leur côté, les travailleurs se réjouissent d'être mieux payés, d'autant qu'ils bénéficient d'un meilleur niveau d'éducation et de plus de temps libre. Les recettes fiscales progressent de pair avec ces revenus, ce qui donne à l'Etat des moyens supplémentaires pour s'attaquer aux problématiques environnementales et sociales.

    Plus dynamique, la consommation chinoise devrait aussi profiter aux fournisseurs étrangers. Les pays les plus pauvres, qui ne peuvent se permettre ces niveaux de salaire, verront leur croissance stimulée par l'élévation de la productivité en Chine, puisque la compétitivité de leurs filières industrielles en sera améliorée.

    Il serait possible d'obtenir les mêmes résultats qu'Henry Ford si tous les patrons consacraient leurs gains de productivité à la baisse de leurs prix. Mais à Detroit comme dans le delta de la rivière des Perles, on préfère les fins de mois plus confortables.

    Edward Hadas

    (Traduction de Christine Lahuec)


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