• Face aux nouvelles règles, les banques de Wall Street commencent leur mue

    Face aux nouvelles règles, les banques de Wall Street commencent leur mue

    La réforme voulue par Barack Obama vise à limiter les opérations spéculatives des établissements
     

    C'était l'un des objectifs majeurs de Barack Obama. Face à une Amérique en colère contre les banques de Wall Street, accusées d'avoir provoqué la crise, le président comptait calmer, si ce n'est éradiquer, la spéculation. Un mois après l'adoption par le Congrès de " la plus vaste réforme de la régulation financière depuis les années 1930 ", son pari est-il sur le point d'être gagné ?

    Les banques américaines disposent de plusieurs années pour se mettre en conformité avec cette loi sur la régulation financière. Mais la plupart semblent déjà en ordre de marche. Notamment Goldman Sachs, que certains avaient fini par qualifier de gros hedge fund (fonds spéculatif). Comme Morgan Stanley, Citigroup, Bank of America ou JP Morgan, l'établissement travaille avec les plus grands juristes pour identifier la procédure à suivre, celle qui affectera le moins ses profits.

    L'enjeu majeur ? Se plier à la " règle Volcker ", du nom de l'ex-président de la Réserve fédérale américaine (Fed) devenu conseiller de M. Obama. Cette mesure, qui s'inspire de façon très édulcorée du Glass-Steagall Act des années 1930, impose aux banques de dépôt et aux banques holding des limites strictes à leurs activités dites de trading pour compte propre. En clair, elles devront cesser de jouer sur les marchés avec leur argent pour éviter, en cas de catastrophe, d'éponger leurs pertes via le contribuable.

    Ce métier, qui emploie les traders les plus brillants - payés en conséquence -, est très risqué mais aussi très rémunérateur. " En moyenne, cela représente 80 % des profits de la banque pour 20 % de ses revenus ", indique un banquier. La nouvelle loi impose aussi aux établissements d'investir moins de 3 % de leur argent dans des fonds spéculatifs ou de capital-investissement.

    Pour répondre à ces exigences, les banques étudient différentes options. Goldman Sachs envisage ainsi de déplacer son activité de trading pour compte propre dans un hedge fund indépendant, ou de rapatrier cette entité dans un pôle de gestion d'actifs (asset management) dédié à sa clientèle.

    Si une telle transformation n'éradique pas la spéculation, elle induit pour la banque un changement de rémunération. L'établissement ne touchera plus directement les profits engrangés sur les marchés mais sera payé par les commissions versées par ses clients. Pour l'heure, aucun choix n'est arrêté. " Nous étudions toutes les options ", ne cesse de répéter " La Firme ". Même discours chez Morgan Stanley, pour qui " cette réforme est comme un voyage et l'on n'est pas encore à destination ".

    Bank of America, elle, a déjà engagé une série de cessions d'activités et envisage de réduire sa participation dans le gestionnaire d'actifs BlackRock.

    Chez Citigroup, un groupe de travail évalue les impacts de la loi sur tous les métiers de la banque. Et une équipe de traders pour compte propre a été déplacée vers un hedge fund dédié à ses clients. Mais contrairement à ses concurrentes, la banque estime avoir déjà fait l'essentiel du travail. " Au moment de la crise, sous tutelle de l'Etat, nous avons dû céder des activités très lucratives. Le Trésor avait 27 % du capital, nous n'avions pas le choix ", note Jean-Claude Gruffat, directeur général de Citigroup France. La banque a ainsi dû lâcher à contrecoeur Phibro, une filiale réputée et très rentable dans le négoce de matières premières. In fine, la loi " rétablira une certaine équité dans la concurrence ", se réjouit presque M. Gruffat.

    Cessions d'actifs

    Que ces établissements travaillent d'arrache-pied à s'adapter à cette réforme peut surprendre. Jusqu'ici, la profession menait un lobbying intense contre ce texte, accusé de mettre en péril la croissance. L'argument : la réforme, coûteuse pour les banques, réduirait leur capacité à prêter, soit à financer l'" économie réelle ".

    Mais Wall Street a-t-il le choix ? Ceux qui refuseraient de se plier à ces contraintes n'auront plus recours au financement de la Fed. Or ce dispositif est vital. Durant la crise, quand les banques rechignaient à se prêter entre elles, Goldman Sachs et Morgan Stanley, aux abois, ont changé de statut pour avoir cette bouée de sauvetage. " Il n'est pas question de revenir en arrière, c'est un choix irrévocable ", indique-t-on chez Morgan Stanley.

    En outre, les banques, et Goldman Sachs en particulier, jouent leur réputation. " Goldman a été étrillée depuis la crise et tente de se refaire une virginité ", note un expert. Parmi d'autres griefs, " la Firme " a été accusée par le régulateur américain, la SEC, d'avoir spéculé à la baisse sur les crédits subprimes au détriment de ses propres clients." Les traders avaient pris le pouvoir sur les banquiers d'affaires. Or les premiers n'ont qu'une priorité, faire un maximum de profits sans toujours se soucier du client. C'est peut-être en train de changer ", juge cet expert.

    Plus fondamentalement, si les banques paraissent si disciplinées, c'est aussi parce que la réforme sera sans doute bien moins coûteuse que redouté. Ainsi, pour Thomas Philippon, professeur de finance à l'université Stern de New York, la mise en conformité des banques à la règle de Volcker se traduira par une " baisse réelle mais limitée " de leurs profits. Les activités cédées seront remplacées par d'autres, elles aussi rentables.

    Quant aux autres volets de la réforme (hausses des exigences de fonds propres...), les études qui prédisent une baisse de rentabilité sont, dit-il, " tronquées ". " En deux ans, le marché se sera adapté à ce nouveau fonctionnement et les banques retrouveront les mêmes niveaux de rentabilité. "

    Claire Gatinois


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