• FMI et coordination globale

    FMI et coordination globale

    Michael Spence


     

    NEW YORK – Avant la crise de 2008, le Fonds Monétaire International était sur le déclin. La demande de prêts était faible, le laissant quelque peu démuni. Les crises cambiaires de la fin des années 90 ont entretenu la méfiance de l’Asie à son encontre. L’incontestable expertise de ses analystes financiers a été fragilisée par des réductions de personnel.

    La crise a tout changé. Elle a mis en évidence le fait que le FMI a un rôle crucial à jouer dans la gestion de l’instabilité induite par la crise. En outre et compte tenu de l’expertise multinationale conséquente et établie du Fonds, ses activités sont essentielles pour parvenir à des solutions globales coopératives aux problèmes économiques et financiers. Sans ces solutions, le système est condamné à des instabilités périodiques, peu viables et destructrices à terme, tel que celle que nous venons de traverser.

    Le FMI est utile pour des raisons essentielles. L’une d’elle concerne la réponse à la crise. Dans le genre de bouleversement financier comme celui que nous venons de traverser, les flux de capitaux évoluent de manière dramatique et radicale, entrainant des difficultés de crédit, de financement et de balance des paiements, ainsi qu’une volatilité des taux de change. S’ils ne sont pas traités, ces problèmes peuvent causer d’importants dommages dans nombre de pays, dont la plupart ne sont que simples spectateurs. 

    Le système doit être doté de disjoncteurs sous la forme de prêts et de mouvements de capitaux pour réduire la volatilité et maintenir l’accès au financement dans l’ensemble du système. Un FMI mieux doté, bien mieux qu’avant la crise, devrait être capable de combler cette facilité de garantie - similaire à ce que les banques centrales font (et ont fait pendant la crise) pour empêcher un arrêt du crédit et l’inévitable et excessif dommage économique qui en résulterait.

    La nouvelle Ligne de crédit flexible du FMI rempli cette fonction mais pour les pays dont la notation est AAA. Un programme répondant aux besoins des pays les plus vulnérables est en construction. Le défi sera de trouver le bon équilibre entre accord préalable, conditionnalité minime et rapidité.

    Dans le même temps, même s’il est important de définir les mécanismes appropriés de réponses à la crise, cela ne suffit pas. Le FMI est à l’épicentre d’un ensemble de défis de coordination globale de grande ampleur. Initialement boudé, le FMI a assumé un rôle clé dans le financement – et surtout, dans la mise en place - de programmes de stabilisation budgétaire pour les pays périphériques à l’Union Européenne. Ces programmes sont nécessaires pour limiter la contagion et restaurer la stabilité dans la zone euro, dans l’attente de réformes institutionnelles plus profondes qui répondront à l’interdépendance budgétaire de l’union monétaire.

    La question la plus importante dans l’ordre du jour économique global – rééquilibrer et restaurer la demande globale – constitue un défi de coordination par excellence. La soudaine contraction dans l’excès de consommation aux Etats-Unis induite par la crise fait qu’il est d’autant plus urgent de s’atteler à ce défi. Sans un programme visant effectivement à un rééquilibrage, la croissance restera atone et l’emploi difficile à relancer de manière pérenne.

    Les programmes gouvernementaux de relance ont une incidence limitée sur la relance de la demande. L’économie mondiale a besoin que les pays en surplus soutiennent la croissance et découragent l’épargne – une tâche difficile. Il faut aussi que les pays déficitaires (et plus généralement les pays avancés) développent et mettent en place des stratégies de croissances crédibles impliquant des changements structurels et une stabilisation budgétaire.

    Le G20 est désormais l’organe approprié pour établir les priorités et prendre les décisions qui conviennent pour surmonter ce genre de défi, dans la mesure où le G7 ne peut désormais plus assumer ces fonctions. Les principales économies émergentes sont trop importantes pour être exclues de cette démarche de coopération internationale. La crise a aussi permis de convaincre la plupart d’entre nous que toute solution qui ne serait pas obtenue en coopération est vouée à être inefficace en terme de croissance, de stabilité et de pérennité.

    Le G20 peut avoir le discours approprié sur la coopération. Mais, pour y parvenir, il lui faut un secrétariat compétent, crédible et efficace. C’est le FMI.

    Le Processus d’évaluation mutuel dont ont convenu les pays du G20 est une composante essentielle du programme de rééquilibrage car c’est par ce biais que les éléments d’une stratégie coopérative pour la croissance seront identifiés, évalués et rassemblés.

    Si cela fonctionne, il en émergera des engagements des pays du G20 pour mettre en place les mesures qui seront bénéfiques pour le plus grand nombre – à condition que tous respectent leurs engagements. Les Etats-Unis pourraient réduire leurs déficits plus rapidement que dans un cadre non coopératif, mais uniquement si les pays en surplus ouvrent pour décourager l’épargne.  

    Retrouver l’équilibre n’est pas le seul impératif coopératif. Le système de change international est en partie rompu. Le vieux système hybride – par lequel les pays avancés opéraient avec des taux de change flottants et des comptes de capitaux ouverts tandis que les pays en développement géraient le taux de change par le biais du contrôle des capitaux et l’accumulation de réserves comme outils stratégiques de croissance – a fonctionné tant que les effets systémiques des marchés émergents étaient relativement minimes.

    Cette époque est révolue. Les distorsions et la mutualisation des problèmes sont voués à s’intensifier compte tenu du fait que les principales économies émergentes gagneront en ampleur et en taille de leur retour à une croissance rapide ; et aussi du fait que les pays avancés traverseront une période de performance atone.

    Un nouveau système est nécessaire pour répondre aux besoins des économies émergentes, ainsi qu’aux intérêts des pays avancés ; un système dans lequel les taux de change sont maitrisés mais ajustés selon des critères qui permettent d’équilibrer la croissance intérieure et la stabilité internationale. Le FMI sera au cour de la conception et de la mise en place de ce nouveau système, quel qu’il soit, par mandat et compte tenu de sa compétence.

    Le FMI joue d’ors et déjà un rôle constructif en Europe dans sa coopération avec l’Union Européenne ainsi que dans le rétablissement des relations avec l’Asie. Il est bien mieux capitalisé qu’avant la crise et ses structures de gouvernance sont en cours de réforme afin de donner plus de voix stratégique et politique à ses membres des marchés émergents.

    Tout cela est nécessaire pour permettre au Fonds d’assumer les fonctions de coordination internationale pour lesquelles il est le seul à être convenablement équipé. Même avec un FMI ayant autorité, les problèmes restent déstabilisants. Mais sans lui, le G20 ne serait qu’une arène de débats, pavée de bonnes intentions mais sans moyens réels pour les réaliser.

    Michael Spence est professeur en économie à Stern School of Business de l’Université de New York et membre de la  Hoover Institution de l’université de Stanford.

    Copyright: Project Syndicate, 2010.
    www.project-syndicate.org

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