• Etats-Unis : le débat sur l'immigration se durcit et embarrasse M. Obama

    Etats-Unis : le débat sur l'immigration se durcit et embarrasse M. Obama

    Les républicains veulent faire de la lutte contre les clandestins leur cheval de bataille aux élections
    New York Correspondant
     

     

    S'agissant des immigrés, Barack Obama n'aime pas les démagogues. Il y a quelques jours, un tribunal fédéral local avait suspendu les clauses les plus controversées d'une loi, votée par le Congrès de l'Arizona, qui durcissait la répression de l'immigration clandestine sur son territoire, proportionnellement la plus importante des Etats-Unis.

    Interrogé, samedi 31 juillet, par la chaîne CBS, le président américain a justifié l'arrêt de cette cour. Il a dit " comprendre la frustration des habitants de cet Etat ", mais, a-t-il ajouté, " on ne peut pas faire de démagogie sur un tel sujet ". Signée fin avril par la gouverneure Jan Brewer, cette loi faisait de la présence illégale d'un immigré un délit. Elle autorisait aussi les représentants de l'ordre locaux à vérifier la légalité du séjour de quiconque pouvait être suspecté d'être en situation illégale.

    La loi a instantanément été jugée discriminatoire par beaucoup qui y ont vu une légalisation des " contrôles au faciès " de la totalité des Hispaniques - soit le tiers de la population de l'Arizona.

    M. Obama a laissé entendre que la répression n'est pas la solution au problème posé par les clandestins. Mais il a surtout argué que la politique migratoire est " un enjeu d'ordre national " du ressort de Washington. Et il a fustigé le point de vue de ses adversaires : " On ne peut pas laisser agir 50 Etats différents ; des villes et des localités, ou quiconque veut se faire un nom, en disant soudainement "Moi je vais être contre les immigrés et je vais voir si je peux résoudre le problème par moi-même". " Dans la plainte qu'elle avait déposée pour bloquer l'application de la loi " anti-clandestins " en Arizona, la Maison Blanche rappelait que l'immigration est une affaire de " sécurité nationale ".

    Etat central " défaillant "...

    Déterminée, Mme Brewer, soulignant l'" urgence " du problème, a tenté d'obtenir en référé une décision du tribunal d'appel l'autorisant à appliquer les clauses suspendues de sa loi tant que la justice n'a pas statué sur le fond. Elle a de nouveau échoué. Un juge a fixé le débat sur le fond à... la première semaine de novembre, durant laquelle auront lieu les élections qui renouvelleront la totalité de la Chambre, un tiers des sénateurs et 37 postes de gouverneurs, dont celui de Mme Brewer. Celle-ci se dit prête à aller devant la Cour suprême pour défendre son point de vue : quand l'Etat central est " défaillant ", qu'il refuse ou est incapable d'assumer ses engagements - soit, selon elle, lutter énergiquement contre l'immigration clandestine -, il est du devoir d'un Etat fédéré et de ses citoyens de prendre leur destin en main.

    Mme Brewer sait n'avoir aucune chance de l'emporter sur le plan juridique. Mais, politiquement, elle joue sur du velours : le rejet de l'intervention de Washington dans la vie publique locale est un classique efficace de la politique conservatrice aux Etats-Unis. Et des études indiquent que de plus en plus d'Américains sont sensibles aux sirènes anti-immigrés, dans une situation anxiogène où le pays semble s'installer dans un chômage structurel durable. Selon un sondage CBS publié mi-juillet, une nette majorité (57 %) soutient les mesures incluses dans la loi qu'avait promulguée l'Arizona (un sondage Pew, en juin, donnait même 64 %).

    " Question diabolique "

    En se positionnant comme il le fait, M. Obama prend donc un risque politique. Car, au sein du Parti républicain, la pression monte pour faire de l'immigration un enjeu majeur des élections de mi-mandat du 4 novembre. Certes, avec des résistances : Arnold Schwarzenegger et Rick Perry, respectivement gouverneurs républicains de Californie et du Texas, les deux premiers Etats en nombre d'immigrés mexicains, ont clairement manifesté leur hostilité à l'adoption d'une législation de ce type. De fait, les clandestins font " tourner " des pans entiers de l'économie des Etats frontaliers : pétrole, bâtiment, hôtellerie-restauration et agriculture en tête.

    Mais, dans une vingtaine d'Etats, des élus républicains entendent promouvoir des lois similaires à celle votée en Arizona. C'est le cas au sud du pays (Texas, Floride, Alabama...), mais aussi au nord, dans le Michigan ou en Pennsylvanie, par exemple. Partout, leurs promoteurs misent sur la montée du sentiment anti-immigrés.

    En Arizona même, le républicain John McCain, réélu depuis vingt-trois ans au Sénat dans sa circonscription, est menacé, dans une élection primaire, par un adversaire de la droite dure, J. D. Hayworth, l'accusant de " soutenir Obama " sur la question des clandestins.

    L'argument a porté : dans ses spots de campagne, M. McCain, jadis tolérant, clame désormais son soutien à la manière forte contre les clandestins. M. Obama, écrivait dimanche le Washington Post, pourrait se retrouver piégé par " une question diabolique qu'il a tout fait pour éviter ".

    Sylvain Cypel

    • Estimations

      Sans-papiers Dits " undocumented " (sans document autorisant leur résidence), 11 à 14 millions de clandestins vivent aux Etats-Unis.

      Flux Chaque année, un million de personnes (des Mexicains à 90 %) tentent de traverser la frontière sud des Etats-Unis. Quelque 40 % sont capturés et renvoyés. En 2009, 209 tentatives se sont soldées par le décès d'un clandestin.

      Arizona Cet Etat compte moins d'illégaux que celui de Californie, de New York ou du Texas, mais il en accueille la proportion la plus importante : 460 000 environ pour 6,6 millions d'habitants.

    • Le soutien des Latinos au président américain s'effrite

      Selon des études récentes, le soutien de la population hispano-américaine à Barack Obama recule. Elle a voté pour lui à 67 % en novembre 2008, contre 31 % au républicain John McCain. Aujourd'hui, M. Obama reste le dirigeant le plus populaire à ses yeux, mais son taux d'opinions favorables est tombé chez les Hispaniques de 73 % en février 2009 à 57 % (44 % en moyenne dans la population américaine), selon l'institut Public Policy Polling. Un sondage Associated Press/Univision voit cette adhésion reculer de 66 % en mai à 53 %. Surtout, seuls 43 % des Hispaniques estiment désormais que M. Obama mène une politique conforme à leurs besoins. Les deux motifs de cette désaffection, selon l'étude, sont la dégradation de l'emploi et le report de l'adoption d'une politique migratoire plus favorable.


    • Pas seuleument en France, malheuresement


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :