• Ignorant la crise financière mondiale, les banques islamiques prospèrent Marc Roche

    Capitalisant 700 milliards de dollars d'actifs (+ 66 % en 2008), les établissements respectant les principes de la charia ont profité de la hausse du prix du pétrole


    Londres Correspondant

     

    Ceux qui bénéficient d'intérêts seront bannis comme ceux que le démon a rendus fous " : se fondant sur ce précepte du Coran, la finance islamique a démontré, malgré la crise, qu'économie et religion peuvent faire bon ménage.

    Ainsi, à lire l'enquête annuelle du magazine professionnel The Asian Banker, les actifs des cent plus grandes banques islamiques ont augmenté de 66 % en 2008 (contre + 13,14 % pour les 300 premiers établissements d'Asie). Dans le classement, les banques iraniennes occupaient sept des dix premières places, alors que les saoudiennes étaient les plus rentables. Le secteur pèse 700 milliards de dollars d'actifs (490 milliards d'euros).

    Respecter strictement la charia, la loi divine interdisant de prêter de l'argent contre intérêts, tout en déclinant une gamme de produits financiers offrant plus-value et rendement : la finance islamique a réalisé cette gageure tout en résistant au ressac financier de l'économie mondiale. Une performance d'autant plus remarquable que la charia interdit de surcroît d'investir dans des compagnies liées à l'alcool, aux activités des casinos ou à l'industrie de la défense.

    Comment expliquer le succès d'une industrie aujourd'hui florissante, présente dans plus de 80 pays, mais qui se limitait encore il y a une trentaine d'années à l'Egypte et aux pays du Golfe arabo-persique ?

    Tout d'abord, la hausse du prix des hydrocarbures a gonflé le niveau des pétrodollars à recycler des fonds souverains de la région traditionnellement actifs sur ce créneau.

    Par ailleurs, l'interdiction du prêt à intérêt a évité aux banques islamiques de se lancer sur le marché des crédits à risque subprimes basés sur l'endettement et à l'origine des difficultés de nombreuses banques américaines ou britanniques. La prohibition de la spéculation a protégé ce secteur des déboires qu'ont connus tant de grands établissements occidentaux dans le négoce de produits financiers exotiques.

    Enfin, l'expansion de la classe moyenne musulmane dans les économies émergentes du Golfe et d'Asie a alimenté la demande de placements gérés en conformité avec les préceptes coraniques.

    L'autre point fort de cette filière est qu'en cas de difficultés ces banques bénéficient du soutien indéfectible des autorités de leur pays.

    De surcroît, les préceptes de la charia ont la particularité d'être vagues et de se prêter à des interprétations diverses. L'ingénierie financière permet aux grands noms de la finance arabe comme occidentale de décliner toute une palette de services destinés à faire fructifier les économies de leurs clients : financement de projets commerciaux, notamment dans les matières premières (hormis l'or et l'argent), participation dans des entreprises compatibles, placement sur le marché des actions (mais non des obligations) et investissements immobiliers. Ces services sont rémunérés, non pas par des intérêts, mais par un système d'association aux profits réalisés par les banques avec ces fonds.

    Enfin, malgré les coûts élevés, dus à la complexité des transactions, et la pléthore de personnel d'exécution, la rentabilité de ces opérations est plutôt bonne, en particulier celle des banques saoudiennes comme Al Rajhi Bank, particulièrement dynamique. La concurrence est moins acharnée sur ce secteur encore jeune, ce qui protège les marges bénéficiaires.

    La finance islamique n'est pas dépourvue de faiblesses. La difficulté d'innover, notamment dans le domaine de la gestion alternative, face aux impératifs religieux, le manque d'experts " en charia " disposant à la fois des connaissances du Coran et des arcanes de la haute finance, les commissions élevées, le manque de transparence et de bonne gouvernance constituent de gros obstacles.

    Reste que ces lacunes n'ont pas entamé la confiance des épargnants musulmans dans le principe d'un capitalisme financier en accord avec leur foi.

    Marc Roche

    L'évolution des actifs mondiaux de la finance islamique  

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :