• Grèce : " Les réformes sont très impressionnantes "

    Grèce : " Les réformes sont très impressionnantes "

    Poul Thomsen, chef de la mission du FMI à Athènes, appelle à renforcer la lutte contre l'évasion fiscale
     

    ENTRETIEN

    A l'issue d'une visite de deux semaines en Grèce, des représentants du Fonds monétaire international (FMI), de l'Union européenne (UE) et de la Banque centrale européenne (BCE) ont adressé, jeudi 5 août, un " satisfecit " au gouvernement de Georges Papandréou pour la mise en oeuvre de son programme d'austérité. Pour le chef de la mission FMI, le Danois Poul Thomsen, les progrès ont été considérables même s'il reste des défis à surmonter. Athènes devrait donc pouvoir toucher en septembre la deuxième tranche de l'aide internationale, soit 9 milliards d'euros.

    Comment évaluez-vous l'impact des mesures d'austérité jusqu'à aujourd'hui ?
    Les premiers résultats sont très encourageants pour ce programme qui, rappelons-le, est extrêmement ambitieux. Tous les objectifs ont pour l'instant été remplis dans les temps en termes de réduction du déficit. Les réformes lancées sont très impressionnantes. Prenez la réforme des retraites : elle va plus loin que ce qu'on a pu observer dans la plupart des autres pays européens. La réforme du marché du travail, aussi, est satisfaisante. Bien sûr, il y a encore des défis à surmonter. Mais on peut se réjouir de la façon dont tout cela a démarré.

    Croyez-vous que le gouvernement grec puisse réussir à vaincre la fraude fiscale ?
    C'est certainement l'un des points essentiels, et de nombreuses mesures ont été adoptées en ce sens. Le gouvernement est face à un vrai défi, car il s'agit là de démontrer que le programme est socialement juste, que l'effort d'ajustement est équitablement réparti entre tous. Pour l'instant, les salariés et les retraités ont apporté leur contribution. Il est maintenant fondamental que les hauts revenus et les plus riches paient vraiment leurs impôts

    Quelles sont vos recommandations pour les prochains mois ?
    J'identifie trois points sur lesquels le gouvernement va devoir se concentrer. D'abord, il va falloir renforcer le contrôle des dépenses pour tout ce qui ne relève pas directement du gouvernement central : les municipalités, les hôpitaux, la sécurité sociale... Ensuite, il est absolument essentiel que le gouvernement fasse le maximum pour lutter contre l'évasion fiscale. Je l'ai déjà dit : les plus riches doivent vraiment payer leurs impôts, il en va du soutien de la population au plan d'austérité.

    Enfin, il faut poursuivre les réformes pour ouvrir davantage à la concurrence des professions qui sont trop protégées. Je pense par exemple aux avocats, aux pharmaciens, au transport routier... Il faut déréguler ces secteurs, faire -tomber les barrières qui empêchent, par exemple, le développement du tourisme. Même si cela suscite l'opposition farouche de ceux qui défendent leurs intérêts particuliers.

    Justement, ne craignez-vous pas que les efforts du gouvernement soient mis à mal par la multiplication des grèves ? Il y a déjà eu les camionneurs, les marins, les transporteurs aériens...
    Non, je suis confiant, car le gouvernement a montré qu'il était déterminé à poursuivre ses réformes, même s'il y a des mouvements de protestation. On ne peut pas éviter les grèves. Mais je pense que la population dans sa grande majorité comprend la nécessité de ce qui est fait.

    Pensez-vous que la récession en Grèce cette année puisse être moins sévère que prévu ?
    Pour l'heure, nous maintenons nos prévisions d'une contraction du produit intérieur brut de 4 % cette année et de 2,5 % en 2011. Nous tenons compte du handicap que représente le plan d'austérité pour la consommation.

    Une remarque toutefois : quand nous avons conçu ce programme d'ajustement, tout le monde disait que nos pronostics étaient trop optimistes, que la croissance s'effondrerait encore plus. Maintenant certains reconnaissent que nous avions sans doute raison. Et on entend effectivement certains dire que la récession pourrait être moins forte que prévu.

    Quand l'économie va-t-elle repartir ?
    La récession devrait s'adoucir en 2011 et la croissance être de retour en 2012. Si le gouvernement poursuit dans cette voie, la confiance reviendra, les taux d'intérêt se détendront. La Grèce a un gros potentiel et les réformes contribueront à développer ce potentiel.

    Certains économistes affirment que la Grèce devra restructurer sa dette dans les trois prochaines années. Qu'en pensez-vous ?
    Ce n'est pas une option pour le gouvernement grec. Et les marchés aussi sont en train de réaliser que là n'est pas la question. Le problème de la Grèce n'est pas tant le poids de sa dette que son manque de compétitivité. Et son principal défi est d'arriver à créer de la croissance, des emplois, et à être compétitive au sein de la zone euro avec la même monnaie. Quand le pays aura mené à terme ses réformes structurelles, on verra le fardeau de la dette baisser significativement.

    Croyez-vous que la Grèce utilisera l'intégralité du plan, soit 110 milliards d'euros mis à sa disposition sur trois ans ?
    Cela dépendra de la vitesse à laquelle le pays mettra en oeuvre toutes ses mesures. Les marchés sont sceptiques, mais je remarque que le sentiment est en train de changer. La communauté internationale réalise que la Grèce est en train de vivre des transformations fondamentales.

    Propos recueillis par Marie de Vergès

    Langage FMI, regardez le graphique du même FMI


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