• Encore un sommet pour pas grand chose

    Encore un sommet pour pas grand chose

    Presseurop


    Barack Obama entouré de José Manuel Barroso, Silvio Berlusconi, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors du G8 d'Huntsville, le 25 juin 2010.

    Marqué par les divisions entre Européens et Américains sur les méthodes à appliquer pour sortir de la crise, le G20 de Toronto a vu les propositions européennes, notamment en matière de taxation des banques et de régulation financière, rejetées. Seule la réduction des déficits – portée par les Vingt-sept –a été adoptée.

    "Un sommet qui aurait très bien pu ne pas se tenir" : le jugement de Dziennik Gazeta Prawna sur le G20 tenu les 26 et 27 juin, est sans appel. "A Toronto, les leaders du G20 n’ont résolu aucun des problèmes économiques", ajoute le quotidien polonais, selon lequel, "les politiques les plus influents ne sont pas parvenus à s’entendre sur quoi que ce soit de tangible". Le sommet n’a abouti "ni sur le principe d’une taxe bancaire globale, ni sur des instruments pour renforcer le capital des banques". 

    "Quatre sommets [depuis le G20 de Washington, en 2008], des milliers de faillites, des millions d’emplois perdus et des milliards d’euros dépensés en plans de sauvetage après, nous sommes toujours au même point", lui fait écho El Mundo.Pour son confrère El País "le résultat du sommet n’est pas encourageant", car "la coordination pourtant urgente des politiques économiques des vingt pays participants n'a pas été approuvée". De même, Libération estime que "Les «G»[sont] au point mort" :  "le G8 de Huntsville et le G20 de Toronto ont davantage étalé divergences qu’avancées sur la sortie de crise. L’idée d’une taxe bancaire ou financière internationale est renvoyée aux calendes grecques, et si tous se sont engagés à réduire les déficits, c’est selon des modalités propres à chacun." Selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour qui la sortie de la crise passe par la libéralisation du commerce international, le G8 et le G20 de ce week-end ont à nouveau fait preuve de leur impuissance : "Le fait que certains pays industrialisés sont incapables d'écouter les souhaits et opinions des pays émergents s'avère dangereux pour l'avenir du G20", écrit ainsi la "FAZ", à propos de la taxe sur les opérations financières, dont les pays émergents, épargnés par la crise, n’ont pas voulue. "Leur dépit devrait être l'occasion pour les Européens de s'interroger sur le sens de ces taxes et d'enfin y renoncer", estime encore le quotidien allemand. "Si l'intérêt du G20 consiste à approuver les idées européennes, autant ne plus l'organiser. Et si le G20 doit devenir un forum économique international sérieux, ce serait utopique que de s’imaginer que les idées européennes sont la mesure de toute chose", conclut-il.

    "Le G20 a consacré le retour du 'chacun pour soi'", commente pour sa part Le Figaro. "La définition d'une politique économique consensuelle pour sortir de la crise n'a pas rencontré de succès. Entre une Allemagne obsédée par la réduction des déficits (...), des Etats-Unis soucieux de ne pas brider la croissance par une austérité trop rude et une France à mi-chemin entre les deux, on cherche en vain une ligne directrice, commune. Créé au plus fort de la tourmente financière, le G20 a prouvé toute son utilité en temps de crise. Mais la réunion de Toronto a aussi démontré ses limites. La mise en place d'une sorte de gouvernement économique mondial, déjà si difficile à élaborer au niveau européen, n'est pas pour demain."

    En fait, explique la Tageszeitung, "Les désaccords au sein du G8 et du G20 obligent [les acteurs] à se recentrer sur des questions sur lesquels de véritables changements sont possibles : pour les Européens, cela signifie aujourd'hui  se recentrer sur l’Europe". Ainsi, conclut la '"TAZ", "que Merkel et Sarkozy semblent déterminés à introduire la taxe sur les transactions financières en Europe – ou dans la zone euro si Londres résiste – représente la meilleure nouvelle de ce sommet."  

    Malgré tout, note EUObserver, "la déclaration sur la réduction des déficits publics de moitié d’ici à 2013 a été saluée comme une victoire des politiciens européens". "En adoptant ces objectif, le G20 s’est conclu sur une rigueur d’empreinte allemande", commente de son côté La Repubblica. "Ce n’est pas un match Allemagne-Etats-Unis qui s’est joué" au Canada, même si "Angela Merkel peut donner l’impression de l’avoir emporté", explique le quotidien : "après avoir plié l’Europe, l’Allemagne exporte à l’échelle mondiale sa doctrine. Barack Obama, le dernier des leaders keynesiens, semble battre en retraite : il n’a pas convaincu Berlin des bienfaits d’un soutien public à la croissance. Mais les apparences sont trompeuses et derrière la victoire de  Merkel se révèlera bientôt une victoire à la Pyrrhus. Elle sert à calmer les angoisses de l’opinion publique allemande", favorable à la rigueur en matière budgétaire, et "elle accélère la marginalisation de l’Europe", en déplaçant encore plus rapidement "les géométries du pouvoir vers de nouvelles dynamiques entre l’Amérique, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie".


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