• Eolien en mer : ambition nationale, frondes locales

    Eolien en mer : ambition nationale, frondes locales

    La France veut rattraper son retard, mais dans certaines régions, comme au Tréport, les projets sont contestés

     

     

    La Compagnie du vent a joué son va-tout, mardi 7 septembre, au Tréport. Cette société, filiale du groupe GDF Suez, projette de construire dans la Manche, d'ici à 2015, le parc éolien offshore des Deux-Côtes, au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Mers-les-Bains (Somme), où la Normandie et la Picardie se rejoignent. Un projet évalué à 1,8 milliard d'euros, et fortement contesté.

    La réunion de clôture du débat public a été l'occasion pour la compagnie, mardi, de présenter une version amendée de sa copie, dans l'espoir de désamorcer les oppositions. Car la société se heurte à un front du refus des marins pêcheurs, des riverains, des professionnels du tourisme et des élus, à commencer par le maire communiste du Tréport, Alain Longuent. Une fronde qui illustre la difficulté, partout en France, d'implanter des éoliennes en mer, tout comme le débat sur le projet de loi Grenelle 2 avait mis au jour, en mai, les réticences de nombreux élus face aux éoliennes terrestres.

    Dans sa dernière version, ce qui pourrait devenir le premier parc offshore de France compte toujours 140 éoliennes sur 75 km2, pour une puissance installée de 700 mégawatts (MW), mais s'éloigne à 18 kilomètres de côtes au lieu de 14, se décale vers le sud-ouest pour se faire plus discret et, surtout, s'aligne dans le sens des courants marins et enterre plus profondément ses câbles pour devenir " compatible avec toutes les activités de pêche ".

    " Ces aménagements représentent pour nous plusieurs millions d'euros d'efforts sur trente ans ", assure Jean-Mathieu Kolb, directeur des activités offshore à la Compagnie du vent. Pas sûr que cela suffise. Le maire du Tréport s'est dit incrédule devant " quelques promesses, mais aucune assurance " pour les 240 marins pêcheurs de la région du Tréport et le millier d'emplois indirects liés au secteur.

    Si la dernière mouture du projet réduit de moins d'un millième le territoire de pêche des chalutiers, répondant à une partie des inquiétudes, le Comité régional des pêches de Haute-Normandie, assure que le parc éolien va détruire " une zone très poissonneuse où travaillent de nombreux navires, avec des conséquences pour les habitats marins et des conflits d'usages pour les professionnels ".

    La coopérative locale des pêcheurs souligne que la zone deviendra, malgré tout, " difficilement accessible " aux chalutiers comme à la plaisance. Surtout, quelles que soient les garanties, " dès le premier accident, il sera interdit d'y poser lignes et filets ". " On n'ira pas pêcher, même si c'est autorisé ", estime-t-elle. Les pêcheurs sont rejoints par les chasseurs, nombreux en Picardie, inquiets pour les oiseaux migrateurs que les pales pourraient prendre au piège.

    " La Compagnie du vent décidera de la suite du projet une fois que la Commission du débat public aura rendu son rapport ", précise M. Kolb. Le projet n'en est qu'à une phase préliminaire. " Nous attendons de connaître les conditions de l'appel d'offres national annoncé par le gouvernement pour savoir si nous sommes candidats ", insiste le directeur des activités offshore.

     

    L'Etat doit lancer, dans les prochaines semaines, un appel d'offres visant à construire quelque 600 éoliennes au large des côtes françaises. Un investissement de 10 milliards d'euros qui portera sur l'installation de 3 000 MW. A l'horizon 2020, le gouvernement entend porter la puissance totale de l'énergie éolienne en mer à 6 000 MW, soit un investissement " de 15 à 20 milliards d'euros ", si on prend en compte les réductions de coût à venir, selon le ministère de l'écologie.

    Ce programme vise à rattraper le retard de l'Hexagone : malgré ses 5 800 kilomètres de côtes pour la seule métropole, la France ne compte aucune éolienne offshore, quand on en dénombrait, fin juin, quelque 950 chez ses voisins européens. Il ambitionne aussi de favoriser la constitution de filières industrielles créatrices d'emplois.

    Avant cela, le gouvernement doit dévoiler sa sélection d'une dizaine de " zones propices ". Une cartographie explosive, tant les oppositions sont vives. " Nous sommes dans la phase finale de la concertation, animée par les préfets de région sur les cinq grandes façades maritimes, pour définir les contours de ces zones tout en respectant l'ensemble des activités, en intégrant tous les points de vue ", indique-t-on au cabinet du ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo.

    Une réunion doit ainsi décider, lundi 13 septembre, du sort de l'éolien marin en Bretagne. Dans cette région qui ne produit que 8 % de sa consommation d'électricité, deux parcs sont aujourd'hui à l'étude, au large de Saint-Brieuc et de Saint-Malo. Là aussi, la contestation est forte. Et les comités des pêches ont proposé de fondre les deux zones en une seule de 75 kilomètres carrés, peu fréquentée par les bateaux, 10 kilomètres plus au large. Un choix plus coûteux, plus risqué. Le préfet devra trancher.

    En Vendée, c'est le président du conseil général, Philippe de Villiers, qui lutte pied à pied contre le projet de la société WPD d'implanter 120 éoliennes entre l'île d'Yeu et Noirmoutier. " La prolifération des projets et le manque de visibilité ont freiné le développement de l'éolien marin. Par la planification, la concertation, le regroupement des parcs en grands ensembles, on espère dissiper les craintes ", explique un conseiller de M. Borloo.

    Le risque : reproduire le fiasco du précédent appel d'offres, en 2004. Le seul projet retenu, celui d'Enertrag, au large de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime), est paralysé depuis par les recours devant le tribunal administratif.

    Grégoire Allix et Etienne Banzet (au Tréport)


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