• ................et celle qui n’en veut plus

    et celle qui n’en veut plus

    Garrett Gruener | Los Angeles Times

     


     

    Je suis un entrepreneur et un professionnel du capital-risque. Ces trente dernières années, j’ai créé des sociétés qui ont bien marché et d’autres un peu moins. Dans l’ensemble, je suis fier que mes investissements aient créé des emplois et débouché sur des innovations intéressantes. J’ai réussi financièrement et j’appartiens à l’Amérique des plus gros revenus. Depuis près d’une décennie, je bénéficie du taux d’imposition sur le revenu le plus bas de toute ma carrière. Il était auparavant bien plus élevé. Et si vous voulez connaître mon point de vue ­d’entrepreneur, en toute honnêteté, ces fluctuations n’ont jamais influencé l’usage que j’ai fait de mon argent. Aucun de mes investissements n’a été déterminé par l’impôt sur le revenu que je devais payer. Il y a presque dix ans, le Président George W. Bush et ses amis républicains au Congrès ont décidé une baisse spectaculaire du taux marginal d’imposition, une réduction qui a surtout profité aux plus riches. On nous avait vendu cette mesure comme un accélérateur de croissance et de création d’emplois. Résultat, la décennie a été marquée par un marché du travail anémique, une stagnation des salaires, une baisse des revenus et une hausse des inégalités.

    Quand les inégalités se font trop fortes, les riches finissent par trop épargner, tandis que la classe moyenne ne peut se permettre de dépenser, à moins de s’endetter à outrance. L’insuffisance de la demande fait alors caler l’économie. Je pense que ce n’est pas une coïncidence si les deux pics les plus élevés en matière d’inégalité des revenus aux Etats-Unis ont eu lieu en 1929 et en 2008, et si les années suivantes ont, dans les deux cas, été caractérisées par une faible activité économique et par un chômage important. Depuis Henry Ford, qui tenait à ce que ses employés aient les moyens de s’acheter les voitures qu’ils fabriquaient, les entrepreneurs américains savent bien qu’une économie florissante n’a pas seulement besoin d’investisseurs, mais aussi de gens qui puissent acheter les biens et les services créés par les entreprises. Pour que notre économie se porte bien, il faut que les Américains moyens se portent bien.

    Au moment où les mesures fiscales de Bush arrivent à échéance, les républicains nous expliquent de nouveau que les riches doivent être faiblement imposés. Non. Le Congrès doit entériner la fin des cadeaux fiscaux faits aux plus fortunés et investir le produit des recettes ainsi générées dans les infrastructures et la recherche. Investir est le mot juste. En injectant des fonds dans les infrastructures (routes, ponts, accès Internet à haut débit, réseaux de distribution d’électricité intelligents et transports publics) et dans des programmes de recherche soigneusement choisis, on jette les fondations de la croissance future. En outre, et c’est tout aussi important, on place cet argent dans les mains de ceux qui le dépenseront, engendrant ainsi une demande qui nous permettra d’entrer dans un nouveau cycle de croissance.

    Personne n’aime payer des impôts. Mais nous devrions aujourd’hui avoir compris que pour le bien du pays, il faut taxer plus fortement les gens comme moi. Il faut au moins revenir aux niveaux de l’ère Clinton. En appliquant simplement aux 2 % des Américains les plus riches les taux d’imposition auxquels ils étaient soumis à l’époque, on pourrait réduire le déficit de 700 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Il est vraiment temps de me taxer davantage.
     

    L'auteur :

    Après avoir participé à la fondation du moteur de recherche sur Internet Ask.com, Garrett Gruener dirige désormais la société de nanotechnologies Nanomix, ainsi que la société de capital-risque Alta Partners. Il fait par ailleurs partie du comité consultatif du New Democrat Network, groupe de réflexion de centre gauche.


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