• France et Allemagne, soeurs de raison

    France et Allemagne, soeurs de raison

     

    On le sait, cela fait des années que ça dure, et on continue à s'en étonner : culturellement, politiquement, économiquement, socialement, jusqu'à la manière qu'ont les piétons de traverser aux feux rouges, l'Allemagne et la France ont peu en commun. Unis par une même responsabilité - renforcer l'influence de l'Union européenne (UE) et la stabilité de la zone euro -, les deux pays n'en partagent pas la même philosophie et divergent sur les mécanismes.

    De crise en crise, chacun donne des gages de bonne volonté. A Berlin, lundi 14 juin, Nicolas Sarkozy a renoncé à la mise en place d'un secrétariat permanent de la zone euro destiné à harmoniser les politiques budgétaires, qui aurait été un vis-à-vis à la Banque centrale européenne (BCE). La chancelière, de son côté, s'est ralliée aux plans d'aide à la Grèce, contraires au principe de discipline de l'euro auquel l'Allemagne est identitairement attachée. Concessions douloureuses : chacun rêve de construire une Europe qui lui ressemble et de modeler à son image la personnalité du voisin.

    Entre la France et l'Allemagne, soeurs de raison, le bât blesse d'abord sur la politique budgétaire. L'Allemagne " rigoureuse ", accusée d'égoïsme, aimerait une France plus disciplinée dans la tenue de ses déficits ; la France, " solidaire ", accusée de laxisme, aimerait une Allemagne plus souple dans son obsession de l'austérité. Chaque fois qu'elle rencontre M. Sarkozy, Mme Merkel l'interroge, inquiète, sur l'état des réformes en France : le recul de l'âge de la retraite, la flexibilité de l'emploi, l'inscription dans la constitution d'un plafonnement des déficits, proposée par le président pour amadouer sa voisine.

    L'antagonisme des deux systèmes politiques est accentué par les personnalités des dirigeants. L'Etat central français est tout puissant, l'Etat fédéral allemand doit tout négocier. Mme Merkel est aussi réfléchie et indécise que M. Sarkozy est impulsif et volontariste. Elle doit faire avec des contre-pouvoirs qui la fragilisent : ses partenaires de coalition et les Länder. Il jouit de la quasi toute-puissance que lui confèrent les institutions de la Ve République. Elle : " Il faut que tu comprennes que je suis lente. " Lui : " J'agis, elle réfléchit. "

    Les Français, champions européens en dépenses publiques, croient dans les pouvoirs infinis de l'Etat. Les Allemands, lourds de leur mémoire, sont traumatisés à la fois par l'emprise de l'Etat sur l'individu et par le souvenir de l'inflation des années 1930. Ils ont désormais un souci nouveau, déterminant, inconnu en France : une démographie en déclin, qui fait de la réduction de la dette un impératif.

    La ligne de fracture en Europe n'est plus entre l'ouest et l'est, mais entre pays économiquement vertueux " à l'allemande " (au nord et parfois à l'est) et pays laxistes (au sud). Au milieu : la France. D'où les bisbilles entre Mme Merkel et M. Sarkozy sur la conception institutionnelle de l'UE. Dans la volonté du président de mettre en place un " secrétariat " des pays de la zone euro, la chancelière voit une stratégie française : celle de créer une Europe à deux vitesses et d'exercer une hégémonie de facto, sans les pays non membres de l'euro, sans ceux de l'est, où le marché allemand est influent, et sans ceux du nord, sensibles comme l'Allemagne à l'orthodoxie budgétaire.

    Les divergences entre les politiques économiques, liées aux querelles budgétaires, sont un autre sujet de conflit. La ministre française de l'économie, Christine Lagarde, a mis les pieds dans le plat. Elle a critiqué le sacro-saint " modèle allemand ", fondé sur la compétitivité et l'épargne, qui favorise les exportations au détriment de la consommation intérieure et pénalise les pays voisins européens.

    Les Allemands y ont vu l'expression d'une " jalousie " française face au décalage grandissant entre les deux économies. L'Allemagne, première économie européenne, est de plus en plus puissante sur la scène mondiale. Son décrochage inquiète la France, qui a perdu en compétitivité. Il n'aide pas non plus à régler la question, lancinante, du leadership en Europe.

    Marion Van Renterghem


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :