• Golden boys et Diables rouges

    Golden boys et Diables rouges

    Un groupe de riches supporteurs de Manchester United a lancé une offensive sur le club britannique endetté, propriété de la famille américaine Glazer


    Londres Correspondant

                Le bureau londonien de Jim O'Neill, économiste en chef de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, est décoré des fanions rouges et or de son club de foot fétiche, Manchester United. Pour l'instant. Car il devrait les enlever prochainement pour les remplacer par un attirail vert et jaune. Ces couleurs-là sont l'emblème des supporters de la célèbre formation du Lancashire qui veulent se débarrasser des actuels propriétaires, la famille américaine Glazer.

    Le 1er mars, ce natif de la troisième ville d'Angleterre, fils de postier à l'allure vaguement chiffonnée, lui ôtant cette raideur propre aux gens de la City, a lancé l'offensive contre le clan d'outre-Atlantique en vue de capturer la forteresse " Man U ". Motif invoqué : l'explosion de la dette de cette référence planétaire du foot depuis son rachat, en 2005.

    Pour arriver à ses fins, l'associé du prestigieux établissement financier a formé un consortium de financiers à son image, ultra-riches et supporters depuis l'enfance des " Diables rouges ". Baptisés les " chevaliers rouges " (Red Knights), ce groupe entretient un rapport passionnel avec le sport roi. Après une réunion secrète à Londres, cette confrérie très fermée a sonné la charge en faisant savoir qu'elle examine " la faisabilité d'un projet de reprise... dans l'idée d'une nouvelle forme d'actionnariat qui ne viserait pas seulement à rétablir les finances du club mais à mettre les supporters au coeur du dispositif ".

    Passion, pouvoir, argent... Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette saga une confrontation au sommet entre le monde, sans pitié, de la haute finance et celui, sans vergogne, du foot anglais. Depuis, sous les clameurs ferventes, Manchester United brûle et tout ce qui affecte cette institution affecte la Terre, ronde comme un ballon.

    Cette saison, " Man U " n'a jamais quitté le haut du classement du championnat et est bien placé en Ligue des champions. Son attaquant vedette, Wayne Rooney, est en super-forme. Le chiffre d'affaires et les bénéfices progressent. Mais le feu couve en raison du service faramineux d'une dette de 716,5 millions de livres (790 millions d'euros) dont le service absorbe la totalité du résultat opérationnel du club mancunien.

    En vue d'acquérir ce fleuron de la Premier League anglaise, les Glazer avaient dû contracter un emprunt complexe, dit PIK (payment in kind), plus coûteux que le prêt classique. Pour sortir du guêpier financier, en dépit de temps tumultueux sur le marché obligataire, les propriétaires ont lancé, avec succès, une émission de 504 millions de livres, en janvier.

    Il y a urgence, car parallèlement, sous l'effet de la crise, l'empire immobilier américain du clan chancelle. De surcroît, le patriarche octogénaire, Malcolm Glazer, est gravement malade. Ses deux fils, Joël et Avram, respectivement président et vice-président du club, sont des héritiers de la pire espèce, capricieux, lunatiques, déconcertants. Présents sur les gradins seulement lors des grands matches, les Glazer " juniors " sont dénués de toute fibre footballistique. Le sport favori du duo est le foot américain de haut rang disputé par des athlètes caparaçonnés et casqués.

    Pour Jim O'Neill pas de doute, les Glazer mènent le club dans le mur. En voyage en Chine, le banquier dénonce publiquement l'émission obligataire dont son employeur est pourtant l'une des banques conseils : " Je n'en ai cure car ma loyauté à "Man U" transcende tout. " Il est des choses qui ne se pardonnent pas. Devenu administrateur de " Man U ", en novembre 2004, le rêve d'une vie, Jim O'Neill a été " débarqué " sans ménagement par les Glazer six mois plus tard.

    Pour atteindre leur but, les " chevaliers rouges " disposent de nombreux atouts. Jim O'Neill a l'oreille de Sir Alex Ferguson, le mythique entraîneur du onze mancunien qui redoute l'effet des difficultés financières sur l'enveloppe salariale disponible. Par ailleurs, comme l'indique Hank Potts, analyste de la banque Barclays, " Jim est un incroyable opérateur avec un gros carnet d'adresses dans le monde entier qui est bien placé pour attirer des investisseurs étrangers dans cette aventure ". O'Neill est l'inventeur, en 2001, du concept des BRIC, l'acronyme désignant les marchés émergents affichant le potentiel de croissance le plus prometteur, le Brésil, l'Inde, la Chine et la Russie. Dans les milieux d'affaires d'Asie, d'où sont issus la majorité des sympathisants étrangers du club, c'est une star. Comme tout Goldmanien, c'est aussi un as du marketing qui sait faire feu de tout bois.

    Surtout, ce battant a gardé l'accent rugueux, le coup de gueule facile et la chaleur des gens du Nord ouvrier. Jim O'Neill peut compter sur l'appui du Manchester United Supporters'Trust et de ses 60 000 membres. Ils partagent sa vision consistant à créer l'équivalent des " socios " du Real Madrid, des abonnés du club à qui leur titre concède un statut particulier.

    " Manchester United n'est pas à vendre ",  répètent les Glazer. Mais, à l'évidence, les propriétaires sont dans leurs petits souliers. Se souviendraient-ils de la fameuse remarque d'Eric Cantona, l'idole française des Diables rouges, entre 1992 et 1997 : " Quand les mouettes suivent le chalutier, c'est qu'elles pensent que les sardines seront jetées à la mer " ?

    Marc Roche


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