• Europe : la crise de foi des marchés financiers

    Europe : la crise de foi des marchés financiers

    L'euphorie n'aura pas duré longtemps. Vendredi, les places financières mondiales rechutaient lourdement, surtout en Europe. Si les doutes reviennent, c'est que le différentiel de croissance en défaveur de l'Europe inquiète : sans croissance, dettes et déficit resteront très élevés. L'euro, quant à lui, faisait un nouveau plongeon, sous les 1,24 dollar.

    Moins d'une semaine après le plan de sauvetage européen, le doute revient sur les places financières. Entre lundi et vendredi, les marchés sont passés de l'euphorie outrancière, avec une des plus fortes hausses de l'histoire sur une journée, au pessimisme probablement excessif. Comme si les 750 milliards d'euros promis par les pays de la zone euro avaient été oubliés en quelques jours.

    Quelques jours où, de surcroît, les pays membres de l'unon monétaire ont annoncé de sérieux efforts de rigueur budgétaire, qui auraient dû rassurer sur leur détermination à traiter leurs fnances publiques malades. Portugal et Espagne, notamment, qui étaient visés par la spéculation, se sont engagés a réduire les dépenses et à lever de nouvelles taxes.

    Rien n'y a fait :toutes les places européennes ont sérieusement dévissé vendredi après-midi, les chutes s'étageant entre 3% et 7%, les valeurs bancaires étant les plus attaquées (voir autres articles de la section "Marchés"). L'euro, quant à lui, cassait à la baisse le seuil de 1,24 dollar vendredi en fin de journée, atteignant ce niveau pour la première fois depuis octobre 2008.

    L'effet Barroso

    Si les marchés doutent, c'est que la cacophonie politique, état quasi-naturel en Europe, s'est poursuivie, après le bref instant d'unité de dimanche dernier, lors du sommet exceptionnel de Bruxelles. Dimanche, tous les chefs d'Etat réclamaient davantage de coordination. Et jeudi, alors que José Manuel Barroso, le président de la Commission, proposait de renforcer le contrôle par Bruxelles sur les projets de budgets des états, les critiques se sont déchaînées.

    Toujours le même paradoxe : les Etats sont d'accord pour le "gouvernement économique" européen mais pas pour céder leurs prérogatives aux institutions européennes. Comprenne qui pourra...

    Vendredi, le président de la Bundesbank, Axel Weber, a alimenté les inquiétudes ambiantes en soulignant la persistance de risque dans le système financier européen. Avant lui, l'ex-patron de la Fed, Paul Volcker, avait évoqué "le grand problème de la désintégration possible de l'euro".

    Montée inexorable

    Plus grave, les plans de rigueur eux-mêmes alimentent les craintes sur la reprise en Europe : sans croissance, pas de recettes fiscales, donc pas de réduction de déficit. Les marchés, après avoir implicitement demandé des efforts sur les finances publiques, s'alarment de leurs effets sur la conjoncture...

    C'est le scénario d'une crise la japonaise qui se profile désormais sur le Vieux continent : une longue période de croissance zéro, les économies et le système bancaire étant soutenus à bout de bras par les manoeuvres peu orthodoxes de la Banque Centrale, tandis que la dette poursuit sa montée inexorable.

    Le Fonds monétaire avertissait, vendredi en fin de journée : "des niveaux d'endettement public pourraient peser sur la croissance économique pendant des années". Si les pays développés ne reviennent pas au niveau de dette qu'ils avaient avant la crise, poursuivait l'organisme de Washington, leur potentiel de croissance pourrait être diminué de plus de 0,5% par an.

    Plus de cartouche

    Même la BCE, dont les achats d'obligations publiques ont été un aspect déterminant du plan de sauvetage, ne parvenait plus à rassurer. Comme si tout le monde prenait conscience, à la veille du week-end, que Jean-Claude Trichet n'avait désormais plus aucune cartouche dans sa gibecière, si la planète financière devait connaître un nouvel accident.

    François Lenglet


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