• En Inde, des internautes financent les projets de micro-entrepreneurs

    En Inde, des internautes financent les projets de micro-entrepreneurs

    Né aux Etats-Unis, le concept de prêt de personne à personne par le Net connaît un vif succès


    Bangalore (Inde) Envoyé spécial

                REPORTAGE

    Si chaque matin, l'étal de Ratnamma, situé dans une rue ombragée de Bangalore, est couvert d'autant de roses et de fleurs de lotus, c'est grâce à un internaute qu'elle ne connaît pas.

    Il y a quelques mois, elle a décroché un prêt de 70 euros pour s'acheter une charrette à bras et un stock de fleurs auprès de l'un des investisseurs sociaux inscrits sur Dhanax.com. Fondé en janvier 2008, ce site a permis à 250 particuliers de prêter 200 000 euros à environ 1 500 entrepreneurs.

    Le concept du microcrédit " P2P " , pour person to person, est né aux Etats-Unis. Il se répand dans le sud de l'Inde, surtout à Bangalore, capitale du secteur informatique du pays, où plus d'une dizaine de sites Web dédiés à cette activité se sont créés en un an. " En éliminant des intermédiaires comme les banques, ils offrent de meilleures performances aux investisseurs et aux emprunteurs ", écrit Amit Kumar, dans un rapport sur l'emprunt P2P publié par le cabinet d'études Grail Research. Dhanax, qui prélève une commission de 4 % sur chaque transaction, offre 10 % à 11 % de retour sur investissement aux internautes, et les taux d'emprunt varient entre 14 % et 15 %, contre 20 % à 25 % dans les institutions classiques de microfinance.

    La start-up assure n'avoir connu aucun défaut de remboursement. " Les prêts sont accordés à des groupes d'entraide qui se portent caution. La meilleure garantie de solvabilité est leur cohésion et leur solidarité ", explique Siva Cotipalli, cofondateur du site, qui s'appuie sur des études montrant que 95 % des prêts accordés auprès de groupes d'entraide sont remboursés.

    Les investisseurs prêtent d'autant plus facilement qu'ils ont la possibilité de rencontrer les micro-entrepreneurs. " Savoir à qui on prête, choisir le projet, et obtenir de meilleurs rendements que dans une banque traditionnelle, c'est ce qui m'a incitée à franchir le pas ", témoigne Seema Ramachandra, une consultante qui a investi 3 500 euros dans trois projets sélectionnés par Dhanax.

    En Inde, 10 % seulement de la demande en microcrédits, estimée à plus de 9 milliards de dollars (6 milliards d'euros) par le cabinet d'études MCRIL, est satisfaite. L'argent des particuliers est donc le bienvenu. Le secteur est en pleine croissance malgré la crise - il a doublé entre mars 2008 et mars 2009, d'après l'ONG Access Development Services. Et cette année, sept nouvelles banques ont pénétré le secteur en s'associant à des ONG et des institutions de microfinance. Le nombre de bénéficiaires a atteint les 22,6 millions en mars, soit une hausse de 60 % sur un an.

    Pour sélectionner ses projets, Dhanax a établi 40 critères (ancienneté du groupe, historique de ses emprunts, éloignement géographique entre ses membres...). " Le marché rural arrive à saturation. Des banques proposent des prêts à 1 roupie de taux d'intérêt - 0,014 euro - , et les villages bénéficient de programmes publics d'aide. Dans le même temps, les instituts de microfinance rechignent à travailler dans les villes, car les entrepreneurs n'y ont pas d'adresse fixe et sont plus difficiles à suivre ", explique Rajesh Tekupalli, l'agent chargé des relations avec les micro-entrepreneurs chez Dhanax.

    Ce dernier travaille beaucoup dans les écoles publiques. Dans l'Etat du Karnataka, chaque instituteur a pour mission de convaincre les mères des élèves de former des groupes de micro-entrepreneuses.

    Les vingt femmes du groupe Om Shakhti Mahila Swasahaya Sangha se réunissent ainsi chaque mois avec une institutrice qui tient à jour leur livre de comptes et rédige les comptes rendus de l'assemblée. Il y a trois mois, elles se sont partagé un prêt de 1 600 euros pour investir dans des machines à coudre, des chèvres... et honorer leurs dettes. Certaines ne parvenaient plus à rembourser des sommes empruntées auprès d'usuriers locaux à des taux d'intérêt annuels pouvant atteindre les 100 %.

    Les institutions de microfinance accueillent avec prudence ces nouveaux acteurs venus du Net. " Leurs prêts ne représenteront qu'une fraction des investissements des banques ", juge Chandra Shekhar Ghosh, directeur de Bandhan, un institut de microfinance de Calcutta. Pour l'instant, les sites de microcrédit P2P se contentent de mettre en contact internautes et micro-entrepreneurs. Ils échappent aux régulations et aux contraintes de <st1:personname productid="la Banque" w:st="on">la Banque</st1:personname> centrale indienne. Une économie de temps, et donc d'argent. " Mais des dizaines de milliers de particuliers pourront difficilement prêter de l'argent, directement, à des millions de personnes, même via Internet ", avertit Rajesh Srivathsa, directeur du fonds d'investissement Ojas Venture Partner de Bangalore.

    Julien Bouissou


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