• En Grèce, la fuite des capitaux s'ajoute à la défiance croissante des marchés

    En Grèce, la fuite des capitaux s'ajoute à la défiance croissante des marchés

    Le taux des obligations a atteint, jeudi 8 avril, le record de 7,31 % depuis l'adoption de l'euro
    Bruxelles, Londres Correspondants

     

    La Grèce est chahutée comme jamais par des marchés de plus en plus inquiets sur les déficits du pays. Jeudi 8 avril, au lendemain de l'arrivée d'une équipe d'experts du Fonds monétaire international (FMI) à Athènes pour une mission de deux semaines, le taux des obligations grecques est monté à un niveau historique de 7,31 %. Du jamais-vu depuis l'adoption de l'euro par la Grèce en 2001.

    Pour pouvoir emprunter, le pays doit débourser plus du double de l'Allemagne, référence de la zone euro. L'effervescence des marchés est alimentée par un faisceau de craintes et d'incertitudes.

    Des doutes sur le déficit La confusion monte au sujet de la probable révision à la hausse du déficit public en 2009. Selon la presse grecque, le trou budgétaire pourrait atteindre entre 13,5 % et 14,3 % du produit intérieur brut (PIB), contre 12,7 % escomptés dans un premier temps. Dès mardi, le ministre des finances Georges Papaconstantinou avait évoqué le chiffre de 12,9 % en raison d'une récession plus grave que prévue.

    Le chiffre définitif ne sera pas annoncé avant le 22 avril par Eurostat : l'office européen des statistiques est actuellement en contact avec les autorités grecques, afin de valider, ou pas, le chiffrage notifié au début du mois.

    Les marchés sont déjà très inquiets sur la capacité de la Grèce à rembourser sa dette qui atteint 113 % du PIB, soit 300 milliards d'euros. Athènes doit lever 11 milliards d'euros dès le mois prochain pour un total de 54 milliards sur l'ensemble de l'année.

    Les limites du plan de sauvetage Le flou demeure par ailleurs sur l'interprétation et les modalités du plan d'aide adopté de haute lutte le 25 mars par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro avec l'assistance du FMI. Paris et Berlin continuent de diverger au sujet du niveau des taux d'intérêt qui seraient demandés aux Grecs en échange des prêts bilatéraux promis par les Etats européens.

    L'Allemagne plaide pour des taux élevés, qui inciteraient la Grèce à retourner au plus vite sur les marchés une fois la crise apaisée. La France de son côté, comme la Grèce, entend au contraire réduire les coûts de refinancement de la dette grecque, en offrant des conditions plus avantageuses. " Personne ne sait vraiment comment le plan serait déclenché ", reconnaît-on auprès de la Commission européenne.

    En début de semaine, des rumeurs ont laissé croire qu'Athènes chercherait à renégocier le plan pour se passer du FMI dont les conditions d'aide seraient jugées trop drastiques. Un démenti d'Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et du gouvernement grec n'a pas suffi à rassurer les marchés.

    Un système bancaire à la peine Les quatre plus grosses banques grecques - National Bank of Greece, Eurobank, Alpha Bank, Piraeus Bank - ont demandé de pouvoir toucher le solde d'un plan de soutien concocté par le précédent gouvernement grec en 2008, soit 17 milliards d'euros. " Nous discutons avec la Banque de Grèce d'une procédure pour distribuer les fonds ", a confirmé, mercredi, M. Papaconstantinou. Affectés par une série d'abaissements de notes de crédit liés à la crise, les établissements bancaires disent éprouver des difficultés à lever des fonds sur le marché monétaire.

    Un risque de fuite des capitaux De plus en plus élevé, le risque d'une fuite des capitaux menace d'affaiblir encore davantage le système bancaire local, et d'aggraver la récession. Selon l'institut d'émission grec, au total, 10 milliards d'euros ont été retirés des banques du pays en janvier et février par rapport à décembre 2009 pour être confiés à des établissements étrangers. Une somme qui représente l'équivalent de 4,5 % de l'ensemble des dépôts bancaires grecs.

    A écouter les spécialistes, les épargnants redoutent que les banques grecques fassent banqueroute et que le gouvernement, faute de moyens, soit incapable de leur venir en aide. Beaucoup cherchent aussi à échapper aux mesures de lutte contre la fraude fiscale tout juste annoncées par Athènes pour tenter de réduire le déficit.

    Les principaux bénéficiaires de ces retraits de grosses et moyennes fortunes grecques seraient les banques britanniques, chypriotes et suisses, ainsi que les places financières off shore hors de l'Union européenne (UE). Le géant HSBC, bien implanté en Grèce, s'est refusé à confirmer les informations de la presse spécialisée britannique selon lesquelles sa banque privée basée à Athènes a été récemment confrontée à un afflux massif de fonds privés grecs.

    " Le plus étonnant est que ces patrimoines aient attendu si longtemps pour décamper. C'est dû sans doute au fait qu'une grande partie est constituée d'argent noir. Ils doivent être d'abord officiellement blanchis en Grèce avant de pouvoir être investi dans l'UE ou en Suisse ", souligne un financier de la City spécialisé dans les placements de riches Européens.

    " Ces retraits, s'ils devaient être confirmés sont très inquiétants pour les banques grecques dont la seule source de financement de nos jours passe par les dépôts domestiques. Elles pourraient être amenées à réduire leurs prêts, aggravant la crise économique ", estime John Raymond du bureau de recherche londonien CreditSights.

    Une fuite des capitaux ne mettrait pas seulement en danger les banques grecques, mais aussi l'Etat. En effet, comme le souligne une récente étude de la banque allemande Commerzbank, ce sont les établissements du pays qui souscrivent le plus d'obligations grecques.

    Philippe Ricard et Marc Roche


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