• Il faut consulter les Français par référendum sur les déficits

    François Bayrou : " Il faut consulter les Français par référendum sur les déficits "

    Le président du MoDem propose que l'inscription d'une règle d'or dans la Constitution soit soumise aux citoyens

    ENTRETIEN

    Le président du MoDem, François Bayrou, sort du long silence qu'il s'est imposé au lendemain des régionales de mars. Il veut que le peuple français soit consulté sur la proposition de Nicolas Sarkozy d'inscrire, dans la Constitution, l'obligation pour tout nouveau gouvernement de s'engager sur un retour à l'équilibre des finances publiques. Sa proposition intervient alors que le gouvernement n'est pas assuré de trouver une majorité, au Parlement, pour voter ce projet.

    Approuvez-vous la proposition du président de la République d'inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits ?

    Inlassablement, depuis dix ans, j'ai défendu le principe d'une disposition constitutionnelle qui empêche les déficits de se creuser, du moins en période de croissance. La proposition que je défendais était d'écrire tout simplement dans la Constitution qu'à partir de l'année 2015, par exemple, les déficits de fonctionnement ne seront pas admis, sauf pour combattre ou prévenir une récession.

    Pour l'investissement, les grands équipements, il est compréhensible qu'en empruntant on partage la charge avec les générations futures ; pour le fonctionnement, pour les retraites, pour le remboursement des feuilles de sécu, c'est inadmissible et scandaleux. Je trouve légitime d'en faire un principe constitutionnel. Bien des critiques disent : " Vous n'avez pas le droit de lier les mains des gouvernements à venir. "

    Cette critique est sérieuse : je propose donc que la modification constitutionnelle soit décidée par les Français eux-mêmes, par référendum. Si des gouvernements ultérieurs estiment nécessaire de rompre avec cette règle de prudence, ils ne pourront le faire sans avoir à leur tour demandé l'accord du peuple.

    À quoi attribuez-vous cette propension française aux déficits ?

    Deux choses : dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme. Pour exister au journal de 20 heures, chaque jour, devant chaque accident de la vie, il faut " débloquer ", comme on dit, des milliards. Et en effet, on n'a pas arrêté de débloquer, à tous les sens du mot...

    La rigueur est-elle inéluctable ?

    La guerre des mots autour du terme " rigueur " est ridicule. Mais il faut se mettre ceci dans la tête : nous sommes entrés dans le temps des choses sérieuses. On nous a fait vivre dans l'illusion que l'Etat pouvait répondre à toutes les demandes à partir de ressources qu'il n'avait pas. C'est fini. Et, pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité.

    Les Français y sont-ils prêts ?

    Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là !

    Lorsque le PS officiel prétend que, pour la réforme des retraites, il suffit de taxer les banques, qu'il n'y a qu'à " prendre l'argent là où elle est ", comme disait magnifiquement feu Georges Marchais, c'est le pire des messages politiques. Cela consiste à dire au grand public : " On peut s'en tirer sans effort puisque les efforts seront pour les autres ! " Ce n'est pas ainsi qu'on rebâtit un grand pays.

    Vous pensez qu'on va vers des hausses d'impôt ?

    Compte tenu de l'ampleur des déficits, aucun gouvernement n'y échappera. Et lorsque le gouvernement actuel prétend le contraire, il raconte des histoires et il le sait parfaitement. C'est si vrai que le gouvernement a transmis à Bruxelles un plan de redressement qui comporte une hausse de deux points des prélèvements obligatoires ! Mais notre fiscalité est devenue de plus en plus injuste et de plus en plus labyrinthique. Pour obtenir justice, clarté et donc confiance, il faudra le courage d'une profonde réforme fiscale.

    Comment interprétez-vous l'effervescence actuelle au centre ?

    Il y a au centre de la vie politique française une famille dispersée, mais réelle. Ce courant de pensée s'est séparé : une partie s'est satellisée autour du pouvoir chiraquien ou sarkozyste, une partie a choisi l'indépendance avec moi, une partie s'est installée dans l'orbite du PS. Mais les événements imposeront un jour ou l'autre que ce grand courant, avec toutes ses sensibilités, se rassemble.

    Avec ou sans vous ?

    Le moment venu, je mettrai toutes mes forces au service de cette reconstruction. Mais il y a une condition, et pour moi une seule : il faut que toutes les composantes assument une vraie indépendance. C'est toujours la même histoire : pour être à la hauteur, il faut renoncer au renoncement.

    Pourquoi avez-vous récemment rencontré M. Sarkozy ?

    Nous sommes dans une période de crise profonde, où tout le monde cherche l'issue. Dans cette période, chaque fois que le président de la République m'invitera à le rencontrer pour parler des grands sujets, j'accepterai. Idem pour le premier ministre ou les responsables de gauche. Et, chaque fois, sans tambour ni trompette. Responsables politiques, nous sommes collectivement responsables de la situation du pays. Je ne dis pas " tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ", mais " tout le monde est responsable ".

    Comment analysez-vous la crise européenne ?

    Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, sont des dirigeants de grande dimension, qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend rien.

    Pourquoi l'Europe ne parvient pas à parler d'une seule voix ?

    Parce qu'il n'y a pas de vision claire. Que doit être l'Europe ? Pour moi, c'est une famille d'Etats et de nations organisés dans un but commun. À l'ère des Etats-continents, ils choisissent de défendre ensemble leur modèle de société. Le jour où cette idée fondatrice sera acceptée par tous, on avancera.

    La Commissioneuropéenne doit-elle avoir un droit de regard sur les budgets nationaux ?

    On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires européens ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats.

    La baisse de l'euro vous inquiète-t-elle ?

    Non. L'euro était surévalué. Nous nous rapprochons d'une parité convenable avec le dollar. Où est le drame ? Ce rééquilibrage a aussi des avantages.

    La zone euro peut-elle exploser ?

    Je ne le crois pas. Un pays qui en sortirait verrait ses taux d'intérêt s'envoler, ses déficits exploser, et l'inflation l'envahir. Il ne trouverait plus de crédit. C'est très dissuasif. J'ajoute que l'euro protège tout le monde. Même les forts...

    Va-t-on vers davantage d'intégration économique à la faveur de la crise ?

    Si on allait vers une vraie coordination et une vraie coopération, ce serait déjà un pas de géant.

    Propos recueillis par Françoise Fressoz et Pierre Jaxel-Truer


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