• Il n’y a pas que le PIB dans la vie Ludovic Lamant

    Il n’y a pas que le PIB dans la vie

    Ludovic Lamant

    • ·  Du Bonheur national brut cher au royaume du Bouthan au très sérieux Indicateur de bien-être économique durable, passage en revue des principaux instruments statistiques alternatifs, qui tentent chacun à leur manière de «quantifier du qualitatif».

     1 - L'indice de développement humain (IDH)
    C'est l'indice alternatif «historique», mis au point à la fin des années 80 par un groupe d'économistes pionniers, dont Amartya Sen. Il est publié chaque année depuis 1990 par le programme des Nations unies pour le développement (PNUD). L'IDH croise, selon des pondérations qui évoluent au fil des années, l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation (calculé à partir du taux d'alphabétisation des adultes et du taux de scolarisation) et le niveau de vie (grâce au PIB par tête, corrigé en parité de pouvoir d'achat). Sa principale limite, comme le reconnaît Sen : il se révèle peu fiable pour classer les pays développés, qui présentent, pour la plupart, des niveaux à peu près identiques d'alphabétisation et d'espérance de vie.

     Dans la foulée de l'IDH, le PNUD a mis au point trois autres indicateurs synthétiques. L'indice «sexospécifique» de développement humain (ISDH, depuis 1995) permet de prendre en compte les inégalités entre hommes et femmes face au développement. L'indicateur de participation des femmes à la vie économique et politique (IPF depuis 1995) complète le précédent. Enfin, l'indicateur de pauvreté humaine (IPH, depuis 1997) prend en compte des privations fondamentales de certaines populations, en proposant deux types de barèmes, selon le pays (développé ou pas). Soit dit en passant, <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname>, selon les calculs de l'économiste Jean Gadrey, ne figure qu'en 18e place du classement des pays développés pour l'IPF...

     2 - L'indice de santé sociale (ISS)
    Mis au point à la fin des années <st1:metricconverter productid="80, l" w:st="on">80, l</st1:metricconverter>'ISS gagne en visibilité en 1996, date de la publication d'un article dans une revue américaine sur le sujet. L'ISS intègre 16 variables, regroupées selon des catégories d'âge. Mortalité et maltraitance pour les enfants, suicide et abandon des études pour les adolescents, chômage pour les adultes, etc. Cet indicateur donne des résultats spectaculaires. Si l'on compare le PIB et l'ISS aux Etats-Unis depuis le début des années 60, le premier ne cesse de grimper, tandis que l'autre s'effondre à partir de 1973.

      3 - Le Bip 40

    A l'échelle française, des économistes du Réseau d'alerte sur les inégalités (RAI) ont eux aussi tenté d'élaborer un indicateur alternatif au PIB, le bip40 (contraction ironique de PIB et CAC 40), afin d'intégrer au calcul de la richesse ses modes de répartition. «En créant ce baromètre, l'idée était de susciter le débat, de faire pression sur le système statistique public. La réalité est plus complexe que ce que montre le PIB, notamment concernant la montée en puissance des inégalités», rappelle Thomas Coutrot, économiste du collectif ACDC. Elaboré avec des moyens modestes, l'indice, pure convention au même titre que l'IDH, intègre une cinquantaine de variables, recensant les inégalités au travail, dans l'accès aux soins, lors de l'exercice de la justice, etc.

    4 - L'indice de sécurité personnelle (ISP)
    C'est l'un des indicateurs les plus originaux, élaboré au Canada au milieu des années 90, parce qu'il combine des variables «objectives» mais aussi «subjectives» (via des enquêtes d'opinion) pour rendre compte du bien-être. Trois critères sont retenus : la sécurité économique, la sécurité devant la santé et la sécurité physique (calculé à partir du sentiment de sécurité).

     

    5 - L'indicateur de bien-être économique durable (Ibed)
    Cet indice, parfois assimilé au «PIB vert», s'élabore à partir de calculs plus complexes que les instruments précédents. Sa spécificité est de ne pas prendre en compte les «dépenses défensives». Dans le calcul du PIB classique, les dégâts et les dommages collatéraux du système économique sont comptabilisées comme s'il s'agissait d'une contribution directe à la richesse du pays. Ici, ils en sont exclus. Parmi les 20 variables de l'Ibed, on trouve donc la croissance du capital produit ou encore le travail domestique (que l'on additionne au total), mais aussi les coûts de la pollution de l'air et de l'eau sur l'individu, ou encore la réduction des ressources naturelles non renouvelables (que l'on soustraie du total).

    Toute la difficulté est de chiffrer ces fameuses dépenses défensives... Ces travaux considèrent par exemple que la moitié des dépenses publiques de santé, type Sécurité sociale, doivent être déduites des calculs, parce qu'elles sont liées à des pathologies engendrées par la pollution ou par des conditions de travail dégradées, etc. Une proportion qui peut paraître excessive.

    L'indicateur de progrès véritable (IPV), créé en 1994, reprend le mode de calcul de l'Ibed, avec une palette de variables plus étoffée.

    6 - L'empreinte écologique
    Mise au point à la fin des années 90 par deux ONG, Redefining progress et WWF, l'empreinte écologique s'intéresse exclusivement aux ressources naturelles renouvelables à la surface de la planète. Les deux collectifs redoutent que ces ressources soient bientôt menacées d'épuisement, parce que l'humanité les ponctionne à un rythme trop intensif par rapport à leur rythme naturel de renouvellement. Cet indicateur cherche à mesurer ce phénomène. Concrètement, les ressources utilisées sont converties en une superficie - «l'empreinte de l'activité économique» - et cette aire est ensuite comparée à la superficie globale disponible pour les activités humaines sur la planète. En réalisant la différence entre les deux grandeurs, on obtient l'empreinte écologique. En 2003, celle-ci ressortait à 125% pour l'ensemble de la planète. Autrement dit : nous «empruntons» 25% de ressources à la planète, qui ne pourront pas être régénérées dans l'année.

    7 - Le bonheur national brut (BNB)
    Le petit royaume du Bhoutan, à majorité bouddhiste, avait beaucoup fait parler de lui en adoptant, dans les années 70, le BNB comme mesure officielle du bien-être de sa population. L'indice, toujours d'actualité, repose sur quatre piliers (économique, politique, culturel et environnemental). Spécifité : ce n'est pas un indicateur chiffré... Des experts ont depuis tenté de chiffrer le BNB - le dernier sommet international sur le BNB se tenait à Bangkok en 2007.

     

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :