• Espagne : Dans la récession jusqu’au cou

    Dans la récession jusqu’au cou

    Objet d’admiration encore tout récemment, le pays est en passe de devenir l’un des malades de l’Europe, s’inquiète le grand quotidien libéral de Barcelone. Et ni le gouvernement ni l’opposition ne semblent à la hauteur des enjeux.

    17.09.2009

    L’Espagne va mal. L’année 2009 se clôturera sur une très forte chute de l’activité économique, déjà évaluée à près de 4 points du PIB. La dernière progression, une croissance de 3 %, avait été enregistrée en 2007, brillant point d’orgue de quatorze années consécutives de dynamisme enviable, une période de grande activité immobilière qui a occulté les graves problèmes de compétitivité de l’économie espagnole.

    Du cercle vertueux, nous voilà glissant vers le cercle vicieux à une vitesse vertigineuse. Le PIB s’effondre, le chômage s’emballe pour atteindre quasiment le double de la moyenne des pays de la zone euro (18,1 % contre 9,5 %). Il n’est pas un seul spécialiste international, pas même le célèbre Paul Krugman, Prix Nobel d’économie en 2008, pour oser esquisser des perspectives optimistes pour l’économie espagnole. L’observation froide et sereine des statistiques conduit à la conclusion que l’Espagne, hier érigée en objet d’admiration et en modèle, est en passe de devenir l’un des “hommes malades de l’Europe”. Les chiffres fournis il y a quelques jours par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont à cet égard très préoccupants : si la récession commence à marquer le pas dans les grandes forteresses industrielles de l’Europe (Allemagne, France et Italie essentiellement), on ne constate pratiquement pas de signaux de reprise en Espagne.



    les séquelles de l’éclatement de la bulle immobilière

    L’Espagne va mal. Nous nous éloignons de l’Europe, alors que nous sommes sur le point d’en prendre la présidence pour six mois à partir de janvier 2010 et que le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero s’apprête à faire de cette présidence le grand défi politique d’un mandat qui fait eau de toutes parts. Nous nous accrochons à l’Europe alors que les illusions du gouvernement s’évanouissent dans le miroir européen. Combien de temps l’Allemagne, <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname> et l’Italie supporteront-elles le poids de notre déficit public galopant ? Si l’Espagne devient un poids mort pour les principaux pays de l’Union, cela finira par avoir un prix : l’euro n’est pas élastique. Qu’il est loin déjà le temps où l’Espagne se pavanait devant l’Italie [fin 2007, Eurostat indiquait que le pays était passé pour la première fois devant l’Italie en termes de PIB par habitant], envoyait de cinglants avertissements à <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname> [en raison de son déficit excessif] et rêvait même secrètement de rattraper l’Allemagne ! Ces souvenirs sont risibles, mais ces épanchements de nouveau riche sont encore tout récents. L’Espagne va mal, et la difficile convergence avec l’Europe est menacée depuis 2008. Telle est la principale donnée de l’année politique qui commence. Certes, on observe de petits signes de reprise dans le pays, mais ce sont des pousses très fragiles, qui risquent de geler sous l’effet de la lente réanimation des grandes économies de la planète. Car un autre paradoxe se profile à l’horizon : si la reprise internationale se confirme, il est très possible que les prix du pétrole, des matières premières et du crédit repartent à la hausse, même lentement. Cela pourrait faire du tort à une Espagne qui ne s’est pas encore remise de l’éclatement de la bulle immobilière. Une énergie plus chère et des taux d’intérêt plus élevés pourraient provoquer une nouvelle dégradation de l’état du patient et nous éloigner encore un peu plus du peloton de tête européen.

    L’Espagne va mal, et la situation politique commence à préoccuper sérieusement une grande majorité des Espagnols. Le Premier ministre Zapatero n’est pas coupable de la crise, mais c’est à lui qu’incombe la responsabilité du diagnostic et du traitement de l’une des conjonctures les plus difficiles qu’ait connues le pays depuis la fin du franquisme [en 1975]. La politique du gouvernement s’articule autour de trois axes, jusqu’ici radicalement conjoncturels : éviter l’affrontement avec les syndicats, consolider le flanc gauche de l’électorat (en partant du principe que le vote anti-Parti populaire [opposition de droite] reste un ciment efficace) et recourir au déficit public pour éviter une grande tragédie sociale à court terme. Il enchaîne les mesures palliatives [plan de relance, aide aux chômeurs en fin de droits, etc.], en attendant que la tempête économique se calme.

    Beaucoup – à droite, au centre et au centre gauche, chefs d’entreprise, professions libérales et salariés – estiment aujourd’hui que cette politique est insuffisante et erronée. Beaucoup continuent d’espérer que le Premier ministre osera regarder la société dans les yeux et lui proposera des réformes de fond, pas des cataplasmes médiatiques. Le grand défi est de déterminer s’il reste encore à l’Espagne suffisamment de force de propulsion pour se maintenir dans le peloton de tête de l’Union européenne. Mais, pour cela, il faut davantage d’autorité politique, davantage d’idées et de courage, davantage de souffle et d’épaisseur. Malheureusement, Zapatero perd des soutiens au lieu d’en gagner. Malheureusement, l’opposition attend, dans la position du bouddha, <st1:personname productid="la Berezina" w:st="on">la Berezina</st1:personname> gouvernementale sans oser exposer clairement son programme à elle. Malheureusement, nous nous éloignons de l’Europe.

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    Impôts

    “Nous voulons que les citoyens paient moins d’impôts […]. C’est cela être de gauche au XXIe siècle”, affirmait, en 2005, le Premier ministre socialiste Zapatero devant les instances de son parti – le pays était alors florissant. Désormais, il juge “raisonnable et solidaire” d’alourdir la fiscalité, et il a annoncé, le 9 septembre, une hausse d’impôt équivalant à 1,5 % du produit intérieur brut (PIB), pour financer les dépenses sociales et contrer l’envolée des déficits publics. Ce énième revirement du gouvernement a suscitédes commentaires acerbes jusque dans les colonnes d’El País, réputé proche des socialistes.


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