• Entre sadisme et "Schadenfreude"

    Entre sadisme et "Schadenfreude"

    Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

    Plusieurs réactions inquiétantes affleurent à l'occasion de la crise grecque. D'abord la joie mauvaise, que la langue allemande nomme "Schadenfreude" : "héhéhé ! la Grèce est nulle, l'euro est nul, les leaders européens sont nuls. On le savait bien!" Avec une attirance consommée pour l'abîme, certains se félicitent de voir la monnaie unique sous pression. Ils prêtent soudain aux marchés financiers des qualités insoupçonnées: pertinence, vision à long terme; en juges désintéressés, ces derniers montreraient le défaut de la cuirasse et exigeraient qu'on la répare ou qu'on casse tout. Ben tiens.

    La seconde tentation, pas forcément exclusive de la "Schadenfreude", est celle du sadisme économique: "la Grèce a péché, elle doit expier, elle doit souffrir, et dire merci par-dessus le marché." Quand le gouvernement socialiste grec présente un plan déjà très dur, est-il indispensable d'exiger a priori qu'il aille plus loin? La situation sociale de la Grèce est explosive (au sens propre du terme: des bombes artisanales explosent un peu partout depuis les émeutes de la fin 2008).

    Humilier le Premier ministre Papandréou ne peut servir qu'à le fragiliser et à renforcer les franges extrémistes de l'opinion grecque. Sans parler de l'europhobie ambiante. Les dirigeants qui prennent cette posture pour montrer à leur propre opinion publique à quel point leur pays est vertueux jouent un jeu dangereux.

    L'Allemagne a eu sa période d'emballement de la dette après la réunification et ses voisins européens, solidaires, ont subi un renchérissement de leurs taux d'intérêt. La France n'a pas de leçons à donner en matière de finances publiques, s'étant dispensée d'engranger des réserves quand la croissance était là. Le Royaume-Uni, dont les commentateurs ne sont jamais à court d'analyses condescendantes, a pratiquement le même déficit budgétaire que la Grèce (12,4% du PIB contre 12,7%). Ce sont les animaux malades de la peste qui crient haro sur le baudet.

     

     


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